Bob Dylan ouvre sa salle de concert

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Une ancienne église sera restaurée et aménagée pour accueillir la distillerie de Bob Dylan, Heaven’s Door Distillery and Center for the Arts. A côté de ce projet, l’artiste compte faire construire un restaurant, un salon de dégustation de whisky et une salle de concert de 360 places. L’établissement accueillera également des peintures et des sculptures de Dylan. Heaven’s Door Distillery devrait ouvrir ses portes en automne 2020.

« Nous sommes heureux de célébrer le 50e anniversaire de 'Nashville Skyline', » annonce Marc Bushala, directeur de Heaven’s Door Spirits. « Nashville est la ville natale de la distillerie Heaven’s Door et l’église d’Elm Street s’intègre parfaitement dans l’art visuel de Bob Dylan. Nous avons cherché pendant des années après un établissement qui aurait pu capturer l’essence même de Heaven’s Door et après avoir découvert cette église désacralisée, nous avons immédiatement su qu’elle serait le lieu idéal. »

« Nashville Skyline » est le neuvième album studio de Bob Dylan, sorti en 1969, qui a popularisé le genre country rock.

Cet album montre une facette relaxe du musicien, même s’il était parfois difficile en tournée. Récemment, Freddy Koella a parlé de ses années avec Bob Dylan.

« Chaque concert était différent, tout dépendait de son humeur… Parfois c’était difficile, il fallait s’adapter. Mais le truc pour que ça se passe bien, c’était d’essayer de le faire sourire » raconte-t-il.

Guitariste attitré de Willy DeVille, aujourd’hui proche collaborateur de Francis Cabrel, le Français fut l’accompagnateur de Dylan en 2003 et 2004.

« Notre rencontre relève d’un concours de circonstances », explique-t-il. « Un jour j’étais chez un ami luthier de Los Angeles, James Trussart. James connaît tout le monde là-bas. Tony Garnier, le bassiste de Dylan, était également présent. Dans la discussion, il a lâché que Bob cherchait un guitariste. Une fois parti, James l’a rappelé et lui a dit : 'vous devriez essayer Freddy'. »

Trois jours après, Koella se retrouve dans un studio de répétition de Santa Monica face au maître.

Intimidé ? « Pas vraiment. Jouer avec DeVille a été une bonne école pour ce qui est de s’endurcir dans le rapport avec quelqu’un de très différent de soi. Je suis parvenu à l’appréhender comme une personne, pas comme une légende. D’autant que je n’ai jamais été un fan hardcore », sourit Koella.

Lors de ce premier contact, Bob Dylan se fend d’une seule consigne : « Freddy, n’apprend pas mes morceaux ».

« Cette phrase m’est restée. Il savait évidemment que je ne connaissais pas parfaitement son répertoire. Mais sa musique m’était quand même familière et j’ai improvisé sur ses chansons. J’ai alors compris que j’abordais naturellement la musique comme lui l’aborde. C’est ce qu’il voulait : que ma maîtrise de mon instrument soit au service de sa musique », poursuit le guitariste de 61 ans.

Koella se rappelle d’un Bob Dylan parfois expansif en studio – « mais pas des tonnes non plus, hein ! C’est Bob, quoi ! » – et souvent sujet à des sautes d’humeur, imprévisibles, qui ont rendu plus d’un concert difficile.

Et si Koella misait sur sa capacité à le faire sourire – « mon métier, c’est rendre l’artiste pour lequel je joue heureux », dit-il -, une autre difficulté de taille devait être surmontée : il recevait seulement vingt minutes avant de monter sur scène une setlist, parfois modifiée avec des titres non répétés voire inconnus.

« Heureusement dans le bus j’avais un classeur avec pas mal de compositions écrites. Quand j’avais un doute, j’y allais et je regardais la structure. Quant aux morceaux que je ne connaissais pas… Alors là, faut s’accrocher, c’est un vrai challenge. Faut tirer son épingle du jeu. De toute façon, Bob aime le risque et veut qu’on en prenne ».

D’autant que Dylan, lui-même, s’est toujours appliqué à tordre le schéma classique de ses chansons sur scène. Quitte à décevoir une partie de son public. « C’est vrai, les gens adorent ou détestent. Mais il faut comprendre qu’il n’arrête pas de jouer, il ne peut pas être au top chaque soir. Et c’est à nous de le suivre », ajoute Freddy Koella. « Dans les bons soirs, quand il se donnait vraiment, c’était quelque chose de pouvoir l’observer ».

Après les concerts, Bob Dylan s’éclipse toujours. « Il n’y a pas de moments partagés, ni d’échanges. Il remonte dans son bus et les musiciens dans le leur », dit Koella que le sort a frappé au bout d’un an de tournée. Obligé d’observer plusieurs mois de repos pour maladie, il n’a pas été rappelé par Dylan une fois guéri.

« J’ai fini par tourner la page, mais la manière dont ça s’est terminé m’a traumatisé. J’ai revu Bob en 2012, c’était dans l’air que je revienne, mais ça ne s’est pas fait. J’avais juste perdu le job. »

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