Barock Never Dies : ''Amsterdam'' David Bowie - Jacques Brel - Greensleeves

''Amsterdam'', cette chanson que tout le monde connaît, c’est un monstre sacré qui l’a écrite, il s’appelle Jacques Brel. Quand il en parlait, Jacques Brel disait que c’était le symbole d’une aventure dont tous les hommes rêvent, de virilité. ''Amsterdam'' est aussi devenu l’emblème de sa façon de chanter, le fameux ''crescendo brellien'' celui qui amenait le public à l’hystérie totale.

Et quand on est musicien, sur scène, et qu’on arrive à faire ça au public, c’est la grande classe. Du coup, on n’est pas étonnés que d’autres artistes, beaucoup d’artistes, aient eu envie de réutiliser à leur compte la magie de cette montée en puissance de la chanson ''Amsterdam'' dans des chouettes versions et dans des versions tout court.

Par exemple : I Muvrini et 500 choristes (album ''I Muvrini et les 500 Choristes''), Marianne Faithfull (compil "Ces gens-là"), le finnois Hector (album ''Yhtenä Iltana''), Greenwich Cavern (''In the Port of Amsterdam''), Yannick HellwigDusty Springfield

''Amsterdam'', c’est bien l’histoire d’un tube. Mais la reprise la plus connue, reste celle de David Bowie. Il a découvert la chanson dans une comédie musicale de Mort Schumann, une pièce qui s’appelle " Jacques Brel is alive and well and living in Paris (Jacques Brel est vivant et se porte bien et il vit à Paris). Mort Schumann avait traversé l’Atlantique pour rencontrer Brel et traduire ses chansons en anglais pour sa comédie musicale. La chanson ''Amsterdam'' percute Bowie, il se met à écouter l’intégrale de Brel en anglais (chantée par Scott Walker), il devient fan et, quelques années plus tard en '73, il enregistre sa propre version de la chanson. Une version anglaise qui est gravée sur la face B de son single ''Sorrow''. On est donc dans les années '70 et ça fait déjà 2 enregistrements en anglais de la chanson de Brel, alors que la version originale n’est jamais passée par un studio.

Mais au fond, on peut se demander : qu’est-ce qui nous plaît tellement dans cette chanson ? Quand on l’écoute, dans n’importe laquelle de ses versions, c’est une musique un peu magique : elle a le don de nous emmener ailleurs, dans nos racines, comme si l’enchaînement des notes et la montée en puissance nous rappelaient vaguement quelque chose de tribal, d’un peu charnel, qui donne envie de lever les bras et de marquer le tempo. Ecoutez un peu :

Eh bien si ça nous donne tellement envie de danser, c’est que ça vient de loin et qu’au départ, c’était une danse. Brel et Bowie se sont bien fait aspirer par la musique traditionnelle anglaise. Ça s’appelle ''Greensleeves'', et qu’est-ce que c’est ? Ça veut dire ''manches vertes'', et ces manches vertes appartenaient certainement à Anne Boleyn, la 2e femme d’Henri VIII, c’est donc une musique qui débarque tout droit du 16e siècle. La petite histoire raconte que son roi de mari lui a composé cet air à partir d’un rythme binaire de ce qu’on appelle un passa mezzo, une danse très répandue en Europe à cette époque, et caractérisée par la basse obstinée, l’ostinato, qui rend la musique hypnotique. Cette chanson traditionnelle a d’ailleurs, elle aussi, fait l’objet de beaucoup d’interprétations…

''Amsterdam'', c’est donc l’histoire d’un tube. Un air de musique que tout le monde reconnaît, une mélodie qui nous touche et qui nous rappelle à tous vaguement quelque chose. Eh bien maintenant vous savez que c’est Henri VIII qui l’a écrite, que c’est Jacques Brel qui l’a rendue magnétique, mais que c’est David Bowie qui l’a rendue mythique.

Dans baroque, il y a " rock " : chaque semaine, Barock Never Dies dévoile les généalogies de célèbres titres rock qui ont puisé avec talent dans le répertoire de la musique classique.

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