Double Shot : Ain't Too Proud To Beg

Les Rolling Stones, comme les Beatles d’ailleurs, se sont parfois frottés au catalogue de la Tamla-Motown. C’est le cas ici avec l’un des très nombreux classiques produits par Norman Whitfield qui avait composé le titre avec Edward Holland Jr, l’un des 3 membres du célèbre trio Brian Holland-Lamont Dozier-Eddie Holland, responsable de nombreux hits pour la firme de disques. Cette fois ce duo de génies avait composé le hit pour les Temptations.

Les Stones avaient repris le morceau sur l’album "It’s Only Rock’n’Roll " sorti en 74, dont la pochette avait été créée par 'cocorico' notre génial Guy Peellaert. Ils le sortirent aussi en single qui atteignit le Billboard Hot 100 et, en 2007, le groupe interpréta le morceau avec Amy Winehouse au Festival de l’île de Wight.

La chanson originale, interprétée par les Temptations en janvier 1964, fut confiée pour la production à Norman Whitfield et non plus à Smokey Robinson, suite au succès relatif du single précédent qu’il avait produit, ''Get Ready''. Norman Whitfield venait de gagner sa place de producteur attitré des Temptations avec qui il enregistrera de grands classiques comme ''(I Know) I’m Losing You'', ''Cloud Nine'', ''I Can’t Get Next to You'', ''War'', ''Ball of Confusion'', ''Just My Imagination'', ''Smiling Faces Sometimes'', ''Papa Was a Rolling Stone'' ou encore ''Masterpiece''.

Le morceau parut sur le 4e album studio ''Gettin’Ready'' sorti en 1966. La politique de Berry Gordy concernant le producteur principal d’un groupe était simple : devenait producteur principal d’un groupe, celui qui décrochait les plus gros hits avec celui-ci, même si le producteur précédent du groupe (ici les Temptations) était Smokey Robinson, son meilleur ami et futur vice-président de Tamla-Motown (en 1969).
 

Petite explication : le vendredi matin avait lieu dans les bureaux de Motown’s Hitsville USA LA réunion du comité de qualité (Quality Control Meeting) qui décidait de quels futurs singles potentiels sortiraient de l’usine à hits et lesquels devaient être améliorés avant de se représenter devant le comité. Au grand désespoir de Norman Whitfield, sa production d’''Ain’t too Proud to Beg'' pour les Temptations fut recalée pour la deuxième fois. Par contre, la production de Smokey Robinson pour les Temptations de ''Get Ready'' fut sélectionnée. Comme Smokey Robinson était à l’époque le producteur principal des Temptations, Berry Gordy proposa un compromis après la réunion (vu la mauvaise humeur de Whitfield) : si ''Get Ready'' n’atteignait pas le Top 20 des charts, ce serait Norman Whitfield qui hériterait du poste de producteur principal des Temptations. Ce qui se produisit.

Dans la chanson, le narrateur plaide pour une seconde chance avec son amour sur le départ et commence avec l’affirmation ''I know you wanna leave me but I refuse to let you go''. En clair, je sais que tu veux me quitter mais je refuse de te laisser partir… Ce qui l’amène à avouer qu’il n’est pas trop fier pour la supplier de rester. Le tout sur une mélodie d’inspiration blues, dont le lead singer est David Ruffin, avec des arrangements de cuivres à la James Brown.

Voici le personnel qui participa à l’enregistrement :

David Ruffin aux lead vocals

Eddie Kendricks, Melvin Franklin, Paul Williams et Otis Williams aux backing vocals

The Funk Brothers c’est-à-dire les musiciens de session de Tamla-Motown :

Henry Cosby au sax tenor

Earl Van Dyke à l’orgue Hammond

Johnny Griffith au piano électrique Wurlitzer

Joe Messina à la guitare

James Jamerson à la guitare basse

Uriel Jones à la batterie

Jack Ashford au tambourin

Eddie " Bongo " Brown aux percussions

Rick Astley s’attaqua lui aussi au morceau, en 1988 sur l’album ''Hold Me in Your Arms''. Ce fut son dernier single produit par Stock-Aitken-Waterman. Lors du réveillon de nouvel an 2019, il l’interpréta avec YolanDa Brown, lors de l’émission ''Jool’s Annual Hootenanny'' sur la BBC.
 

Guy Peellaert (que l’on qualifiera d’artiste plasticien pluridisciplinaire pour dire qu’il a touché à tellement de formes d’expressions artistiques qu’il en est devenu inclassable) a publié quelques livres dont l’indispensable ''Rock Dreams'' (74), un régal pour les yeux ainsi que quelques pochettes mythiques telles que celle de ''It’s Only Rock’n’Roll'' pour les Rolling Stones (74) ou celle de ''Diamond Dogs'' (74) et ''Bowie at the Beeb'' (2000) pour David Bowie ou encore ''Pour Nos Vies Martiennes'' pour Etienne Daho (88).

Mais il en fit aussi pour Lio, Willy DeVille, Astor Piazzolla, Guy Béart ou encore Second Sex…

Il fit aussi des affiches de cinéma pour Robert Altman, Robert Bresson, Stefen Frears, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Wim Wenders…

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