Hep Taxi : Joachim Lafosse sur Auvio

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Hep taxi !

La Trois - Culture

Hep taxi !

Joachim Lafosse

  • 27 min

Habitué des divans de psychanalyse, Joachim Lafosse n'a pas trop de difficultés à se laisser aller aux confidences sur la banquette arrière du Taxi. Après être prestement passé au tutoiement, il reviendra avec Jérôme Colin sur les débuts très autobiographiques de sa filmographie. Avec Folie Privée, Nue Propriété, Ca rend heureux ou Elève Libre, il exprime sa reconnaissance envers ce cinéma qui "permet de parler de nous sans dire que c'est nous". Ce cinéma qui n'est pas la réalité, ni la vérité mais qui, à travers la fiction, peut dire des vérités. Comme lorsqu'il a vu E.T. pour la première fois et qu'il s'est reconnu dans Eliott, ce petit garçon dont le père est absent et qui se découvre un nouvel ami improbable. Pourtant promis à devenir entraineur de tennis, c'est paraît-il le souvenir de ce film qui donnera envie à cet adolescent en décrochage scolaire de faire du cinéma. Etonnant, cependant: le film dont cet admirateur de Pialat, John Cassavetes ou Gérard Depardieu se dit le plus fier est un documentaire. Biberonné aux Strip-Tease, cet ancien étudiant de l'IAD a réalisé son rêve en en réalisant un : Scarface. Il y est déjà question de cette question des limites, qui l'obsède, entre un père et un fils au sein de la cellule familiale. "Un père qui fait la loi est un dictateur. Un père qui porte la loi fait comprendre aux siens que la loi peut être protectrice". Lui-même papa d'un enfant, il évoque aussi, bon gré mal gré, les accouchements compliqués que sont ses tournages un peu brouillons, pour ses équipes sous tension. Conscient qu'on ne fait pas un film tout seul, il se fait troublant de sincérité lorsqu'il confesse ne pas suffisamment féliciter les gens de son entourage. "C'est le cinéma qui m'a donné accès à l'altérité", reconnaît-il. Sans doute les lignes bougent-elles... Après ses films très personnels, centrés sur son vécu familial, il s'empare de faits divers, d'abord avec À perdre la raison (2012), un drame inspiré de l'infanticide de Geneviève Lhermitte, puis aujourd'hui avec Les Chevaliers blancs, tiré de l'affaire politico-humanitaire de l'Arche de Noé. Il y explore la thématique de l'enfer pavé de bonnes intentions et de la dangerosité du sauveur. "Pourquoi veut-on sauver le monde au fond ?", pose-t-il comme question. Alors que le film Les Chevaliers blancs est à peine sorti en salle et qu'il vient de finir d'en tourner un autre (L'Economie du couple), il travaille déjà sur le suivant: Le fils de la loi, qui tournera autour de l'affaire Dutroux. "Une fiction totale", inspiré d'un fait-divers et détaché de son vécu. Parce que ce réalisateur précoce a déjà tout dit sur lui? "On n'a jamais fait le tour de soi"... Passionné et insatiable. Sans doute parce qu'il y a "ceux qui se laissent porter sur l'escalator et puis ceux qui marchent sur l'escalator". Et lui, assurément, il marche...

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