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Le Festival de Cannes, une affaire d'état(s)

  • 1 h 15 min

Alors que le Festival de Cannes est depuis près de quarante ans une manifestation où la liberté d'expression artistique est souveraine et où bon nombre de réalisateurs trouvent parfois contre la volonté des gouvernements de leur pays d'origine une vitrine internationale, ce documentaire souhaite à la fois rendre hommage à cette manifestation et éclairer sa génèse. Dès sa naissance avortée en 1939 et sa véritable inauguration en 46, le Festival a porté en lui tous les arcanes d'un évènement politique. Ces arcanes restent méconnus et le règlement qui imposait de 1946 à 1972 que tout film projeté soit préalablement validé et sélectionné par son pays producteur est à présent un vague souvenir. Pourtant le Festival de Cannes, lui-même alors festival d'Etat, a été l'acteur ou le témoin d'accidents diplomatiques inhérents au contexte historique et géopolitique qu'il a traversé pendant les vingt-six premières années de son existence. Evoquer chacune de ses éditions c'est rappeler à quel point chaque film présenté demeure aujourd'hui encore le reflet d'un contexte qui, selon le ballet diplomatique, a joué en sa faveur ou lui a été contraire. Sur la période, pas moins de 29 films ont été officiellement censurés, coupés au montage ou mis hors concours selon l'article 5 du règlement qui obligeait alors les œuvres présentées à ne " pas porter atteinte au sentiment national " des autres pays en compétition. Invités par le Quai d'Orsay lui-même soucieux d'œuvrer au prestige de la France, les pays participants ont naturellement utilisé leur propre production cinématographique comme un outil de communication voire de propagande élégamment orchestrée. L'après-guerre et son souci de réconciliation rapidement suivie d'une période de guerre froide a immédiatement exacerbé le " sentiment national " défendu par l'article 5. Le Festival a donc dû être à la fois juge et partie, hôte d'accueil et instrument d'Etat, exigent et diplomate. La décolonisation, l'affaire de Suez ou de Cuba... alors que tout film qui embrasse son époque demeure animé d'un discours social ou politique les conflits mondiaux ont inévitablement éclaboussé le Palais et orienté sa sélection. C'est ce parcours initiatique et mésestimé qu'éclaire ce documentaire. Il ne s'agit pas d'un portrait à charge : la chronologie des incidences diplomatiques sur les sélections et palmarès relève à présent de faits historiques et complexes. Le Festival de Cannes : une affaire d'Etat(s) aborde les danses et contre-danses de ce ballet diplomatique resté dans l'angle mort et non encore traité par un documentaire. Si la liberté d'expression règne aujourd'hui à Cannes c'est bel et bien parce que le Festival a su se défaire de toute entrave. Un Festival International affranchi et parfois même insoumis à tout diktat diplomatique. Michael Moore, Andrej Wajda, Kleber Mendoza Filh, Kiarostami, ou Zhang Yimou en sont témoins.

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