Barock Never Dies : ''An American Prayer'' The Doors – Albinoni

Les Doors, Jim Morrison, et ''An American Prayer'' : les puristes voient sûrement de quoi je parle, c’est un disque un peu à part dans l’histoire des Doors, parce que ce n’est pas du rock et qu’il est sorti 7 ans après la mort de Jim Morrison.

C’est plutôt un disque de poésie mise en musique puisque c’est un enregistrement de poèmes de Jim Morrison déclamés par lui et qui ont été mis en musique après coup par les survivants du groupe. Le résultat est vraiment super-beau, on pourrait même croire que ça a été enregistré d’une traite tellement ça colle entre la musique des Doors et les textes de Jim.

Et donc, sur ce disque on trouve plein de choses, les poèmes déclamés ; mais aussi quelques extraits live, un morceau inédit, et le tout est mixé en une seule longue plage, ça fait un peu moins de 40 minutes, personnellement je trouve que c’est un enchantement et ça se termine en apothéose !

''A Feast of Friends'', c’est le dernier titre poème du disque (le dernier titre sur la version sans bonus), une espèce de litanie dans laquelle Jim Morrison évoque ses thèmes préférés : le désenchantement, le rêve, la séduction de la mort… C’est désabusé et en même temps c’est super-lumineux… Et là-dessus les musiciens des Doors ont choisi de retranscrire une partition classique bien connue, une partition donc qu’on appelle l’adagio en sol mineur ou encore l’adagio d’Albinoni. Qui est un morceau bien particulier lui aussi parce que le monsieur qui l’a composé ne s’appelle pas du tout comme ça.

Albinoni, c’était un compositeur vénitien du 17e siècle (un voisin de Vivaldi) dont les partitions ont presque toutes disparu avec la 2e guerre mondiale. Et du coup, cet adagio super-célèbre (qu’on entend aussi dans plein de films d’ailleurs) a réellement été écrit en 1945 par un fan d’Albinoni, qui s’appelait Remo Giazotto, et qui a créé cette partition sur base d’un tout petit bout de musique d’Albinoni qu’il avait pu retrouver dans les cendres de la bibliothèque de Dresde après la guerre.

Des deux côtés du coup, Albinoni ou Morrison, ça résonne comme un hommage posthume et la musique classique ressuscitée pour l’occasion entre les mains géniales de Ray Manzarek et Robbie Krieger est un pur bonheur musical, les petites sorties de guitare sont juste sublimes… Je sens que je ne parviens pas à rester totalement objective en vous racontant tout ça mais c’est un péché mignon, c’était trop dur de résister !

Entre parenthèses, je précise quand même que Giazotto n’a jamais essayé de faire croire qu’Albinoni l’avait composé lui-même, cet adagio. Le titre original mentionne clairement qui l’a écrite et à partir de quoi. C’est juste que l’appellation populaire d' "Adagio d’Albinoni" a fini par s’imposer, tout simplement, au risque de créer de gros malentendus dans l’histoire de la musique… Mais ça nous permet aussi de revisiter le classique dans des endroits sombres et merveilleux comme le dernier disque des Doors.

Le lundi à 13h45 tout l’été dans Lunch Around The Clock avec Vanessa Fantinel.

Où sont les points communs entre Bach et les Beach Boys ? Entre un chanteur lyrique et un adepte du chant guttural ? Dans baroque, il y a " rock " : chaque semaine, Barock Never Dies dévoile les généalogies de célèbres titres rock qui ont puisé avec talent dans le répertoire de la musique classique.

Newsletter Classic 21

Recevez chaque jeudi matin un aperçu de la programmation à venir.

OK