Comics Street : New York Cannibals

Parmi les albums de la rentrée, voici sans doute l’un des plus réussis. Il faut dire que les deux auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai : au dessin, François Boucq, un surdoué qui peut absolument tout dessiner et un maître de la mise en scène. Au scénario, son complice de loin en loin depuis le milieu des années 80, le romancier américain Jérôme Charyn.

Ils ont déjà signé quelques chefs-d’œuvre de la BD ensemble, dont ''Bouche du Diable'' et plus récemment ''Little Tulip'' dont ce ''New York Cannibals'' est une suite qui peut se lire indépendamment.

On est dans l’écriture la plus noire, tout comme la magie du même nom, qui n’est d’ailleurs jamais très loin. À New York, dans les années 90, mais une New York des bas-fonds et des laissés-pour-compte, culs-de-jatte et junkies en première ligne. Âmes sensibles, s’abstenir. Jérôme Charyn, 83 ans aujourd’hui, écrit ici une histoire d’une sauvagerie parfois quasi insoutenable, d’autant que Boucq ne se prive pas de proposer un dessin charnel, presque nauséabond, qui sent les égouts et l’hémoglobine.

Deux personnages : un vieux tatoueur qui a trempé son caractère et perdu ses illusions de jeunesse dans les goulags de Sibérie. Et sa fille adoptive : une force de la nature, haltérophile d’origine japonaise qui exerce ses talents dans la police new yorkaise. Ces deux-là vont se retrouver confrontés à un trafic aussi sordide qu’écœurant. Le tout sur fond de ville tentaculaire, de pulsion de mort, de bébés trouvés dans des poubelles, de femmes buveuses de sang, de fantômes surgis du passé, et j’en passe ! Le livre fait près de 150 pages en grand format et on en prend plein la tronche d’un bout à l’autre.

Très enthousiaste, face à la maestria de François Boucq et à la puissance de l’univers de Charyn, cette bande dessinée est un régal pour tous les amateurs de grand spectacle et de littérature noire. Né dans le Bronx, Jérôme Charyn fait de son histoire une plongée abyssale dans les fantasmes les plus glauques générés par New York. Quant à François Boucq, il joue avec les personnages et les décors mais aussi, et surtout, comme il l’avait fait dans ''Little Tulip'', avec toute la magie de l’univers des tatouages, qui explosent d’un bout à l’autre du livre et occupent d’ailleurs largement la couverture. Tout cela est habité, hanté, au point de rendre la lecture de ce ''New York Cannibals'' aussi frissonnante que la vision d’un film sur grand écran. Deux auteurs au sommet de leur art, vous l’aurez compris. C’est paru aux éditions du Lombard.

New York Cannibals, par Boucq & Charyn, Le Lombard

Des conseils de lecture pour passer du bon temps, un album à la main : Comics Street le mercredi à 13h45, l’actualité BD présentée par Thierry Bellefroid dans Lunch Around The Clock.

"Viens petite fille dans mon Comic strip" chantait Gainsbourg avec autant de fausse innocence que quand il faisait chanter "Annie aime les sucettes" à France Gall. En guise de clin d’œil, Comics Street vous invite, vous les fans de rock, à partager chaque semaine les coups de cœur choisis par Thierry Bellefroid parmi les dizaines de titres qui déboulent en librairie. Perles et pépites à lire en écoutant… Classic 21, bien sûr !

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