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Murmures du monde

Yma Sumac, phénomène vocal, diva capricieuse et icône intouchable

Yma Sumac
03 janv. 2022 à 13:335 min
Par Hélène Van Loo

Hélène Van Loo vous invite à la rencontre d’une chanteuse mythique du XXe siècle. Un phénomène vocal au succès monstre dont les disques se sont vendus à des millions d’exemplaires à travers le monde dès le début des années 1950, la diva Yma Sumac.

Phénomène vocal aux quasis cinq octaves, diva capricieuse pour les uns, icône intouchable pour d’autres. Le 13 septembre prochain, nous fêterons les 100 ans de la naissance d’Yma Sumac.

La naissance de la légende

Yma Sumac se disait descendante du dernier empereur des Incas, elle naît sous le nom de Zoila Augusta Emperatriz Chavarri del Castillo, le 13 septembre 1922 à Callao, premier port du Pérou, près de Lima, la capitale, et passe les premières années de son enfance à Ichocan, dans la région de hauts plateaux de Cajamarca, au nord du Pérou.

Elle connaît son premier plébiscite public à l’âge de 13 ans, dans son village natal. Elle chante à la fête de l’Inty Raymi, le Festival du Soleil, devant plus de 20.000 personnes.

Ensuite, Yma Sumac commencera sa carrière de chanteuse à Lima, dans une troupe dirigée par Moises Vivanco, un musicien ayacuchano, qui deviendra son compositeur et son époux.

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La carrière internationale d’Yma Sumac débute en 1942, à la radio argentine, avec la troupe de Vivanco. Elle se fait alors appeler Imma Sumack, qui signifie "Jolie Fleur" ou "Jolie Fille" en langue quechua. Elle réalise ses premiers enregistrements en 1943, en Argentine. Au cours des années 1940, elle commence à tisser sa légende, donnant des concerts en Amérique latine et aux Etats-Unis.

En 1950, elle signe un contrat avec la firme phonographique américaine Capitol Records, sous le nom réorthographié que nous connaissons maintenant. A cette époque, Yma Sumac était étudiante à New York, et se produisait dans un club, The Blue Angel. Walter Rivers de la Firme Capitol l’entend chanter et c’est la révélation. A peine quelques jours plus tard, la voici dans un studio de Los Angeles pour enregistrer sous la houlette de l’arrangeur Billy May.

Le résultat est surprenant, voire inclassable. Personne ne sait d’où vient cette chanteuse.

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A partir de ce moment-là, Yma Sumac collectionne les succès. Elle se produit dans les plus prestigieuses salles de concerts du monde entier ; tout le monde encense sa voix qui couvre quatre octaves et demie. Yma Sumac enregistre aussitôt un deuxième album "Inca Taqui", qui sera bientôt suivi par d’autres albums, tels que Legend of the sun virgin, Legend of the Jivaro et Fuego del Ande.

Yma Sumac et son mari, Moises Vivanco

Yma Sumac fera partie de ce mouvement musical particulier qu’on appelle exotica, un mouvement commercial venant des Etats-Unis durant les années 50. Marimba, bruits d’animaux, de la jungle pour un produit musical issu du marketing, de la mondialisation et de tous les clichés d’une culture colonisatrice.

L’exotica est l’un des nombreux styles musicaux de la grande famille de l’easy-listening, qui se caractérise par des influences musicales puisées et fantasmées des cultures d’Océanie, de Polynésie, d’Afrique tribale, des Andes, du bassin amazonien et d’Asie du Sud-Est. Puisées principalement par des compositeurs américains, tout juste sortis des désolations de la Seconde Guerre mondiale et aspirant à une douceur de vivre.

Yma Sumac et le mouvement musical "Exotica"

Dans les années 1950 aux USA, une vague exotique s’abat sur tout le pays. La culture tiki va envahir le territoire américain sous diverses formes et pas seulement grâce à la musique : design, bars, restaurants, cinéma, mode vestimentaire, architecture… Dans la lignée des bars lounge où l’on sirote un cocktail dans une ambiance jazzy, l’easy-listening, les rythmes latino-américains font fureur : mambo, cha cha cha, calypso séduisent les auditeurs et les danseurs occasionnels.

Côté instrumental, l’exotica se base très majoritairement sur une série précise d’instruments : aux côtés du piano on trouve, vibraphone, marimba, bongos, congas, gongs birmans, cloche chinoise, petites percussions en bambou… En règle générale, le chant est rare. La voix humaine apparaît sous forme de sons gutturaux, de murmures, de hululements, d’imitations de cris d’animaux. Cet habillage sonore typique de l’exotica, permet de plonger l’auditeur dans une ambiance tropicale, exotique, à la fois séduisante, mystérieuse mais aussi inquiétante à l’image que certains Américains se font de peuplades et de ces îles lointaines et fantasmées.

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Yma Sumac enchaînera les enregistrements, chantera devant des stades remplis d’un public fervent, laissera son souvenir à travers des films tournés à Hollywood, dont Le Secret des Incas, avec Charlton Heston, réalisé par Jerry Hopper (1954).

Son personnage de diva exotique dotée d’une voix unique fascine l’Amérique des années de l’après-guerre, qui s’ouvre sur le monde. "C’est un fantasme musical en technicolor", écrit alors un critique du Los Angeles Times, parlant de celle qu’on surnomme désormais "le rossignol des Andes".

Ymac Sumac dans Le Secret des Incas, réalisé par Jerry Hopper
Ymac Sumac dans Le Secret des Incas, réalisé par Jerry Hopper FilmPublicityArchive / United Archives via Getty Images

La gloire avant l’oubli

Dans les années 1960, Yma Sumac se rend en URSS, elle est invitée par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, et y enregistre un album en public.

Puis elle se produit en Asie, en Europe, en Amérique latine. Le retour aux Etats-Unis, en 1965, est rude : on ne fait plus vraiment attention à elle.

Le fantasme s’estompe et Yma Sumac disparaît du radar. En 1971, la chanteuse tente un retour avec l’album Miracles, où elle s’accompagne d’un groupe rock psychédélique à la Deep Purple… En vain.

Yma Sumac regagne temporairement la terre de ses ancêtres. Elle vit au Pérou jusqu’au milieu des années 1980, avant de retourner aux Etats-Unis, où sa carrière va redémarrer sans atteindre les sommets passés.

Ses apparitions ne seront ensuite qu’épisodiques, Yma Sumac se produisant ici et là dans des restaurants de Los Angeles. Dans les années 90, elle est redécouverte par de jeunes amateurs de culture lounge et psychotronique. Dans la foulée, les frères Coen la feront revivre sur la trame sonore du film The Big Lebowski.

Descendante du dernier empereur inca du Pérou

Yma Sumac

Personnage coloré et excentrique, Yma Sumac a longtemps entretenu le mystère sur ses origines. On en savait très peu sur cette interprète recluse et extravagante qui aimait cultiver les rumeurs les plus abracadabrantes sur sa propre histoire.

Pourtant… En 1946, le consul général du Pérou aux Etats-Unis avait émis un document reconnaissant en Yma Sumac, "en accord avec les autorités de l’histoire des Incas et de l’histoire péruvienne", la qualité de descendante du dernier empereur inca du Pérou, Atahualpa, assassiné par les conquérants espagnols en 1533. Cette reconnaissance, dont elle tirait une grande fierté, a probablement contribué à forger ou à renforcer le caractère capricieux et exigeant sous lequel elle aimait à se montrer.

Francis Falceto, le programmateur qui fut à l’origine de sa venue en France, au Printemps de Bourges, en 1992 raconte qu’il "fallait avoir en permanence un tapis rouge portatif"

Au-delà des anecdotes, des histoires, vraies ou fausses, Yma Sumac était une voix tellement singulière qu’elle pouvait déclencher des terreurs enfantines pour certains…

Celle qui avait été surnommée, au temps de sa gloire, "l’oiseau-chanteur péruvien", ou "le rossignol des Andes", aimait, dit-on, vivre entourée, à la fin de sa vie, de fleurs ou de photos évoquant sa gloire passée des années 1950 et suivantes. Car au sommet de sa carrière, Yma Sumac avait eu des millions d’admirateurs, en Amérique latine, mais aussi à travers le monde.

Yma Sumac fait un retour triomphal, dans les années 90, par une série de concerts en Europe, à Bruxelles notamment mais également au Printemps de Bourges et à Berlin….

Sa dernière prestation scénique date de 1997 au festival de Jazz de Montréal. Elle prendra ensuite sa retraite à Los Angeles. Ultime témoin de la mode "exotica", Yma Sumac est décédée le 1er novembre 2008. La Castafiore Inca est l’une des plus belles voix de la chanson.

Murmures du monde

Yma Sumac

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