L'interview de Rosamund Pike et David Fincher - 08/10/2014

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L'interview de Rosamund Pike et David Fincher

L'interview de Rosamund Pike et David Fincher

  • 14 min

L'actrice et le réalisateur de "Gone Girl" ont défendu leur film face à Hugues Dayez.

Hugues : Félicitations pour ce film, j’ai adoré. Je suis quelqu’un d’honnête, si je ne le pense pas je ne le dis pas.

Fincher : Oh vraiment ? En même temps, si vous vous amenez en ayant en tête « Finissons-en au plus vite », c’est un peu idiot ! Et nous aussi on se dit « qu’est-ce qu’il essaie de faire ? »
Rosamund: Eh bien , il y avait un gars comme ça, quand il n’aimait pas, il l’arrêtait aussi sec, c’était sa vision des choses.
Fincher : Eh bien ça me plaît. Ça fait gagner du temps à tout le monde.

Hugues : David et Rosamund, je suis ravi de vous rencontrer à Londres. Bien sûr ma première question sera pour le réalisateur. David, j’ai l’impression que chaque film est un challenge, que vous essayez toujours de ne jamais vous répéter.
Fincher : J’essaie…
Hugues : Vous essayez de nouvelles expériences. Quel était votre challenge dans ce film, qu’est-ce qui vous a motivé ?
Fincher : Je fais toujours des films entortillés avec des tours et détours. Avec des narrateurs non fiables, des narrateurs vaguement fiables. Je pense qu’ici, c’est une question de ton. C’est une sorte de voyage entre trois genres. Il démarre par un mystère qui tourne au thriller basé sur l’absurde et finit sur une sorte de satire.
Il s’agissait de mener tous ces acteurs dans la même direction, dans le même esprit, dans le même film.
En passant cette sorte de relais, le mystère devient légitimement un thriller, qui devient légitimement une satire.
Elle rit de moi, pas avec moi, je tenais à le souligner…

Hugues : Vous aimez aussi travaillez avec différents acteurs dans chacun de vos films. Certains réalisateurs aiment travailler avec la même équipe à chaque fois. Vous essayez de nouvelles collaborations. Pourquoi ?
Fincher : Je pense que c’est la manière la plus appropriée… non seulement la manifestation physique la plus appropriée de votre vision du personnage, mais ce sont aussi des gens qui se livrent de façon inaliénable dans le film.
On cherche ce petit quelque chose qu’un acteur a, et qui fait que le rôle est fait pour lui.
Hugues : Rosamund ?
Rosamund : C’est intéressant
Je ne me défendrais jamais contre de telles accusations !

Hugues : Rosamund, quand vous avez reçu ce script, étiez-vous surprise de découvrir ce personnage si complexe et ambigu ?
Rosamund : Non, parce que j’ai finalement trouvé quelqu’un qui est comme je suis réellement.
Fincher Ah, nous y voilà !
Rosamund : J’ai commencé par le livre, puis on a parlé et c’était très surprenant de découvrir en parlant avec M. Fincher que moi j’avais vu tous ses films mais lui aussi avait vu les miens.
Puis on a parlé et je lui ai dit : « je pense que tu sais quel caractère j’ai » et c’était très perturbant, car je me disais : « comment il le sait » On a jamais vraiment eu la réponse.
Fincher : En lisant tes e-mails !
Rosamund : C'est un hacker, il pénètre dans... Oui… on attend d’un acteur qu’il ait ce côté romantique, de l’humour, ou je ne sais quoi et David attendait certainement de moi que j’offre toutes les facettes de moi-même que personne n’avait encore vues.

Hugues : David, comment avez-vous eu l’idée de choisir Rosamund ?
Fincher : Eh bien… je l’ai déjà dit, mais je vais le redire, J’ai une relation intéressante avec la vision des films, parce que je les regarde de manière très critique et très différente et donc ma relation avec les acteurs est très… je veux voir ce qu’ils ont dans leur valise: combien de flèches ils ont à leur arc, je veux voir quelles sont les choses qu’ils savent pousser, celles qui les rendent heureux et celles qu’ils essaient de cacher. Et j’ai vu au moins 4 ou 5 films avec Rosamund et quand on a commencé à en parler, et que son nom est venu sur la table, soudain ça m’a frappé que j’avais vu son travail et que je n’avais pas de point de vue sur elle.
Ça n’arrive pas très souvent et ça c’était un élément important : je ne savais pas ce que j’avais. J’ai donc trouvé que c’était important qu’on se rencontre. Et après deux heures de conversation, je ne sais plus si c’était dans la conversation mais je lui ai dit « parle-moi de tes frères et sœurs » » et elle a dit « je suis enfant unique » et elle s’est mise à parler de ça. Et je me souviens avoir pensé que c’était très important qu’Amy ait ce côté-là. C’est une orchidée.
Je sais qu’à ce moment-là j’ai pensé : « elle a en elle tout ce qu’il faut pour le rôle, elle sera probablement géniale. »

Hugues : Rosamund, je suis toujours surpris comment une actrice britannique arrive à jouer le rôle d’une femme américaine, le style de vie américain. Comment vous préparez-vous à cela ?
Rosamund : Parfois, c’est au metteur en scène de vous permettre de vous écarter de vos livres. Car… en Angleterre, les gens ont tendance à plutôt jouer la sécurité. Parfois il faut oser un peu prendre son envol pour qu’on nous voie différemment.
Mais c’est une bonne question car effectivement ce n’est pas juste une question d’accent. C’est aussi une question d’énergie dans la façon de parler. Par exemple, là, pour l’instant, je me sens très anglaise, dans ma façon de dissimuler les choses. Les Américains sont beaucoup plus directs. Il nous faut donc assimiler cette sorte de franchise.
J’observe… Ici j’étais entourée par des Américains. Ce qui est difficile c’est quand on essaie d’être américain et qu’on est entouré de personnes qui essaient aussi d’avoir l’air américain, ça, ça ne marche vraiment pas ! Dans ce cas c’était plus facile.

Hugues : Pourriez-vous décrire sa façon de travailler avec les acteurs, aviez-vous beaucoup de répétitions, essayiez-vous différentes choses ? Ou bien les instructions étaient claires dès le début ?
Rosamund : Les gens sont souvent intéressés de savoir combien de temps on passe à tourner. Mais le plus gros du budget de David est consacré au temps. Il n’est pas entouré de bazar qui rende son film plus important comme une grosse équipe ou un matériel incroyable. L’équipe est plutôt petite et l’argent est consacré aux jours de tournage. J’ai passé plus de temps à jouer sur ce tournage que sur tous les autres films que j’ai déjà tournés.
Quand on commençait à tourner une scène, parfois, on tournait pendant deux heures d’affilée. C’est un tel plaisir ! Souvent on tourne 20 / 25 min et on s’arrête. Il n’y avait pas de temps d’attente si long avant la prochaine prise. La plupart du temps de tournage d’une journée était mis à profit pour tourner de la matière. Je ne sais pas combien d’heures de matière tu as au final…
Fincher Je suis un peu gêné de le dire mais… on a 500 heures de matière pour le film !
Rosamund En 100 jours de tournage.
Fincher : 5 heures de tournage chaque jour, donc.
Rosamund : C’est vraiment inhabituel.
Fincher : Oui… et souvent on me demande : pourquoi prends-tu autant de matière ?
Je pense que les acteurs veulent jouer. Je ne pense pas qu’ils veuillent attendre. Pour moi, ce qui rend leur métier difficile et fou, c’est de devoir attendre de voir à quoi ils vont réagir, offrir ce qu’ils ont à quelqu’un qui veuille bien le prendre…et leur carrière peut décoller ou tomber aux oubliettes.
Je pense que ça doit être un peu angoissant de tourner seulement deux heures sur une journée de 10 et voir les autres huit heures des équipes essayer des éclairages.
Ça ne me va pas. Mon attitude est... elle est double, il ne faut pas seulement au plus vite savoir ce que sera le master (la version définitive) et avoir toutes les conversations. On taille au couteau, on abandonne tout ce qui n’est pas utile : on laisse tomber ça, on refait ça, on essaie ça…
Et on arrive à trouver ce que sera le master et sur quoi on travaillera toute une journée.
On sait comment sera la scène et quelles seront les expérimentations par lesquelles on passera et les différentes contraintes des autres séquences. Mais moi je veux des acteurs face à la caméra la plupart de la journée. J’aime les voir face à la caméra 8h sur 10 h par jour car j’ai alors l’impression d’avoir épuisé leurs possibilités. Je les laisse sur le sol et je n’ai pas de regret sur telle ou telle chose qui aurait pu être autrement.
Rosamund : Et c’est bien car dans ce film, on cette expérience, assez inhabituelle de ne pas regretter : « oh pourquoi je n’ai pas fait ci ou ça ». Dans ce film, on a l’expérience très étrange de se dire « je vois ce que j’aurais pu mieux faire mais jamais vous ne pourriez penser : je n’ai pas essayé ». Jamais.

Hugues : Depuis la crise des subprimes aux USA, le système d’Hollywood aime avoir des garanties et sort des films blockbusters avec des superhéros, de sequels (suites), des remakes etc. Vos films à l’inverse, sont des prototypes.
Fincher : Sauf mon dernier film qui est un remake (d’un film qui a été fait il y a un an et demi, mais je vois ce que vous voulez dire)

Hugues : Comment parvenez-vous à faire des films originaux comme ça dans le système aujourd’hui ?
Fincher : j’aime ce mythe selon lequel je fais des films en dépit d’Hollywood. Mais ce n’est pas le cas ! Vous savez, je fais des films avec des studios qui disent : On aimerait prendre le risque on pense qu’il y a quelque chose, voilà jusqu’où on peut aller en termes de dépenses, voilà ce qu’on peut vous donner et prendre comme risque avec vous et pour nous. » Vous ne pouvez pas faire honte à quelqu’un qui vous donne 50 millions de dollars ! Vous ne pouvez pas les faire se sentir culturellement hors de la conversation. Il faut en faire suffisamment pour qu’ils veuillent mettre 100 millions de dollars dans un film.
Donc je fais ces choses parce qu’on me dit que je dois avoir suffisamment de prise mais en même temps prendre assez de risques.
J’aime l’idée que le cinéma est un business risqué en soi. Si vous n’aimez pas le risque, il ne faut pas faire du cinéma. Et je dis cela pour toutes ces compagnies… par exemple ceux qui font les affiches. Ils doivent comprendre.
Mais je ne fais pas des films en dépit des gens qui les financent, je les fais pour eux.

Hugues : Rosamund, comme je l’ai dit, ce personnage est assez riche et complexe, différent des femmes élégantes du milieu britannique que vous avez jouées…
Hugues : Pensez-vous que ce film pourrait être un tournant dans votre carrière, que le public pourrait vous voir différemment avec ce film ?
Rosamund : Je ne sais pas, je me suis toujours dit que les gens après avoir passé une heure avec vous, vous verrait autrement, tel que vous êtes, mais ce n’est pas vrai !
C’est étrange… On m’a collé la même image pendant des années après mon rôle dans un James Bond, il y a 12 ou 13 ans. Ça m’a vraiment étonnée… que cette image soit tellement indélébile.
Donc… je n’ai ni espoir ni crainte. Je suis simplement réaliste. Je suis juste curieuse… il y a une comédie qui sort en même temps et j’attends de voir ce qui va me revenir. Si un autre rôle comme celui d’Amy se présente, et qu’on me le propose, je serai à l’écoute. La barre a été placée assez haut avec ce rôle parce qu’il fallait pouvoir tout jouer.

Hugues : Merci, heureusement, on n’en a pas trop dit sur l’histoire du film.
Rosamund : non, non c’est super !
Fincher : Merci, chouette interview, dense.

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