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Yémen: l'ONU réclame un cessez-le-feu, 76 morts en 24 heures

Le palais présidentiel détruit par des raids le 17 avril 2015 à Taez

© TAHA SALEH

18 avr. 2015 à 06:33 - mise à jour 18 avr. 2015 à 11:36Temps de lecture4 min
Par AFP

Les victimes, majoritairement des rebelles, ont été tuées dans des raids aériens de la coalition conduite par l'Arabie saoudite et des combats entre partisans et adversaires du président Abd Rabbo Mansour Hadi, selon des sources concordantes.

Et, d'après un dernier bilan fourni vendredi par l'Organisation mondiale de la Santé, le conflit a fait 767 morts et 2 906 blessés depuis le 19 mars, dont un grand nombre de civils.

Après d'intenses raids nocturnes dans le nord du pays, l'aviation de la coalition a bombardé à deux reprises vendredi un dépôt d'armes à l'est de la capitale Sanaa, selon des témoins.

Des colonnes de fumée se sont élevées du site qui appartient à la Garde républicaine, unité d'élite de l'armée restée fidèle à l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui s'est rallié aux rebelles chiites Houthis. A Taëz (sud-ouest), le palais présidentiel, visé par des raids, a été réduit à l'état de ruines, selon un photographe de l'AFP.

La coalition a aussi bombardé Aden, capitale du Sud, où un chef rebelle a été tué dans une frappe contre sa voiture, selon une source militaire.

Mesurant la gravité de la situation, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait appelé jeudi à une trêve "immédiate" dans ce pays "en feu".

Mais la coalition a réaffirmé sa détermination à poursuivre son opération militaire. "Nous avons besoin de patience et de persévérance. Nous ne sommes pas pressés", a répété vendredi son porte-parole, le général Ahmed Assiri, lors de son point de presse quotidien à Ryad.

Aidés par des militaires pro-Saleh, les Houthis liés à l'Iran ont lancé en juillet 2014 une offensive qui leur a permis de s'emparer totalement de la capitale Sanaa et de plusieurs provinces du nord, du centre et de l'ouest du pays.

27 morts dans des violences nocturnes dans le sud-ouest

Des coups de feu et des explosions ont résonné toute la nuit dans des quartiers résidentiels de Taëz, la troisième ville du Yémen, théâtre de violents combats entre les rebelles chiites pro-iraniens et les forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyées par les raids aériens de la coalition, ont indiqué des habitants.

"Parmi les personnes tuées, figurent 19 rebelles chiites", a déclaré à l'AFP la source médicale, ajoutant que 4 soldats de la 35e brigade mécanisée, restée fidèle au chef de l'Etat, et 4 combattants pro-Hadi avaient péri dans les violences de la nuit.

7,5 millions d'habitants touchés

Pour tenter de stopper leur progression dans le Sud et les empêcher de prendre le pouvoir dans le pays, la coalition, alliée de M. Hadi, bombarde quotidiennement leurs positions depuis le 26 mars, date de leur entrée à Aden et de la fuite du président en Arabie saoudite voisine.

Les violences ont poussé à la fuite des milliers d'étrangers. L'Allemagne a procédé vendredi à l'évacuation par avion de "plus de 100 personnes", parmi lesquelles des ressortissants allemands et d'autres pays européens.

A Oslo, les autorités ont annoncé la libération d'un journaliste norvégien détenu depuis fin mars au Yémen, où il était soupçonné d'espionnage.

L'ONU et ses partenaires humanitaires ont lancé un appel urgent à une aide internationale de près de 274 millions de dollars pour répondre aux besoins de 7,5 millions d'habitants touchés directement par le conflit (sur une population de plus de 24 millions).

"Des milliers de familles ont fui leurs maisons en raison des combats et des frappes. Les familles ordinaires ont du mal à accéder aux soins de santé, à l'eau, à la nourriture et au carburant", a prévenu le coordinateur humanitaire, Johannes Van Der Klaauw.

A Taëz, malgré les violences, les habitants, privés d'électricité et d'eau courante depuis plusieurs jours, vont s'approvisionner en eau dans les rares puits de la ville, selon un correspondant de l'AFP.

"Il est grand temps de soutenir (l'idée) de couloirs permettant le passage de l'aide qui sauve des vies et de passer à la paix véritable", a dit Ban Ki-moon.

Dans une lettre adressée au secrétaire général de l'ONU, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif juge que la situation humanitaire au Yémen est en passe d'atteindre "une ampleur catastrophique".

Il accuse la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite de "cibler essentiellement des infrastructures purement civiles" comme des hôpitaux et des écoles, et de "viser de manière aveugle les zones résidentielles".

Estimant "qu'il n'y a pas de solution militaire à ce conflit", il énumère les quatre points du plan de paix proposé par l'Iran: cessez-le-feu immédiat, accès humanitaire "sans entraves", reprise du "dialogue national" entre tous les protagonistes de cette crise et "formation d'un gouvernement d'union nationale".

Al-Qaïda en profite

Présenté comme l'instigateur de l'offensive de la rébellion, l'ex-président Saleh a démenti les rumeurs lui prêtant la volonté de s'exiler. "Je ne suis pas le genre de personne à chercher à s'installer à Jeddah ou à Paris (...). Personne n'ose me demander de quitter mon pays natal", a-t-il tweeté.

Le chaos dans ce pays pauvre de la péninsule arabique a profité à Al-Qaïda, qui a étendu sa présence dans le sud-est du Yémen en s'emparant vendredi d'un camp militaire à Moukalla, chef-lieu de la province du Hadramout et désormais entièrement sous son contrôle.

Ryad se chargera du coût humanitaire du conflit

Face à la détérioration de la situation au Yémen, où la population manque de tout, l'ONU et ses partenaires humanitaires ont lancé vendredi un appel à une aide urgente de près de 274 millions de dollars pour répondre aux besoins vitaux des 7,5 millions d'habitants affectés par le conflit.

La réponse est venue rapidement de Ryad, où le roi Salmane Ben Abdel Aziz a fait savoir qu'il règlerait la totalité du montant réclamé par l'ONU.

Le royaume "se tient aux côtés du peuple yéménite frère" et espère "le rétablissement de la sécurité et de la stabilité" dans ce pays, a indiqué le cabinet royal dans un communiqué.

Tout en s'empressant de prendre à sa charge le coût humanitaire du conflit, l'Arabie saoudite a réaffirmé sa détermination à poursuivre l'opération militaire en dépit de l'appel du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon à "un cessez-le-feu immédiat".

"Nous avons besoin de patience et de persévérance. Nous ne sommes pas pressés", a répété vendredi le porte-parole de la coalition, le général saoudien Ahmed Assiri, lors de son point de presse quotidien à Ryad.

AFP

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