Blood, Sugar, Sex, Magik… et 30 bougies

Nouvelle firme de disques, nouveau producteur, hits qui passent enfin à la radio… ce cinquième album des Red Hot Chili Peppers les voit enfin changer de dimension. Et le disque qui a définitivement placé le groupe dans la catégorie des combos rock qui comptent à trente ans. Oui, déjà…

Nous sommes donc en 1991, le grunge explose et l’aventure des Red Hot, elle, menace d’imploser. C’est que depuis 4 disques, le groupe mené par Anthony Kiedis ne jouit toujours que d’un succès très confidentiel et reste surtout très connu pour être apparu, quelques années plus tôt, sur des affiches uniquement " habillé " d’une chaussette judicieusement placée. Bref, comme le dit Kiedis dans son autobiographie Scar Tissue, sortie en 2007 : "Juste avant la sortie ce disque, je me suis dit que l’on s’était bien marré. Mais nous avions juste un succès d’estime." Et le succès d’estime finit toujours par s'user pour ceux qui ne passent pas au palier suivant.

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Les Red Hot à l’AB en 1988 © Gie Knaeps/Getty Images

Première mesure, donc : changer de firme de disques. Il faut dire que Kiedis, le chef de bande, aspire à davantage de stabilité. En 7 ans d’existence et 4 albums déjà sortis, leur maison de disques depuis les débuts, EMI, leur a adjoint pas moins de 7 directeurs artistiques différents. Après quelques âpres négociations inabouties avec Sony, ce sera finalement direction Warner Bros records.

Ensuite, Rick Rubin, qui avait refusé de produire leur troisième disque (The Uplift Mofo Party Plan - 1987) à cause des soucis de substance traversés par les différents membres de la bande, revient à la charge. Cette fois, même s’il ne se drogue plus (trop) et malgré les avances de Rubin, c’est Kiedis lui-même qui fait part de sa réticence quant à une collaboration avec le " gourou " : " Pour moi, c’était un producteur qui travaillait surtout avec des groupes véhiculant des énergies négatives, comme Slayer ou Danzig. Mais quand on le connaît un peu mieux, on comprend que Rubin est un mec très sympa et joyeux, pas glauque du tout ", expliquait le chanteur dans plusieurs interviews accordées à la sortie du disque. Et puis, sans doute a-t-il aussi enfin vu que Rubin avait produit le premier opus des Beastie Boys, Licensed to III qui, question énergie positive et mélange des genres, a plutôt bien réussi son coup.

 

Le groupe se met donc au travail. Rubin supervise les jams et maquettes de chansons qui sont avancées. Et, lorsque le groupe se dit enfin prêt à enregistrer, le producteur leur propose de travailler dans " The Mansion ", une bâtisse anciennement propriété du magicien Houdini, située à Laurel Canyon, à portée de décibels du centre de Los Angeles. Pour ne pas se disperser, les musiciens choisissent de s’établir à cet endroit. A l’exception du batteur Chad Smith, terrifié à l’idée que le lieu puisse être hanté par le fantôme d’une femme assassinée à cet endroit dans les années 30. On notera aussi que si les Red Hot Chili Peppers ont été les premiers à enregistrer dans cet endroit, il a depuis été racheté et rénové par Rubin qui y a convié Slipknot, Marilyn Manson, Mars Volta, Linkin Park et tous les autres pour enregistrer des disques à la pelle.

Le résultat final de tout ceci est annoncé par le single " Give it Away " trois semaines avant l’album.

 

Si ce morceau est boudé, du moins à sa sortie, par certaines radios souvent rebutées par ce mélange inattendu entre funk et rock, les fans le plébiscitent et se jettent sur l’album, qui se verra sacré disque d’or aux Etats-Unis (avec 500.000 exemplaires vendus) deux mois plus tard. Dans le monde, au total, il s’en écoulera près de 15 millions d’exemplaires. Il faut dire que les ventes se voient bien entendu dopées par le titre " Under the Bridge ", qui était à la base un poème écrit par Kiedis au sujet de son passé de junkie et du dealer qu’il rencontrait sous un pont, et dont il n’avait jamais pensé faire une chanson. Il a donc fallu toute la persévérance de Rubin pour qu’il change d’avis. Mais au vu du carton, plus personne ne regrettera ensuite.

Découvrez le sens des paroles de ce hit dans notre Coach 21 ici.

 

C’est le cinéaste Gus Van Sant qui en réalisera le clip, après avoir, aussi, assuré la direction artistique de la pochette de l’album sur base d’un dessin signé du tatoueur néerlandais Henk Schiffmacher, avec les têtes des 4 membres du groupe autour d’une rose et de ses ramifications épineuses.

Au total, le disque compte 17 morceaux dont le plus traditionnel et un brin revanchard " I could have lied " où Kiedis s’épanche sur sa (trop ?) courte relation entamée un peu avant avec Sinead O’Conor :

Le rythmé " Suck My Kiss " qui occupe le volet sexe du titre de l’album, le très chaloupé et bien nommé " Funky Monks ", et le rock grandiloquent et engagé contre le racisme avec " The power of equality ".

 

La tournée qui suivra verra les Red Hot s’adjoindre les services des Smashing Pumpkins, Pearl Jam et Nirvana pour le volet américain des concerts. Quelques mois plus tard, en mai 1992, le guitariste John Frusciante quitte le groupe. Il sera remplacé après quelques semaines d’annulations par Arik Marshall, qui connaîtra son baptême du feu à Torhout le 4 juillet 1992, terrifié, comme il le confiera plus tard " à la fois par l’idée de jouer devant 70.000 personnes, et en même temps de passer juste après Lou Reed. C’est pour ça que je me suis tenu à l’écart de tout ce jour-là ". On ne le voit effectivement pas sur les interviews données ce jour-là. Tandis que sur scène, il se tient prudemment à l’écart de ses comparses

 

La tournée se terminera finalement en janvier 1993 en Amérique du Sud. Le groupe est épuisé mais sait aussi que plus rien ne sera jamais pareil à l’avenir.

Il se remet vite au travail pour un album (One hot minute) qui ne sortira que deux ans plus tard. Mais une chanson est déjà en boîte : " Aeroplane ". Normal pour un groupe qui ne court plus derrière de maigres cachets, mais vole désormais de succès en succès.

Ecoutez dès à présent le Making Of de Blood Sugar Sex Magic :