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Thomas Renard, spécialiste des matières terroristes : "on est dans une situation d'urgence absolue"

Thomas Renard, spécialiste des matières terroristes : "on est dans une situation d'urgence absolue"

  • 7 min

Thomas Renard est spécialiste des matières terroristes pour l’institut EGMONT et il a eu des contacts hier à Bruxelles avec des familles de jihadistes qui ont quitté des camps kurdes.

Thomas Renard évoque ses conversations "Effectivement, on a eu une réunion organisée par le délégué général aux droits de l’enfant hier avec toute une série d’acteurs y compris les familles. Je dirais que ce qui prévalait lors de cette réunion, c’est d’abord l’inquiétude des familles parce qu’effectivement, soit ils sont sans nouvelles du sort de leurs familles, c’est-à-dire leurs enfants, leurs petits enfants qui sont dans des camps ou dans des prisons dans le nord de la Syrie. Inquiétude aussi parce que certains, plutôt que de s’évader, ont été relâchés par les Kurdes ce qui est tout à fait différent. En fait, les Kurdes ont ouvert les portes notamment dans le camp d’Ain Issa pour permettre à un certain nombre de femmes et d’enfants de chercher un abri, de survivre dans le contexte extrêmement compliqué sur zone. Et donc l’inquiétude de ces familles par rapport à ce qui va arriver à leurs familles maintenant qu’ils sont sortis de ces camps ne sachant pas où aller. C’est aussi un sentiment de désarroi qui prévalait, c’est-à-dire : qu’est-ce qu’on peut faire ? Personne ne sait exactement comment est-ce qu’on peut aider ces familles, comment est-ce qu’on peut trouver une solution. Je dirais un certain épuisement émotionnel aussi de la part d’un certain nombre de familles. Puis enfin, chez un certain nombre d’entre elles, clairement un sentiment de frustration par rapport à l’absence de réaction des autorités belges. Il n’y a pas que les autorités belges. Les différents gouvernements européens ont tous été alignés sur ce dossier-là. Ça fait effectivement des années que ces familles appellent au rapatriement en tout cas de leurs petits-enfants, les plus jeunes enfants certainement et puis aussi les mamans. Et une frustration parce que c’était un chaos annoncé qui a fini par arriver. Et donc une colère aussi dans le chef de certaines d’entre elles".

Lundi matin, le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw, invité de la matinale a dit que la meilleure option c’était de rapatrier les combattants belges chez nous plutôt que de les laisser être jugés en Syrie. Une position que défend également Thomas Renard "Il y a essentiellement trois grands profils de citoyens belges – rappelons que sont des citoyens belges sur zone. D’abord, la grande majorité, ce sont des enfants. Donc on a plus au moins 120-125 Belges qui sont actuellement détenus en Syrie, c’est-à-dire ceux sur qui on a encore une forme de pouvoir. 69, donc la majorité d’entre-eux sont des enfants et des très jeunes enfants. Donc clairement, là, d’un point de vue moral, d’un point de vue légal, il ne devrait pas y avoir de questions sur leur rapatriement. Ces enfants sont des victimes, ils n’ont pas choisi d’être là. Ils devraient être rapatriés le plus immédiatement possible. Il y a ensuite une distinction entre les femmes et les hommes d’une part parce que les femmes et les hommes n’ont pas joué nécessairement le même rôle dans le conflit. Les hommes ont participé à des combats, les exactions, etc. Et puis les femmes et surtout les mères sont liées quelque part à leurs enfants et donc effectivement, il y a toujours eu un petit peu trois dossiers comme ça sur la table. Ceci dit, même si ces dossiers sont très différents, nous disons qu’il serait préférable de rapatrier l’ensemble de ce qu’on va appeler "le contingent belge", l’ensemble des citoyens belges : enfants, femmes et même effectivement les hommes parce que finalement c’est un contingent assez limité. On parle de 50 adultes, Frédéric Van Leeuw l’a dit hier, pour l’État belge ce n’est pas quelque chose qui est infaisable. Et puis rappelons surtout que depuis plusieurs années et clairement depuis 2015 dans la suite des différents attentats, le gouvernement belge et aussi les entités fédérées et les niveaux locaux ont pris toute une série de mesures, des mesures très fortes qui ont fondamentalement renforcé notre capacité à gérer ce qu’on appelle ces (returnees), ces personnes qui reviennent de Syrie et d’Irak et donc tout est en place pour pouvoir les juger, pour pouvoir les incarcérer dans des conditions tout à fait correctes au niveau sécuritaire et au niveau de l’encadrement qu’on peut leur offrir. Et ensuite, pour assurer, pour les adultes un suivi même après leur relâche de prison et aussi pouvoir assurer le meilleur accueil possible, le meilleur encadrement possible pour les enfants puisqu’on est dans une approche totalement différente qui n’est pas du tout une approche sécuritaire pour les enfants, mais une approche entièrement sociale de protection de l’enfance".

Jusqu’ici, le gouvernement fédéral s’oppose à l’option du rapatriement. On sait qu’une réunion est prévue mercredi, Thomas Renard commente "alors, jusqu’à présent, chaque fois qu’on me posait cette question, je disais que je n’étais pas certain qu’on pouvait faire changer les gouvernements européens de position parce qu’effectivement l’opinion publique semblait plutôt défavorable. Et donc, le calcul politique était extrêmement risqué. On savait que les risques qu’une personne qui revient commette un attentat sont assez faibles. Statistiquement, on le sait. Maintenant, même ce risque faible était difficile à porter au niveau politique. Je crois aujourd’hui que le ciel effectivement nous est tombé sur la tête. Donc effectivement, on est dans une situation d’urgence absolue. On est dans une situation de chaos, c’est un chaos qui était entièrement prévisible puisque si on se souvient en décembre 2018 quand Trump annonce la première fois le retrait des troupes américaines, les Turcs se pressent déjà à la frontière. Donc on sent l’offensive militaire turque qui se prépare. Et puis finalement, Trump fait marche arrière un peu à la dernière minute. Donc le scénario que nous vivons aujourd’hui, on l’a effleuré fin 2018, début 2019. Donc on savait que ça pouvait arriver à tout moment et donc à ce moment-là, on pouvait anticiper et prendre un certain nombre d’actions. C’est-à-dire notamment soit le rapatriement de nos citoyens belges sur place, soit peut-être une approche mixte. On pouvait imaginer effectivement de trouver une solution au niveau d’une juridiction locale pour un certain nombre d’entre eux, ceux qui étaient par exemple considérés le plus dangereux, rapatrier en tout cas les enfants".

L’offensive turque change la donne pour Thomas Renard "aujourd’hui, effectivement, on a un peu perdu le contrôle donc on avait différentes options qui se présentaient à nous jusqu’à la semaine dernière. Le gouvernement ou les différents gouvernements européens, la Belgique n’est pas isolée sur ce dossier. Les différents gouvernements européens ont joué la montre quelque part. Ils ont perdu. Aujourd’hui, on n’a plus le choix, on n’a plus le contrôle sur la situation. En fait, c’est ça qui se passe. Aujourd’hui, même si le gouvernement décidait de rapatrier, on va devoir attendre quelque part que la situation se décante un peu parce qu’aujourd’hui, on n’a pas de vu sur ce qui se passe dans ces camps. Et alors, il est évidemment inimaginable d’organiser un rapatriement sécurisé contrôlé dans les conditions actuelles – en tout cas, dans la zone de 30 km qui est complètement une zone de guerre. Alors par contre, on pourrait imaginer d’agir beaucoup plus vite dans des camps qui sont plus en retrait de cette zone-là et notamment le fameux camp d’Al-Hol où la majorité des femmes et enfants belges sont aujourd’hui. Ce camp-là est quand même nettement plus au sud de la zone de conflit. Et là, on pourrait par contre imaginer agir beaucoup plus vite".

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