Double Shot : (I Can't Get No) Satisfaction

Double Shot
Double Shot - © rolling stones

La version new wave de Devo de ce classique des Rolling Stones est probablement l’une des plus connues mais aussi l’une des plus décalées. Leur version autoproduite sortit en single en 1977 (sur le label Booji Boy Records) mais fut réenregistrée avec Brian Eno comme producteur pour leur premier album (Q : Are We Not Men ? A : We Are Devo !) et ressorti en single en 78 (cette fois sur Warner Brothers Records) après avoir été soumise à l’approbation de Mick Jagger. C’est cette interprétation qui figure sur la bande originale du film ''Casino'' de Martin Scorsese (1995).

Mais redécouvrons l’original des Rolling Stones sorti il y a exactement 55 ans en ce début juin 2020. Le morceau écrit par le tandem Jagger-Richards et produit par Andrew Loog Oldham évoque la frustration sexuelle et la dérive commerciale de notre société. A l’origine les Stones avaient pensé remplacer le riff de guitare de Richards par des cuivres.

Voici la belle histoire de la genèse du morceau :

Alors que Keith Richards ne croyait absolument pas que ce morceau puisse marcher, c’est pourtant lui qui en a commencé la composition. En effet, comme cela lui arrivait parfois, Keith Richards composait pendant son sommeil. Il se levait en pleine nuit, enregistrait un riff qu’il avait " entendu dans son sommeil " sur son enregistreur à cassettes Pilips et découvrait le lendemain matin ses ronflements avec de temps en temps un riff de Dieu le père. Ce soir-là il dormait à l’hôtel Hilton, plus tard il affirmera qu’il était chez lui dans son appartement à Carlton Hill, St John’s Wood, et le lendemain il découvrit un riff d’intro et ce qui équivaut à un couplet de ce qui devait devenir leur titre le plus célèbre. L’affaire en resta là.

En mai 1965, alors qu’ils séjournent dans un motel de Clearwater en Floride, le Jack Tar Harrison Hotel, devenu par la suite le Fort Harrison Hotel, Keith Richards fait écouter à Mick Jagger ses élucubrations nocturnes londoniennes. Très enthousiaste, Mick Jagger s’installe près de la piscine et accouche des paroles de ce qui allait devenir ''(I Can’t Get No) Satisfaction'', une attaque frontale de la société de consommation américaine et de ses publicités omniprésentes. Keith est de moins en moins emballé par sa composition et a peur qu’on lui reproche d’avoir copié ''Dancing in the Street'' de Martha Reeves and the Vandellas.

Quatre jours plus tard, le 10 mai, sans tenir compte de l’avis de Keith, les Stones se rendent dans les Chess Studios de Chicago, Illinois, pour enregistrer ''(I Can’t Get No) Satisfaction''. Brian Jones joue l’intro à l’harmonica alors que Keith aurait préféré une section de cuivres (ce que fera d’ailleurs Otis Redding plus tard) mais ils sont pressés par le temps. Keith va vite s’acheter une Maestro fuzzbox de chez Gibson, une pédale pas chère qui lui permettra de déformer le son de sa guitare pour obtenir le son que nous connaissons tous maintenant. Le 12 mai 1965, c’est-à-dire 2 jours plus tard, les Rolling Stones réenregistrent le futur classique avec un beat différent et la fuzzbox de 22 heures à 2 heures du matin dans les studios RCA d’Hollywood.

Même après l’enregistrement Keith Richards n’est toujours pas convaincu par le potentiel du morceau. On insiste pour le sortir en single et tous ceux qui ont participé à sa création procèdent à un vote. Le 5 juin 1965 ''(I Can’t Get No) Satisfaction'' sortira en single et fera que les Stones seront obligés de jouer la chanson sur scène à chacune de leurs prestations.

En 2004 et 2010 ''Satisfaction'' sera classée 2e meilleure chanson de tous les temps par le magazine Rolling Stone dans sa liste mythique ''The 500 Greatest Songs of All Time''.

La chanson fut d’abord sortie en single aux Etats-Unis en juin 1965 et apparaissait sur la version américaine du 4e album des Rolling Stones, ''Out of Our Heads'' sorti en juillet. ''Satisfaction'' fut non seulement un hit, ce fut leur premier numéro 1 aux States. Au Royaume-Uni, la chanson n’était programmée que par les stations de radio pirates à cause des paroles considérées comme sexuellement trop suggestives, ce qui ne l’empêcha pas d’y devenir leur 4e numéro 1.

''Satisfaction'' se trouve aussi sur la B.O. de ''Apocalypse Now'' sorti en 79.

Même si à l’époque la chanson fut accompagnée d’un parfum de scandale, ce fut moins pour ses paroles 'chargées' sexuellement que pour son attaque à un certain type de société moderne dont les chaînes radio diffusaient de la 'useless information' et qu’un homme à la télé vous disait '''how white my shirts can be – but he can’t be a man ‘cause he doesn’t smoke the same cigarettes as me'' (une référence évidente aux types de pubs utilisées par le Marlboro Cowboy). Jagger y évoque aussi la difficulté d’assumer le fait d’être une célébrité et les tensions liées au fait d’être toujours en tournée. Tous ces sujets abordés ne pouvaient que faire peur aux générations plus âgées !

“Satisfaction” fut sorti en single aux States sur London Records avec en face B “The Under-Assistant West Coast Promotion Man". Le 10 juillet il chassa ''I Can’t Help Myself (Suger Pie Honey Bunch)'' des Four Tops de la première place (pour y rester 4 semaines) avant de se faire détrôner par ''I’m Henry the Eighth, I Am'' d’Herman’s Hermits.

Au Royaume-Uni, Decca Records ne sortit pas tout de suite ''Satisfaction'' en single, ils étaient en train de préparer la sortie d’un ''Live Rolling Stones'' EP. Il fallut attendre le 20 août pour sa sortie, avec en face B ''The Spider and the Fly''. Le single remplaça ''I Got You Babe'' de Sonny and Cher au numéro 1 entre le 11 et le 25 septembre et fut chassé de sa position par les Walker Brothers et leur ''Make It Easy on Yourself''.

Voici les musiciens qui firent de ce morceau un classique :

Mick Jagger : lead vocaux et backing vocaux

Keith Richards : guitare électrique et backing vocaux

Brian Jones : harmonica, guitare acoustique

Bill Wyman : guitare basse

Charlie Watts : drums

Musicien complémentaire :

Jack Nitzsche : piano et tambourin

Producteur :

Andrew Loog Oldham

Ingénieur du son :

David Hassinger

D’autres versions, hormis celle de Devo, existent parmi lesquelles l’excellente version pur 'rhythm and blues' d’Otis Redding (sur " Otis Blue/Otis Redding Sings Soul "), les paroles différent parce que transcrites à la va-vite et à l’oreille par Steve Cropper (guitariste des MG’s). Le riff de guitare y est remplacé par une section de cuivres, comme voulu à l’origine par Keith Richards. En 2003, Ronnie Wood confirma que, lors de certains concerts, les Stones s’alignaient sur la version d’Otis.

Il y eut aussi la version avant-gardiste des Residents en 1976. A l’origine, de cette version expérimentale, on ne pressa que 200 copies. Suite à la version de Devo l’année suivante, il fallut en re-presser 30.000 copies. Un véritable coup de pied dans la fourmilière du bon goût musical américain de 1976 !

Celle de Bubblerock en 74 n’est pas la plus connue, il s’agit d’un des nombreux pseudos derrière lesquels se cache Jonathan King, et celles des Tritons, de Grateful Dead, de Blue Cheer, de Talulah Gosh…

De Bjork avec P.J.Harvey, d’Aretha Franklin, de Television, des Acid Drinkers, de Mary Wells, de Mountain, de The Stuart Avery Assemblage et de Cat Power valent le détour.

C’est vraiment par acquit de conscience que je cite aussi la version de Britney Spears sur son 2e album studio, ''Oops !… I Did It Again''. Quant à Frankie Ruiz, il en fit une version salsa.

Petits détails amusants :

Après l’utilisation de la Maestro fuzzbox de Gibson sur ''Satisfaction'', les ventes de celle-ci explosèrent au point d’être en rupture de stock avant la fin de l’année 65, le morceau était sorti début juin aux Etats-Unis.

Comme la plupart des enregistrements d’avant 66, ''Satisfaction'' a été sorti à l’origine en mono uniquement. Vers la moitié des années 80, une véritable version stéréo fut sortie sur les rééditions CD allemande et japonaise de ''Hot Rocks 1964-1971''. La version comporte un piano joué par Jack Nitzsche (qui s’occupe aussi du tambourin) et une guitare acoustique à peine audible sur la version mono originale.

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