Barock Never Dies : Sting chante John Dowland

C’est la journée mondiale de la propriété intellectuelle et je vais vous raconter comment une star de la pop rock s’est emparée fougueusement d’un répertoire baroque de la Renaissance !

Fougueusement ou honteusement (ça dépend du point de vue) : les puristes ont tendance à trouver sympathique un ensemble de musique classique sublimant un titre pop. Mais l’inverse (qui est déjà plus rare) tend à provoquer une réaction sceptique, le sourcil levé. Peine perdue pour celui-là, on pouvait l’attendre au tournant mais il y était déjà, bien installé sous les étoiles en songeant à toutes les reines d’Angleterre. Car notre star du jour, c’est Sting et la musique sacrée à laquelle il a voulu rendre hommage, c’est celle de John Dowland.

C’est en 2006 qu’est sorti l’album, ''Songs from the Labyrinth'', et Sting a réellement osé quelque chose avec ce disque car il s’est attelé à un monument de la culture anglaise. John Dowland, ce n’est rien moins que le plus illustre des luthistes anglais du 16e siècle, reconnu comme tel de son vivant et un compositeur à qui l’on doit certaines des mélodies les plus belles et les plus émouvantes de l’époque.

Le luth est un instrument à cordes, cousin de la mandoline (qui est plus petite) et de la guitare (qui est plus plate). Son origine est orientale : de la famille du oud, instrument roi de la musique arabe. Et ça sonne drôlement bien.

John Dowland composait volontiers des mélodies comme celle-ci, mélancoliques et rêveuses, à jouer à l’ombre d’un cyprès en songeant à l’être aimé, mais il a aussi composé pour les rois et les reines puisqu’il a servi à la cour de Danemark et bien sûr à la cour d’Angleterre au début des années 1600.

Pour honorer les œuvres de ce grand monsieur, Sting n’a pas travaillé seul : il s’est offert les services d’Edin Karamazov, genre de troubadour moderne qui a débuté par l’étude de la guitare classique avant de se tourner vers le luth baroque. Il joue des œuvres de Dowland mais aussi de Sting, Bach et Mozart, des chansons andalouses et cubaines… Un artiste passionnant et éclectique. Sa participation à l’album de Sting a contribué à entraîner le luth dans les échos du 21e siècle.

En conclusion, le pari est plutôt réussi pour Sting en hommage à la culture de son pays. Sting qu’on peut d’ailleurs appeler Sir Gordon Matthew Thomas Sumner puisqu’il a été anobli en 2003 par la reine Elisabeth II. Dont voici un beau mélange de genres, pour faire une belle moyenne entre 16e et 20e siècle : la chanson ''Fields of Gold'', en duo guitare et luth par Sting et Edin Karamazov.

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