Bernard Madoff : faut-il avoir de la pitié pour un escroc qui n'en pas eu pour ses victimes ?

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Bernard Madoff, l’homme qui a escroqué des Américains pour l’équivalent de 50 milliards de dollars et qui purge une peine de prison de 150 ans, demande à passer ses derniers jours à la maison. Ses avocats se basent sur la loi et ses victimes ne veulent pas en entendre parler ! Amid Faljaoui nous parle de ce dossier avec une question : faut-il avoir de la pitié pour un escroc qui n’en pas eu pour ses victimes ?

"Les cons, ça ose tout et d’ailleurs c’est à ça qu’on les reconnaît". Cette phrase culte de Michel Audiard dans les Tontons Flingueurs est toujours d’actualité. Sauf qu’aujourd’hui, on pourrait remplacer le mot "con" par le mot "escroc".

En effet, Bernard Madoff, le criminel en col blanc le plus célèbre de tous les temps et qui est à l’origine d’une escroquerie de 50 milliards de dollars, demande à purger sa peine non plus en prison mais chez lui à la maison.

Son avocat se base sur une loi qui permet aux détenus de plus de 60 ans et en mauvaise santé de purger leur peine à la maison. En l’occurrence, l’avocat de Bernard Madoff précise que son client n’en aurait plus que pour 18 mois, et par pitié, il faudrait le laisser purger ces derniers jours chez lui et pas en prison.

Et comme nous sommes aux États-Unis, l’avocat de Madoff démontre qu’un autre escroc célèbre, l’ancien patron de WorldCom a pu aussi bénéficier de la clémence des juges et a pu purger sa peine à la maison en décembre dernier.

Dans le cas de Madoff, outre la sévérité de la peine – je rappelle qu’il a été condamné à 150 ans de prison – il y a l’aspect psychologique qui joue en sa défaveur. Les victimes de Madoff se sont déjà manifestées auprès de la presse et disent que comme Madoff n’a montré aucun remords à l’égard de ses milliers de victimes, pourquoi eux et donc la Justice devrait lui faire cette faveur ? Je rappelle également que Bernard Madoff a trompé ses clients, souvent très riches, via ce qu’on appelle la pyramide de Ponzi. En clair, c’est une arnaque qui promet à des investisseurs un rendement sympa et régulier, mais ce rendement est bidon, car il n’est pas le résultat d’une bonne gestion en Bourse, mais du fait que les nouveaux pigeons qui arrivent dans le système alimentent les caisses de Madoff qui paient les premiers clients avec l’argent des nouveaux clients.

Cette pyramide marche tant que tout le monde y croit jusqu’en 2008, où là, la crise des subprimes a éclaté et les clients ont pris peur et ont demandé à être remboursés.

C’est là que la pyramide de Bernard Madoff s’est effondrée. Suite à cela, des milliers de personnes ont découvert qu’elles étaient lessivées et que parfois l’épargne de toute une vie avait disparu. L’un des fils de Madoff s’est ensuite suicidé et l’autre est mort d’un cancer.

Bref, Madoff n’a apporté que malheur et dévastation autour de lui. Et le souci, c’est que les 150 ans de prison infligés à cet escroc n’ont pas freiné les ardeurs des autres malfrats. Le gendarme de la bourse américaine a dévoilé 195 autres pyramides de Ponzi dans les 10 ans qui ont suivi l’arrestation de Bernard Madoff.

Sauf que depuis lors l’escroquerie ne porte pas seulement sur des actions mais aussi sur des mines d’or et des cryptomonnaies. Et alors que Madoff promettait chaque année un beau rendement qu’il pleuve ou qu’il neige, ici, les nouveaux escrocs ont compris la leçon : ils "offrent" des rendements plus raisonnables, histoire de ne pas éveiller les soupçons. Mais au final, c’est une autre manière "de plumer moins pour mieux plumer".