Yémen : cinq ans sous les balles et sous les bombes dans l'indifférence

Un homme en habit militaire assis au milieu des débris à proximité de l'aéroport de Sanaa au Yémen. Un site bombardé le 26 mars 2015 par la coalition emmenée par l'Arabie saoudite. Cette frappe à fait 13 morts.

© MOHAMMED HUWAIS - AFP

08 juil. 2019 à 05:00Temps de lecture4 min
Par A.M et E.D

Le 8 juillet 2014, après d’importants combats contre les forces gouvernementales, les rebelles Houthis prennent le contrôle d’Amrane, une ville stratégique à 50 kilomètres de Sanaa, la capitale du Yémen. C’était il y a 5 ans… Depuis, le pays est plongé dans une guerre qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et plus de trois millions de déplacés, selon différentes agences des Nations Unies.

2012 : le départ du président Ali Abdallah Saleh

Pour comprendre, il faut se plonger dans l’histoire récente du pays. En 2011, le Yémen, comme d’autres pays de la région, est le théâtre de manifestations populaires pour demander le départ du président Ali Abdallah Saleh. L’homme est au pouvoir depuis 34 ans. La rue a raison de lui après des mois d’émeutes. L’homme quitte finalement le pouvoir le 27 février 2012.

2014 : les Houthis prennent le contrôle de Sanaa

Un nouveau président est désigné, Abdrabbo Mansour Hadi. Un processus de transition devait ensuite mener à une stabilisation mais ce processus a été interrompu par le mouvement armé Houthis, s’estimant marginalisés par le pouvoir central et soutenu politiquement par l’Iran. Les Houthis prennent le contrôle de la capitale, Sanaa, en juillet 2014.

Janvier 2015 : les Houthis s’emparent du palais présidentiel

En janvier 2015, les Houthis s’emparent du palais présidentiel à Sanaa et encerclent la résidence du président Abd Rabbo Mansour Hadi qui fuit vers Aden, grande ville du Sud, un mois plus tard.

Mars 2015 : la coalition menée par l’Arabie saoudite intervient

Le 26 mars 2015, une coalition menée par l’Arabie saoudite lance une opération aérienne pour bloquer l’avancée des rebelles vers le sud du Yémen. L’opération mobilise des troupes d’une dizaine de pays arabes sunnites. Une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appuie cette coalition et les Etats-Unis annonce fournir un soutien logistique et en renseignement. Le même jour, le président Hadi se réfugie en Arabie saoudite alors que les rebelles se rapprochent d’Aden.

Depuis lors, le conflit s’enlise

Depuis lors le conflit s’est enlisé. La coalition militaire emmenée par l’Arabie saoudite bombarde régulièrement des installations appartenant aux rebelles Houthis qui eux ont consolidé leurs positions. Cette situation est catastrophique pour les civils.

 

Des bombardement à Sanaa, Yémen, le 5 décembre 2017
Des bombardement à Sanaa, Yémen, le 5 décembre 2017 MOHAMMED HUWAIS - AFP

La situation est catastrophique

Pour faire le point sur ces 5 ans de conflit, nous avons contacté le politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

Cinq ans après le début du conflit, quelle est la situation humanitaire sur place ?

"La situation humanitaire est catastrophique aujourd’hui. Il y a plus de 24 millions de Yéménites qui ont besoin d’assistance médicale et humanitaire. Selon les statistiques du Comité international de la Croix Rouge et de l’Organisation internationale des migrations, plus de trois millions de personnes sont déplacées à l’intérieur même du pays, sans parler de ceux qui ont quitté le pays. Le Yémen est considéré aujourd’hui comme la catastrophe la plus importante depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et ça, c’est un élément très inquiétant".

En cinq ans, comment a évolué le positionnement des puissances qui défendent le président yéménite dans ce conflit ?

"Ce qui mine la présence de cette coalition emmenée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ce sont les divergences de points de vue entre les deux poids lourds de cette coalition. L’Arabie saoudite a un conflit important avec l’Iran et avec les Houthis qui sont proches de l’Iran alors que les Emirats arabes unis ont d’autres objectifs. Le premier, c’est de consolider sa présence au sud et le second est d'avoir une certaine influence sur les installations portuaires. Ces divergences affaiblissent la coalition et allongent la souffrance des Yéménites car cette coalition est censée soutenir la légalité au Yémen. Malheureusement, le pays s’est enfoncé depuis le début de cette offensive menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis et le Yémen connaît de plus en plus de problèmes sur le plan politique, humanitaire et social. C’est pourquoi aujourd’hui il y a un appel incessant pour mettre fin à cette guerre."

Comment analysez-vous le rôle de l’Europe dans ce conflit ?

"L’Europe est complètement absente dans ce conflit. L’Europe s’est reposée sur la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies soutenant le retour à la légalité et elle s’est donc reposée sur la coalition arabe qui visait à soutenir justement la légalité. Mais on voit que cette approche de la part de l’Union européenne n’a pas donné de résultats. Pire, les ventes d’armes (ndlr : à l’Arabie saoudite) de la part de certains pays comme le Royaume Uni ou la France a encore compliqué la situation. Or on ne peut pas compter uniquement sur les Nations Unies et son envoyé spécial pour mettre fin à ce conflit. Je pense qu’il est temps, pour la communauté internationale, de parler d’une seule voix. On voit bien que les Nations Unies et son envoyé spécial tentent vraiment de mettre fin à ce conflit mais le Sultanat d’Oman ou le Koweït, qui sont des Etats neutres dans ce conflit, peuvent, pour moi, jouer un rôle beaucoup plus positif dans la résolution de ce conflit que l’Europe". ​​​​​​

Archives : Journal télévisé 27/03/2018

Yemen 3 ans de guerre

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