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« La solitude des patients me touche énormément » Témoignage sans masque de Laura, future spécialiste en médecine interne, en formation au Chwapi à Tournai

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« La solitude des patients me touche énormément » Témoignage sans masque de Laura, future spécialiste en médecine interne, en formation au Chwapi à Tournai

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Laura Bricman est assistante en médecine au Chwapi à Tournai, en formation pour devenir spécialiste en médecine interne. Pour l’instant, son quotidien professionnel se déroule dans les unités covid. Son regard sur la crise est à la fois inquiet pour les patients et reconnaissant envers l’organisation de l’hôpital.
" Très vite, au début de la crise liée au covid 19, les services du Chwapi ont été complètement réorganisés pour anticiper et gérer au mieux la situation sanitaire. Nous travaillons en tournante de façon à ce que chaque assistant assure un poste différent de semaine en semaine, ce qui nous permet d’intervenir à différents niveaux de la filière du patient covid, depuis son accueil dans les postes médicaux de dépistage jusqu’à sa prise en charge lorsqu’il est détecté positif dans les unités spéciales ".
La solitude des patients est pour Laura une réalité quotidienne difficile à gérer. " C’est quelque chose qui m’atteint très fort. Il faut se mettre à la place du patient hospitalisé, seul dans une chambre, déboussolé et isolé de ses proches ". Les personnes âgées sont selon la médecin celles qui souffrent le plus de la situation.
La réalité de terrain veut aussi que pour économiser le matériel, le personnel soignant essaie de centraliser les interventions pour éviter de rentrer trop souvent dans la chambre. " Nous évitons d’y aller chacun 5 à 6 fois par jour. Nous essayons d’être le plus efficace possible. Derrière les masques, on ne voit pas le sourire " explique la jeune médecin à la fois sereine et touchée par la situation. " Nous devons à la fois gérer la détresse du patient et celle des familles qui sont dans l’incapacité de fournir le soutien nécessaire à la personne hospitalisée ". Le personnel soignant essaie de transmettre au mieux les pensées des proches, les paroles de soutien des familles tout en rassurant le patient.
Laura tient le coup grâce à une organisation efficace des services et au soutien émanant du personnel de l’hôpital et de l’extérieur. Les débriefings sont légion, ce qui permet à la direction d’être à l’affût du moindre signe de détresse du personnel pour pouvoir lui apporter des solutions dans les plus brefs délais possible. Au besoin, chacun peut aussi bénéficier d’une aide psychologique.
" Les temps de repos nous permettent aussi de nous ressourcer avant de retourner travailler. Grâce à tout cela, c’est tenable " conclut Laura.
Parce que bien protégée, la jeune médecin dit aussi ne pas trop peur du virus. Même si une petite crainte subsiste parce que la situation est inédite et inconnue.
" Nous avons une super équipe d’hygiénistes et d’infectiologues qui nous ont briefés et éduqués dès le départ à la bonne protection à adopter face à un patient positif et un patient suspect. Il y a d’ailleurs peu de malades dans les effectifs de l’hôpital".
" A partir du moment où on respecte bien toutes les instructions qu’on nous a données et où le matériel est disponible, je me sens en sécurité. Et jusqu’à présent, j’ai toujours pu bénéficier du matériel nécessaire dont j’ai besoin pour me protéger ".
La peur de la jeune médecin est aussi alimentée par la crainte d’un affût trop important de malades." Nous avons toujours peur d’avoir une grande vague de patients et d’être un peu dépassés. Jusqu’ici, ça va, cela a toujours été gérable ".
« Si c’était à refaire, je ne changerais rien à ma destinée professionnelle » explique Laura. «La situation que l’on vit en ce moment est triste, déplorable. Personne ne l’a voulue.
Mais d’une certaine manière, c’est prenant. On se sent impliqué, efficace. On a envie d’aider.
La médecine est une vocation altruiste et quand on a cette fibre altruiste, on a envie de la mettre au profit de la population. Je me sens utile. Je sais pourquoi je suis là. Je sais pourquoi j’existe. Cela donne un sens à ma passion ».
Et Laura conclut :
« Merci à vous de m’avoir permis de m’exprimer . C’est important pour les patients de savoir que derrière tout cela , il y a des gens qui sont intimement convaincus, qui sont là pour eux.
On donnera vraiment tout ce qu’on peut pour les aider. Il faut rester motivé ».
Un dernier message qui a toute son importance et qui se termine aussi par une pointe d’humour : « continuez à respecter les mesures de confinement, c’est vraiment très important parce que croyez-moi, dans les hôpitaux, ce n’est pas facile.
Je vous adore mais je n’ai pas envie de vous voir …. À l’hôpital ! »

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