Derrière le mur : l’interview d’Harry Waters

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Tel père, tel fils, l’interview d’Harry Waters (claviers, hammond, piano), le fils de Roger Waters.

Petite bio:

Harry Waters est né en 1976, il est le fils de Roger Waters et de Carolyn Christie. Pianiste depuis l’âge de 8 ans, il est rapidement devenu fan de jazz comme son père. Dans le début des années 2000, il rejoint le groupe de son père pour sa grande tournée mondiale « In The Flesh ». C’est lui que l’on retrouvera aux claviers – aux côtés de Jon Carin – pour cette importante tournée The Wall 2010-2011. Voici l’interview qu’il a accordée à Laurent Rieppi en exclusivité pour Classic 21.

1)      A quel point The Wall est-il un album important pour vous ?

HW : C’est un album très important pour moi. C’est le premier album de Pink Floyd auquel je me suis intéressé quand j’étais enfant. Je me souviens, j’étais petit et j’ai assisté à un concert de la tournée The Wall en 1980/81. C’est vraiment un de mes albums favoris de Pink Floyd…

2)      On peut entendre votre voix sur le titre « Goodbye Blue Sky » (le célèbre ‘Look, mummy, there’s an airplane up in the sky »). Avez-vous des souvenirs de l’enregistrement de l’album The Wall ?

HW : Non, pas vraiment, j’étais vraiment trop jeune pour m’en souvenir. Je me souviens cependant de l’enregistrement de cette partie dans laquelle je parle mais je ne me souviens de rien d’autre à part ça

3)      Et cet enregistrement, ça s’est passé comment ?

HW : Nous l’avons fait, si je me souviens bien, dans la maison dans laquelle j’ai grandi, mon père avait un petit studio personnel (il a enregistré une partie de The Wall là-bas). Je pense qu’il  y avait plusieurs phrases à dire, si je me souviens bien, je ne savais pas lire à l’époque dont je pense qu’il m’a demandé de prononcer quelques phrases dont celle-là.

4)      Vous nous l’avez dit à l’instant « The Wall » est un de vos albums favoris de Pink Floyd, vous devez- j’imagine – connaître tous les titres par cœur. Que pouvez-vous nous dire sur le travail de préparation de cette tournée, vous devez probablement être en train de revisiter chaque titre… ?

HW : Il y avait certains titres que je n’avais jamais travaillés mais j’ai déjà joué la plupart de ceux-ci de très nombreuses fois. « Mother », « Confortabl y Numb », « In The Flesh », « Another Brick … », j’ai eu l’occasion de les jouer des centaines de fois sur scène avec mon père lors des tournées précédentes mais il y a certains, comme « The Trial », « Young Lust »…  que je n’ai jamais appris à jouer. Je veux dire je les connais très très bien mais je ne les avais jamais appris, ni joués. Mais c’est très amusant de se pencher dessus.

5)      Quel sont vos titres ou votre partie favorite sur l’album ?

HW : Euh… Vous savez quoi ? J’adore « Nobody Home », c’est un très chouette morceau parce que je joue essentiellement de l’hammond dans le groupe mais je suis avant tout un pianiste. C’est donc très amusant pour moi  de jouer « Nobody Home » au piano. J’adore ça ! C’est probablement mon titre favoris mais en ce qui concerne l’hammond, « In The Flesh », c’est vraiment super à jouer, très très amusant.

6)      Lors de cette nouvelle tournée vous allez jouer – bien entendu – avec votre père mais aussi avec l’équipe habituelle  (Snowy White, Jon Carin, Graham Broad). Comment est l’ambiance au sein du groupe, ce sont des amis pour vous… ?

HW : Oui tout à fait … Je connais la plupart d’entre eux depuis des années. Snowy est présent depuis la tournée Animals (77) de Pink Floyd. Graham est présent depuis certes moins longtemps mais c’est comme s’il avait toujours été là. Je les ai connus pratiquement tous depuis mon enfance … donc oui ce sont des amis. Jon Carin, je l’ai rencontré en 2001, c’est le musicien qui je connais depuis le moins longtemps. Ce sont tous des gars supers mais, évidemment, pour cette tournée il y a un line-up légèrement différent. Il n’y aura pas de choristes féminines comme à l’habitude, nous aurons donc quelques chanteurs, G.E. Smith va jouer les parties que Andy Fairweather Low jouait auparavant à la guitare. Ce sera sympa de jouer avec des nouveaux gars. Mais il y a vraiment une bonne dynamique dans le groupe, c’est très très bien.

7)      Ressentez-vous de la pression à l’idée de vous lancer dans une tournée aussi importante basé sur cet album mythique ?

HW : Pas vraiment… Je veux dire, ça va être super mais je suis certain que lors du premier concert je serai très nerveux (rire). Je veux donner le meilleur de moi-même mais je ne peux pas dire que je ressens de la pression… C’est un job, n’est-ce pas ? Vous apprenez les morceaux et si vous les maîtrisez bien, vous vous sentez à l’aise. Une bonne préparation empêche de ressentir de la pression. Et j’ai encore tellement de temps pour apprendre tous ces titres, on ne va pas tourner avant septembre, donc j’ai vraiment le temps de m’y mettre doucement et apprendre les morceaux de façon très très précise. Donc… non, il n’y pas vraiment de pression …

8)      Retour en arrière, retour dans votre enfance… Quel a été le déclencheur pour vous de cette passion pour la musique ?

HW : Euh… Vous savez quoi ? J’y pensais justement hier, j’écoutais de la musique sur Spotify (logiciel propriétaire suédois de lecteur en continu de musique sur internet) – que j’utilise beaucoup – et j’étais dans un trip nostalgique, j’écoutais les Beach Boys…  C’est en écoutant les Beach Boys enfant que j’ai été pour la première fois pris par la musique, j’avais 6-7 ans. J’avais déjà écouté The Wall auparavant mais je n’écoutais pas encore beaucoup de musique. Je n’ai pas véritablement écouté de la musique avant de tomber sur la collection de disques de ma mère, elle avait une collection de disques très importante et, un jour, j’ai sélectionné un disque des Beach Boys par hasard. J’ai vraiment été époustouflé, c’était la première fois que je prenais autant du plaisir en écoutant de la musique, c’était indescriptible. Et rapidement, je me suis mis à apprendre le piano, à l’âge de 8-9 ans. Je n’ai pas été du genre jeune prodige, je n’ai pas commencé si jeune que ça.

9)      Votre père vous a-t-il donné quelques conseils lors de votre apprentissage musical ?

HW : Non, nous n’avons pas eu d’interaction musicale avant que je ne rejoigne son groupe. J’apprenais différentes choses, notamment les bases du piano. Vous savez, ce n’est pas un pianiste, c’est un très grand compositeur et un très bon parolier et un bassiste génial mais ce n’est pas vraiment  un musicien dans le sens ’technique’ du terme. David Gilmour, lui, est un musicien incroyable, très technique. Mon père n’est pas connu pour ses capacités musicales et techniques, il est bien plus célèbre pour ses compositions donc, non, ce n’était pas du genre à s’assoir à côté de moi et à me dire ‘hey, tu dois faire ça’, il ne l’a jamais fait…

10)   Quelle a été votre impression la première fois que vous êtes monté sur scène pour accompagner votre père ?

HW : J’étais très nerveux, je m’en souviens très bien. Notre premier concert, c’était en 2001 en Afrique du Sud, j’étais incroyablement nerveux. Je n’avais pas confiance en moi, j’avais peur de ne pas me souvenir de tous les morceaux. J’avais un dossier avec toutes mes notes sur scène, je l’avais planqué sous mon clavier, juste au cas ou j’oublierai quelque chose (rire) … J’avais peur, mais je n’ai rien oublié, j’avais tout appris attentivement. C’était la première fois que je donnais un concert aussi important. J’étais donc très nerveux mais ça été fantastique, c’était l’euphorie …

11)   Comme vous l’avez-dit, votre père est avant tout connu pour être un grand compositeur. Avez-vous déjà eu l’occasion de discuter ensemble de la création de certains de ses albums avec Pink Floyd, ou en solo, et des thèmes de ceux-ci ?

HW : Non je n’ai jamais véritablement discuté de cela avec lui. J’imaginais ce dont il parlait dans ses albums et je savais ce que ça signifiait pour moi. Donc non, on ne parlait pas vraiment de ça à l’exception peut- être de The Wall, il avait construit ce mur autour de lui, du groupe, il jouait dans des salles qui étaient de plus en plus grandes, dans des stades, et je sais qu’il n était pas heureux de jouer dans des stades, il ressentait fortement la distance qui le séparait du public … Mais à part ça, je ne peux pas dire que j’ai discuté de ce genre de choses avec lui.

12)   Je sais que vous êtes plus branché par le jazz que le rock de manière générale. En tant que fan de jazz, qui est votre modèle, votre idole ?

HW : C’est une question difficile, beaucoup de gens me posent cette question. Il y a 3 personnes que je mettrai au dessus de la liste : Keith Jarrett, Oscar Peterson et Bill Evans. Ce sont mes 3 musiciens favoris de jazz. Mais j’écoute également beaucoup Dr John, j’adore le boogie woogie …  J’aime Randy Newman aussi, c’est un des mes compositeurs favoris, j’adore également son jeu au piano… Mais c’est difficile de n’en citer que quelques uns, c’est impossible …

13)   Quels sont vos projets pour le futur, je veux dire après cette grande tournée The Wall, prévoyez-vous de retourner en studio pour enregistrer de nouveaux titres pour votre propre groupe ?

HW : J’espère, oui, vraiment … Je n’ai plus écrit depuis un moment, vous savez j’écris généralement de manière délibérée. Je m’assois au piano et j’écris. Occasionnellement, il m’arrive d’écrire comme ça, sur un coup de tête, ça arrive tout seul, mais c’est plutôt rare. Quand j’ai écris mon premier disque, ma femme était partie pendant un mois, et c’était le bon moment, j’ai eu un mois pour me concentrer uniquement sur l’écriture de morceaux. Donc je referai probablement la même chose pour le prochain album… Je n’ai plus écrit depuis un moment, je me suis surtout entraîné, donc oui, je m’y remettrai probablement prochainement.

14)   Avez-vous le soutien de votre père concernant votre travail au sein de votre propre groupe ?

HW : Oui, oui, tout à fait ! Il aime bien le fait que je suive ses pas d’une certaine façon. Il m’a toujours soutenu en tant que musicien, il adore le jazz, donc oui il me soutient beaucoup.

15)   J’ai lu que vous étiez un grand fan de Grateful Dead. Comment avez-vous découvert ce groupe ?

HW : Laissez-moi réfléchir … J’ai passé une demie année à New York et quelques personnes m’ont fait écouter du Grateful Dead,mais je n’étais pas trop fan à cette époque, j’étais plus branché par Allman Brothers Band. Puis je suis rentré en Angleterre, et, à ce moment-là, j’étais vraiment fan de Phish, qui n’est pas une version moderne de Grateful Dead mais qui est un célèbre ‘jam band’ américain. J’ai rejoint un cover band de Phish qui jouait des titres de Phish et de Grateful Dead. Et donc j’ai commencé à jouer des titres de Grateful Dead et c’est comme ça que j’ai commencé à apprécier la musique du groupe. J’adore ce groupe, Jerry Garcia est un des mes musiciens favoris, c’est un de plus grands musiciens de l’histoire, j’adore ce qu’il faisait.

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