Bryan Ferry : interview audio

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A l'occasion de la sortie de son nouvel album "Olympia" retrouvez ici l'interview exclusive de Bryan Ferry. Le dandy britannique évoque, au micro de Laurent Rieppi – avec son élégance naturelle et son charme légendaire – la réalisation et le travail effectué ces dernières années pour ce nouveau disque qui revient aux valeurs qui ont fait son succès et celui de Roxy Music : du Glam dans la Pop !

Pour celui-ci, il a travaillé aux côtés de quelques uns de ses célèbres amis musiciens (David Gilmour, Marcus Miller, Brian Eno, Flea, Jonny Greenwood, Nile Rodgers…) mais aussi de jeunes musiciens particulièrement brillants (Tara Ferry, son fils, à la batterie, le jeune guitariste Oliver Thompson). Ce métissage intergénérationnel fait d’ « Olympia » une très belle réussite artistique qui n’est pas sans rappeler l’époque de son célèbre album « Boys & Girls ».

Bryan Ferry au micro de Laurent Rieppi, écoutez l'interview en VF

Bryan Ferry au micro de Laurent Rieppi, écoutez l'interview en VO

1)      Nous sommes ici pour parler de votre nouvel album, “Olympia”. Pour la pochette de ce nouvel album, vous avez choisi la célèbre Kate Moss... Cette pochette est, je trouve, géniale parce qu’elle est dans la tradition de vos grands albums avec Roxy Music sur lesquels on retrouvait Amanda Lear, Jerry Hall. Que pouvez-vous nous dire de cette nouvelle superbe pochette?

 

BF: Bien vous savez ça a pris tellement de temps pour terminer cet album... Nous pensions donc qu’un travail aussi sérieux nécessitait une très bonne pochette. Le titre que j’ai donné à cet album est Olympia, cela fait référence au quartier de Londres dans lequel je travaille, mon studio est situé là-bas. Mais c’est un mot qui a beaucoup de résonnance , qui évoque différentes choses. Et l’une de ces choses, c’est la célèbre peinture de Manet “Olympia” faite à Paris dans la moitié du 19ème... Ca a été un grand scandale à l’époque. C’était une peinture controversée car elle montrait une femme nue sur le lit. Enfin, ce n’était pas la première fois que l’on peignait une femme nue mais elle avait ce côté audacieux, provocant... Donc pour la pochette de l’album je me suis dit: ‘cette fois je vais utiliser l’image d’une belle femme mais la rendre un peu plus ...’ Donc l’inspiration pour cette pochette a été cette peinture de Manet que l’on peut voir au musée d’Orsay à Paris. Donc on cherchait une femme qui avait un peu d’histoire et qui était très jolie... Kate Moss était le choix parfait, elle est le mannequin le plus glamour des 10 dernières années, elle fait la couverture des plus grands magazines. Elle a accepté de le faire pour nous et ... Le fait qu’elle a une histoire rock’n’roll, qu’elle est une sorte de “femme fatale” de notre temps est important. Ca a ajouté un aspect luxure, désir, à la pochette et au titre “Olympia”.

 

 

 

Regardez l’originale: “Olympia” de Manet (1863), inspiration de la pochette du nouvel album de Bryan Ferry

2)      Quand on regarde le “line-up” présent sur cet album, il y a certains “vieux amis” comme David Gilmour, Nile Rodgers, le producteur Rhett Davies, ca nous rappelle –d ‘une certaine façon – l’époque de l’album “Girls & Boys”. Est-ce que Olympia est une sorte de “suite” à “Boys & Girls”...?

BF: Je suppose, si c’est une suite, l’attente a été longue (rire)... Euh, oui, une sorte de flashback sur cet album parce que – comme vous l’avez dit – David Gilmour jouait avec moi sur “Boys & Girls”, Nile Rodgers, je pense que Marcus Miller était là aussi ... donc il y a une superbe continuité... C’est important dans une carrière d’avoir ces liens vers le passé, de bâtir sur votre passé et de construire – avec un peu de chance – votre futur. Un autre élément-clé à mettre aux côtés de ces musiciens qui ont toute une histoire musicale avec moi est d’avoir autour de moi tous ces jeunes musiciens. Oliver Thompson – qui est le guitariste principal sur l’album – il joue avec moi depuis 3-4 ans – il a donc eu l’occasion de pratiquer très jeune. Il a même fait quelques concerts avec Roxy Music lors des concerts cet été dans les festivals européens, y compris en Belgique. Ca a très bien fonctionné, de l’avoir avec nous aux côtés de David Gilmour, Nile Rodgers etc... Ca a ajouté une touche de fraîcheur. Aussi, le jeune batteur que l’on retrouve ici, c’est Tara, mon fils. Il a très bien joué mais il est toujours en train d’apprendre, il n’est pas encore Andy Newmark. Andy lui a donné des cours et est également présent sur l’album. C’est donc une intéressante combinaison de talents entre des “maestro” expérimentés et des jeunes qui essayent de prouver leurs compétences.

 

 

3)      Et il y aussi Scissors Sisters, Groove Armada, des musiciens de la nouvelle génération ...

BF: Oui, cette fois j’avais envie de collaborer avec des gens plutôt que d’écrire tous les morceaux seuls. Même si, d’autre part, j’avais envie que l’album reflète mon feeling et que l’on ressente que ce sont mes morceaux. Mais j’étais ouvert aux collaborations... j’ai rencontré Groove Armada à Londres ... Je suis sorti beaucoup ces dernières années et j’étais donc au courant de ce qui se passait sur la scène dance là-bas. Un de mes fils, Isaac, est DJ et est donc très connecté à ce monde. Et donc j’ai rencontré Groove Armada et ils avaient envie de travailler avec moi. Ils m’ont envoyé quelques morceaux et un de ceux-là était Shameless dont je suis très fier. Ils m’ont envoyé leurs enregistrements et j’y ai rajouté ma touche, puis je leur ai envoyé à nouveau etc, c’était une façon très intéressante de collaborer ensemble... Les autres personnes très intéressantes que j’ai rencontrées étaient les Scissors Sisters qui ont eu un très grand succès dans le monde de la pop, c’est d’ailleurs le morceau le plus pop de l’album: “Heartache By Numbers”. Je suis allé à Brooklyn, aux Etats-Unis, près de New York pour travailler avec eux pendant quelques jours. Nous avons écrit quelques morceaux ensemble et un de ceux-ci était “Heartache By Numbers”. Je l’ai ramené à Londres et j’ai commencé à y travailler, pendant longtemps, jusqu’à le terminer ... Ce qui est intéressant avec cet album c’est que tous les différents morceaux ont démarré à différentes périodes mais ils se sont tous terminés au même moment, il y a très peu de temps en fait... Et puis on s’est dépêché pour faire la pochette et maintenant il sort enfin ...

4)      Vous parliez de Scissors Sisters, ils représentent, d’une certaine façon, la nouvelle génération “glam rock”. Roxy Music a été un des groupes de la première génération “glam”. Que pensez-vous de cette nouvelle scène “glam”?

BF: (rire) Bien j’aime l’énergie que l’on y retrouve. Je trouve que les Scissors Sisters ont une énergie incroyable et une grande sensibilité pop. Ils sont dans une sorte de showbusines, ils ont cette façon très “théâtrale” de s’exprimer musicalement... Et je pense que c’est une très bonne chose. Certains de leurs titres sont plus sérieux mais celui est plus décalé ...

5)      En parlant de Roxy Music, il y a certains de vos amis de Roxy qui sont présents sur l’album: Phil Manzanera, Andy Mackay et aussi Brian Eno. Il était déjà présent notamment sur votre album “Frantic” il y a quelques années. Il semble que vous apprécier à nouveau de travailler ensemble ...

BF: Oui, j’adore travailler avec Eno parce qu’il est tellement intelligent et brillant. Nous avons évidemment une histoire derrière nous et nous nous comprenons bien. Il y a aussi le sens de l’humour que nous partageons. C’est important quand on travaille avec quelqu’un ... C’est la même chose avec Andy Mackay, il est très drôle mais il crée aussi de superbes sons avec son hautbois, Eno est génial, très inventif, sur cet album, il a juste fait quelques petites parties de clavier sur 2-3 morceaux, idem pour Mackay. Avec Manzanera... j’ai co-écrit un morceau avec lui, “BF Bass”. C’est un morceau que j’ai commencé dans ma maison de campagne, je jouais de la basse, j’ai créer cette sorte de riff et Phil l’a entend, ça lui a plu. Il m’a dit “Je trouve vraiment que c’est bon, je vais travailler dessus”, il a pris un enregistrement, y a travaillé et me l’a ramené par la suite. Et je me suis dit “Ouais, ça pourrait devenir quelque chose d’intéressant...” et c’est devenu ce morceau. C’est bien de travailler avec Phil, c’est un formidable guitariste, il a tellement de sons différents... Il est un peu comme Jonny Greewood (NDLR: de Radiohead) qui joue sur “Song to The Siren”. Il aime inventer différents sons et faire faire à la guitare des choses inhabituelles. J’adore cette inventivité dans le jeu ... Bien sûr tous les musiciens sont différents et tous ceux présents sur l’album apportent quelque chose à la fête... Le principal bassiste sur l’album, c’est Marcus Miller, avec qui j’ai travaillé sur 2 albums je crois, peut être 3. Il est un lien formidable vers le monde du jazz, il a joué avec Miles Davis, il a même produit quelques uns de ses derniers albums. Marcus est un musicien fantastique. Il est le principal bassiste donc mais j’ai testé quelques autres bassistes sur certains morceaux...

 

Notamment Flea …

 

BF: Flea des Red Hot Chili Peppers est l’un d’eux. Quand nous étions à Los Angeles, je lui ai demandé de venir jouer sur l’album... Je l’avais déjà rencontré auparavant dans des cercles sociaux du monde artistique, comme moi, il collectionne l’art. Un ami commun – du monde artistique - nous a présenté et j’étais ravi qu’il puisse jouer sur l’album parce qu’il a une énergie fantastique. C’est quelqu’un de très très musical... Il a aussi le plus belle basse que j’ai jamais vue, elle est recouverte de papillons et a été conçue par Damien Hirst, l’artiste, probablement l’instrument qui a le plus de valeur dans le monde du rock ...

6) Vous évoquiez le morceau “BF Bass”, sur celui-ci vous parlez des réseaux sociaux (Facebook, MySpace...), êtes-vous intéressé par ces nouvelles technologies?

BF: Ces nouvelles technologies sont très intéressantes. Il y a du bon et du mauvais. Mais je me souviens toujours bien de l’époque où nous vivions sans téléphone portable ... Ca remonte à pas mal de temps maintenant... Aujourd’hui c’est très différent. La semaine dernière, pour mon anniversaire, quelqu’un m’a offert un iPad. Donc maintenant j’ai une de ces tablettes. Je suis assez fasciné par ces nouvelles technologies en fait. En musique, nous essayons – autant que possible - d’adopt

7) Au tout début de Roxy Music, vous décriviez la musique du groupe comme une sorte de transcription musicale du “Pop-Art”. Est-ce que l’on peut définir votre musique d’aujourd’hui de la même façon?

BF: C’était très influencé par les artistes “Pop”, spécialement par Richard Hamilton qui était mon professeur quand j’étais à l’Université et que j’étudais les arts. Je pense que le premier album de Roxy Music était une sorte de “collage” de différents genres musicaux que je voulais explorer et sur lesquels le groupe voulait également travailler. Donc, dans un sens, c’était très influencé... dans le même sens que le “pop art” est influencé par la culture qui nous entoure: la publicité, le cinéma, toutes ces images... la musique de Roxy était ainsi influencée par pas mal de choses extérieures... La peinture de Manet – “Olympia” de la moitié du 19ème – était l’inspiration pour la pochette de l’album... Pour moi c’est une sorte de lien ancestral avec le “Pop Art” des années 60, en utilisant l’image de la femme comme l’image d’une “pin-up”. Et de la même façon qu’Andy Warhol a utilisé l’image de Marilyn Monroe à l’époque... Tout cela est comme connecté... C’est marrant comme les choses vont, en boucle, comme ça. La première pochette de Roxy Music – que j’ai réalisée - était fortement influencé par ces peintures et oeuvres du “Pop Art” – tout comme Olympia ... Pour revenir à la question initiale, c’est effectivement une oeuvre d’accompagnement de mes premiers travaux...

 

8)      Parlez-nous de la création de cette superbe reprise de Tim Buckley,“Song To The Siren”, présente sur l’album ...?

BF: C’est un très beau morceau. J’ai tout d’abord entendu la version du groupe This Mortal Coil – un projet avec des membres de Cocteau Twins – un ami avait fait la vidéo pour eux. Je me souviens avoir vu la vidéo, le morceau était vraiment superbe, de superbes paroles et une très belle mélodie. Je me suis dit que c’était fait pour moi, que je devais le reprendre. Et c’était il y a très longtemps... 10 ans ou quelque chose comme ça. J’ai commencé à m’y mettre et, graduellement, c’est devenu une grosse production parce que je pensais que le sujet de la chanson méritait une production à grande échelle, elle parle de l’océan...

Avec des arrangements musicaux complexes...

BF: Oui, effectivement, il y a des violons, de nombreux guitaristes – notamment David Gilmour, Johnny Greenwood, Oliver Thompson, Phil Manzanera – tous portés par le formidable bassiste Marcus Miller. A la batterie, c’est Tara Ferry et Andy Newmark. Il y a beaucoup de voix féminines qui chuchotent et qui appellent, j’essayais vraiment de créer une image qui correspondrait au morceau. J’ai même utilisé des sons de baleines. J’avais quelques CDs de sons de baleines, je me suis dit que ça pouvait être intéressant dans ce véritable collage de sons. C’était intéressant… La création/l’enregistrement, est toujours un processus intéressant pour moi, j’espère que le résultat l’est aussi (rire) ...

9)      Dites-en nous plus sur le morceau “Heartache By Numbers” avec ce fameux refrain ...

BF: Il m’est apparu qu’il serait intéressant de rendre le refrain particulièrement ample, important, l’idée c’était de lui donner un aspect “chorale”. Un ami connaissait un petit garçon qui appartenait à la célèbre chorale de Westminster à Londres. Je suis allé le voir et il chantait superbement bien. Il est venu dans mon studio – je pense qu’il devait avoir 10 ans ou quelque chose comme ça – avec cette jolie voix pure qu’ils ont à cet âge là. Une partie de la chanson nous fait entendre sa voix, ce qui est chouette. Sinon il y a beaucoup de filles... C’est assez intéressant d’explorer différentes rythmes dance, c’est ce qu’on a essayé de faire dans ce morceau ...

La construction du morceau est géniale avec ces différentes parties et en même temps le titre est très homogène ...

BF: C’est parfois bon de faire quelque chose d’inattendu, de prendre les gens par surprise, de tourner à gauche plutôt qu’à droite (rire)... C’est amusant à faire. Au milieu du morceau, il y a un superbe petit solo de Flea, à la basse, ça sonne comme de la guitare mais en fait c’est de la basse. Très mélodique, très spécial...

10)      Une question sur votre voix.... Votre voix est impeccable sur l’album. Vous avez sorti en 1999 un album intitulé “As Time Goes By”, un album hommage au son des années 30. Les années 30 et les chanteurs des années 30 ont eu un grande influence sur vous?

BF: Il y a eu tellement de chanteurs à cette époque, le premier que j’ai écouté a probablement été Leadbelly qui avait un style très différent... Ensuite me goûts musicaux sont devenu plus sophistiqués – après le blues, le r’n’b, le rock’n’roll – j’ai découvert des artistes comme Billie Holiday qui est probablement la plus grande génie de la chanson des années 30, et particulièrement ses enregistrements datant de 1938 avec le Teddy Wilson orchestra... Avec ce phrasé si intelligent, si soigneux et ces tournures inattendues dans les mélodies. Beaucoup d’émotion, la passion était quelque chose d’important dans son chant.

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