"Bruxelles, printemps noir", un texte lu par Yoann Blanc et Natacha Régnier - 22 mars ensemble -...

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"Bruxelles, printemps noir", un texte lu par Yoann Blanc et Natacha Régnier

"Bruxelles, printemps noir", un texte lu par Yoann Blanc et Natacha Régnier

22 mars ensemble

  • 3 minutes

Le matin du 22 mars, à l’aéroport de Bruxelles, il se peut qu’une certaine
douceur attende les voyageurs au sommet de l’escalier mécanique qui les mène
aux comptoirs d’embarquement. En tout cas, une paix de vie quotidienne est
perceptible ce jour-là, un garçon et une fille s’enlacent, une famille se réjouit, tous
emportent dans leurs bagages des projets pour le lendemain, alors que dans cette
même fraction de seconde, à quelques centaines de mètres de là, des vies sont
brutalement sectionnées.
Le matin du 22 mars, à la station de métro Maelbeek, il se peut qu’un enfant ait
jeté sa sucette par terre. Que la mère l’ait ramassée. Que d’un coup de langue elle
l’ait nettoyée, replacée dans la bouche l’enfant, qu’elle ait engagé la poussette sur
l’escalier mécanique et qu’une fois en haut, cette femme ait déposé de l’argent
dans la paume d’un pauvre homme. Et tant mieux si, son geste une fois accompli,
elle et sa petite se sont éloignées de la station de métro, tant mieux !
Le matin du 22 mars, l’information monte à la verticale comme une fusée de
mort et retombe en pluie d’angoisse sur chaque habitant. A-t-on des nouvelles
de celui ou celle qui devait prendre l’avion ce jour-là ? Et l’époux ? L’épouse ? Le
père ? La mère ? L’enfant ? Le voisin ? L’ami ? L’amant n’avaient-ils pas pris la ligne
5 du métro qui passe par la station Maelbeek ? Ce jour-là, radios et télévisions
annoncent les chiffres noirs, téléphones et textos s’activent, le personnel politique
donne des conseils, les policiers et les militaires arpentent les rues. Les attentats
pétrifient la ville.
Le matin du 22 mars, une question frappe chacun : que signifient les mots «
vivre ensemble » ? Mireille reçoit un texto, elle « allume la télé » Elle appelle son
compagnon qui boit son café dans la cuisine « Rachid, viens vite ». Ensemble,
Mireille et Rachid regardent les informations. Ils sont choqués. Ils décrètent que
la ville n’appartient pas aux terroristes, n’appartient pas à la violence, n’appartient
pas à la bêtise, n’appartient pas à la haine, n’appartient pas au racisme,
n’appartient pas à l’exclusion, n’appartient pas à la peur, n’appartient pas à la
mort. Ils décident de sortir de chez eux. Le matin du 22 mars, en solidarité avec
les victimes, Mireille et Rachid marchent dans la rue, calmement, serrés l’un contre
l’autre. Leur volonté de marcher ensemble dans la rue dit : nous sommes d’ici et
c’est ici que nous voulons vivre. Bruxelles est à nous,
Bruxelles appartient à ceux qui veulent la vie.

Détail

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Extraits

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