Zone euro: "Une démocratie ne peut pas en prendre 18 autres en otages"

Marianne Dony est l'Actrice en Direct

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14 juil. 2015 à 07:22 - mise à jour 14 juil. 2015 à 07:35Temps de lecture2 min
Par A. L. avec B. Henne

"On a été loin dans la méfiance" au cours des négociations qui ont abouti à un accord lundi matin entre la Grèce et les autres pays de la zone euro, explique à la RTBF Marianne Dony, professeur à l’ULB : "Ce manque total de confiance entre les peuples européens va complètement à l’encontre de la philosophie même de la construction européenne. Rien ne peut fonctionner sans la confiance : ni la reconnaissance mutuelle, ni la solidarité, ni la monnaie commune. Et ce manque de confiance s’auto-alimente de part et d’autre".

"Une partie de l’opinion publique allemande est persuadée que la zone euro est mise en danger par la Grèce, et qu’on ne pourra avancer que si on se sépare de cet élément trop fragile. Comme si l’on coupait un bras pour empêcher d’avoir la gangrène" poursuit Marianne Dony.

Promesses non tenues

Pendant la dernière campagne électorale, "Syriza (le parti de gauche radicale du Premier ministre grec Alexis Tsipras) a fait des promesses dont on savait très bien qu’elles ne pouvaient pas être tenues". D’autres dirigeants de la zone euro ne veulent pas que des partis puissent faire croire à leurs électeurs qu’il suffit d’organiser un référendum pour dire dans quel sens il faut gouverner. "Alors on peut organiser un référendum en Allemagne, et l’Allemagne dira qu’il ne faut plus aider la Grèce. Ce repli national rend les solutions encore plus difficiles" estime Marianne Dony.

Certains disent que "l’Europe financière s’est imposée à l’Europe démocratique, mais sans Europe financière l’Europe démocratique ne peut pas exister non plus. Les banques sont fermées en Grèce. Et la fermeture des banques grecques est probablement la plus mauvaise chose qui puisse arriver à la Grèce, même au plan économique" selon elle.

Prendre en otage

"Une démocratie ne peut pas prendre en otage 18 autres démocraties. Est-il possible d’avoir en Europe une responsabilité plus collective devant une opinion publique plus collective ? On reste devant des personnels politiques qui sont responsables devant des opinions publiques nationales, avec chacune son histoire, son intérêt et sa vision purement nationale. Cela ne fonctionne absolument pas à 28. Pour un personnel politique qui vit sous la menace permanente de Twitter et des réactions dans les réseaux sociaux, et où chacune de ses déclarations est analysée de manière réductrice dans l’instant, c’est beaucoup plus difficile d’avoir une vision à long terme. Un homme politique qui aurait une vision à long terme de l’Union européenne se mettrait en danger politiquement au plan national. Personne n’ose prendre ce risque actuellement" regrette encore Marianne Dony.

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