Coronavirus : ne risque-t-on pas de tomber dans une psychose collective dont les effets seraient pires que le virus lui-même ?

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Entre Donald Trump qui dit qu’il faut profiter de la baisse des bourses pour faire ses soldes et d’autres qui arrêtent de boire de la bière Corona au point de faire chuter le cours de Bourse de son fabricant, il faut dire que l’actualité du coronavirus réserve parfois de drôles de surprises.

Hier encore, je vous parlais du distinguo entre la réalité et la perception en ce qui concerne l’épidémie du coronavirus. Je ne pouvais pas savoir que le Wall Street Journal, la bible des hommes et des femmes d’affaires du monde entier, pensait la même chose. Le Wall Street Journal estime que ce n’est pas tant l’épidémie elle-même qui doit nous faire peur, que notre réaction collective à cette épidémie.

Autrement dit, pour une épidémie qu’il ne faut évidemment pas prendre à la légère, ne risque-t-on pas de tomber dans une psychose collective dont les effets seraient pires que le virus lui-même ? Est-ce normal de voir que certains pays veulent se barricader lorsque les chiffres officiels évoquent 2600 morts au niveau mondial ? Bien entendu, la position des gouvernements en question est délicate, je l’ai dit hier encore, aucun gouvernement ne veut être accusé par sa population de ne pas prendre de précaution.

Mais la question que certains commentateurs se posent, c’est : sont-ils en train d’agir comme il faut pour éviter une contagion massive, ce qui est une absolue nécessité, ou sont-ils en train de sur-réagir, ce qui serait mauvais, comme le fait remarquer Marc Fiorentino dans son excellent commentaire de meilleurplacement.com. En effet, comme il le souligne à juste titre, cette triste actualité du coronavirus nous en dit beaucoup sur l’état d’esprit du monde actuel. Certains gouvernements ont tendance à réagir au virus comme d’autres le font sur le plan économique ou géopolitique, en fermant les frontières plutôt qu’en coopérant entre eux.

Dans cette triste actualité, on peut toujours compter sur Donald Trump pour nous dérider : en l’espace de deux jours, il a réussi à dire que son pays avait trouvé un vaccin contre le coronavirus et qu’il fallait profiter de la baisse de la Bourse américaine pour acheter des actions bradées. Il a même ajouté que s’il n’était pas réélu, il y aurait un Krach boursier. Bref, pendant que certains angoissent, lui nous parle de soldes boursières dont il faudrait profiter séance tenante. Et tant que nous sommes dans la mauvaise perception, c’est triste à dire, pour ne pas dire affligeant, mais ce qui était une stupide blague (à savoir associer la fameuse bière mexicaine Corona au virus du même nom se transforme aujourd’hui en fâcheuse réalité).

D’ailleurs, le fabricant de la bière Corona ne rit plus du tout. Selon un sondage YouGov, la popularité de la bière Corona est en chute libre aux Etats-Unis alors qu’elle est la troisième la plus vendue sur le marché américain. L’action du groupe Constellation Brands qui produit la bière Corona a d’ailleurs chuté de plus de 8% cette semaine à Wall Street. En fait, cette malheureuse confusion n’est pas la première du genre selon BFMTV. com. Dans les années 80, lorsque l’épidémie de SIDA est apparue, un bonbon a disparu du marché américain à cause de cela.

En effet, SIDA s’écrit AIDS en anglais, et ce bonbon avait le malheur de s’appeler aussi Ayds, sauf que ce n’est pas avec un "i" mais avec un "y", et le fabricant de ces bonbons a vu ses ventes chuter de 50% d’un seul coup. Pourtant, ce bonbon n’avait pas la même popularité que la bière Corona et donc, on ne souhaite pas aux amateurs de cette bière qu’elle subisse le même sort que les bonbons Ayds.

Oui, entre le cynisme de Trump et la stupidité de certains, on n’est pas encore sortis de l’auberge de la bêtise.