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Yves Saint Laurent est "Le Prince de Babylone", une biographie de sa nièce qui dit non à l’histoire officielle

Week-end 1ère

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Que reste-t-il à écrire sur Yves Saint Laurent ? Tout, ou presque. Trop encombrante, la vérité de l’homme est encore tapie dans la part sombre du mythe. Marianne Vic, autrice et nièce du grand créateur, signe Le Prince de Babylone aux éditions Seuil. Un récit qui dit non à l’histoire officielle et qui brise le silence.

Le Prince de Babylone tente en effet de percer le mystère de la psyché d’un créateur de génie, qui semble, durant toute sa vie, mû par un désir vital de vengeance, habité par les traumatismes des violences qu’il a subies enfant, héritier aussi des violences sexuelles perpétrées sur sa mère et sa grand-mère.

Mais cette biographie d’un créateur légendaire a aussi un côté universel. Elle raconte comment les traumatismes se transmettent dans les familles, même quand ils sont tabous.

Pourquoi ce roman ?

Si le livre de Marianne Vic s’intitule Prince de Babylone, c’est parce qu’Yves Saint Laurent a vécu rue de Babylone à Paris.

De multiples livres et films existent déjà sur Yves Saint Laurent. Que restait-il à dire ?

"Il restait l’aspect humain. Que ce soit Saint Laurent ou quelqu’un d’autre, une personne célèbre qui devient un mythe, forcément, on raconte une histoire simple pour qu’elle soit comprise du plus grand nombre. Donc, le mythe, par définition, appauvrit. Il appauvrit l’être humain qui se cache derrière le mythe. Qu’on soit un créateur de génie ou un simple quidam, nous sommes tous beaucoup plus complexes que ce qu’on donne à voir", explique Marianne Vic.

C’est pour enrichir par l’humain ce mythe, à ses yeux assez pauvre, que Marianne Vic a choisi d’écrire ce livre. C’était un homme. Et c’était un homme qui souffrait énormément. Elle était très proche de son oncle, qui, pendant quelques années, a été un peu pour elle un père de substitution. Il essayait de la guider, tout en se montrant parfois très cruel.

"Il était cruel avec tout le monde, à commencer avec lui-même. C’est quelqu’un qui avait beaucoup de problèmes pour tisser des liens affectifs, réels et durables. J’ai eu beaucoup de chance, parce que j’étais un enfant, il était un adulte. Donc forcément, le rapport est très différent et peut s’établir quelque chose de plus sain qu’un rapport entre deux adultes, dont l’un des deux adultes est dysfonctionnel. Donc, les yeux que j’ai portés sur lui, c’était un regard d’enfant. […] Donc, il y a moins de mensonges."

Marianne Vic était l’une des rares personnes de sa famille avec qui Yves Saint Laurent avait des contacts, car il était en rupture avec sa famille, extrêmement toxique.

Il a fait ce qu’il a pu, malgré la folie qui le dévorait, qui était aussi celle qui lui permettait peut-être d’accéder à des zones troubles, d’où il revenait chargé de créativité. Néanmoins, il devait plonger très profond. A l’origine de cette folie et de toute cette souffrance, il y avait une famille extrêmement dysfonctionnelle.

Une inlassable quête d’amour

Le livre développe notamment, avec un côté très psychanalytique, la relation d’Yves Saint Laurent avec sa mère. Elle était son objet d’amour absolu, mais elle ne satisfaisait pas cette demande d’amour.

"Le mythe dit que la mère adorait son fils, mais en réalité elle était incapable de donner de l’amour à ses 3 enfants, dont Yves qui était l’aîné. Par la suite, cette quête d’amour ne s’est jamais éteinte."

Une relation très ambiguë et délétère s’est établie entre eux, avec comme cordon ombilical l’argent. Il avait de l’argent, elle n’en avait pas. Elle aimait le luxe et il lui permettait de vivre dans ce luxe-là. Donc, elle obéissait.

Marianne Vic ne dresse pas un portrait flatteur de son oncle. Elle va assez loin dans le récit. Elle raconte notamment une agression d’enfance qui le marquera au plus profond et qu’il reproduira inlassablement dans sa vie sexuelle. Mais pourquoi raconter tous ces détails ?

Parce qu’il est un mythe justement. […] Je crois qu’il y a très très peu de gens qui ont connu Yves, qui savent quels ont été ses démons, et qui ont la perception de l’homme. Ses zones d’ombre démontrent le courage de cet homme, qui malgré ses problèmes psychiques, est parvenu à faire quelque chose de sa vie, quelque chose qui lui survit justement. Et ça, c’est remarquable.

Yves et Karl

Marianne Vic évoque aussi dans son livre la relation d’Yves Saint Laurent avec Karl Lagerfeld, une relation marquée par la jalousie. La réussite d’Yves était beaucoup plus importante, à un certain moment, que celle de Lagerfeld.

"Ce qui est intéressant, c’est l’amitié qui les a liés, quand ils étaient tous les deux très jeunes, arrivés à Paris, débarquant chacun avec leur accent. Et c’est un moment de sincérité. Le reste, finalement, est-ce que c’est si important que ça ? Au début, ils étaient extrêmement proches et ils se sont soutenus mutuellement."

Révéler les secrets de famille

Le livre illustre combien les traumatismes familiaux marquent le destin des suivants.

Au-delà de l’histoire d’Yves Saint Laurent, c’est montrer les problèmes générationnels qui peuvent se répéter, se transmettre. En fait, la connaissance permet d’évacuer cela. Si on maintient le secret, c’est forcément délétère et quelqu’un doit en payer le prix. Et tout le monde n’est pas Yves Saint Laurent, c’est-à-dire pour faire quelque chose de ce prix fort élevé.

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