Contrairement à ce qu'on pense, la justice se montre très sévère à l'égard des banques

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La justice française vient d’infliger une amende de 3.7 milliards d’euros pour fraude fiscale à une banque suisse : c’est énorme. Amid Faljaoui, notre chroniqueur éco, en profite pour rappeler que contrairement à ce qu’on pense, la justice se montre très sévère à l’égard des banques.

Les dirigeants de la banque suisse UBS ont dû se réveiller avec la gueule de bois ce matin. Il y a de quoi : leur banque a été condamnée ce mercredi par la justice française à payer 3.7 milliards d’euros pour avoir causé des dommages exceptionnels à l’État français.

En gros, ce que reproche la justice française à cette banque suisse, c’est d’avoir mis en place un mécanisme d’évasion fiscale pour ses clients français.

Bien entendu, les avocats de la banque ne sont pas d’accord et ont décidé d’interjeter appel de ce jugement. Je vous en parle aujourd’hui, car on entend trop souvent à gauche ou à droite des propos disant que les banquiers sont toujours impunis, que la crise des « subprimes » a éclaté à cause d’eux, et que les banques sont au-dessus des lois.

Bref, à croire l’homme de la rue, les scandales se suivent à la queue leu leu, mais les banquiers s’en tirent toujours : c’est faux, totalement faux.

Les chiffres collectés par le BCG le démontrent. Que ce soit pour les subprimes, les manipulations sur le marché des changes, les manipulations sur le marché des taux d’intérêt, que ce soit le viol d’embargos américains ou que ce soit de la fraude fiscale ou du blanchiment d’argent, la justice a toujours eu la main lourde.

La justice a toujours eu la main lourde avec le secteur bancaire.

Entre 2009 et 2016, le BCG a calculé que les pénalités et autres amendes payées par les banques au niveau mondial se sont élevées à 321 milliards de dollars.

Et la justice qui a eu la main la plus lourde, c’est la justice américaine ! Mais comme on vient de le voir, la justice française vient aussi de frapper un très grand coup en demandant 3.7 milliards d’euros à la banque suisse UBS : ce n’est pas rien.

Mais souvenez-vous, BNP Paribas avait aussi été condamnée à payer 8.9 milliards de dollars à la justice américaine en 2014. A l’époque, l’amende avait été infligée à BNP Paribas car la justice américaine lui reprochait d’avoir violé l’embargo américain contre des pays comme Cuba, le Soudan et l’Iran.

Quant à la crise des subprimes qui est dans la mémoire de tout le monde puisqu’elle est à l’origine de cette crise qui perdure depuis 2008, au total, les banques ont écopé de 40 milliards de dollars d’amendes et autres pénalités. Que ce soit JP Morgan, Citigroup, Morgan Stanley ou Bank of America, toutes les Rolls Royce du secteur bancaire sont passées à la trappe.

Ce sont d’ailleurs à peu près les mêmes banques qui ont aussi dû payer un peu plus de 3 milliards d’euros pour la manipulation du marché des changes. Là aussi, voilà un marché où s’échangent chaque jour l’équivalent de 5000 milliards de dollars et qui est réputé non manipulable, mais qui l’a pourtant été par des banques. Mais ces banques ont été prises la main dans le sac, et elles ont donc payé 3 milliards d’euros d’amendes. Je pourrais multiplier les autres amendes payées par Deutsche Bank ou ING plus récemment, mais toutes ces amendes démontrent que la justice n’est pas faible avec les puissants. Et que contrairement aux idées véhiculées par certains, il n’y a pas deux justices ou deux poids, deux mesures. Tant mieux pour notre démocratie.

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