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Littérature - Auteurs

Yann Moix dans le texte et avec les sous-titres

Yann Moix dans le texte et avec les sous-titres

Nouveau venu dans l'émission de Laurent Ruquier, Yann Moix a récemment annoncé le tournage de " Podium 2 ",. Une occasion toute trouvée pour rencontrer le chroniqueur, l'écrivain, le scénariste, le réalisateur. En un mot : l'Artiste.

 

Il nous a donné rendez-vous dans sa loge du Studio Gabriel, où se tourne l'émission " On n'est pas couché ". Yann Moix nous demande de l'attendre, le temps de l'enregistrement, prévu pour durer trois heures. Neuf heures plus tard, il nous rejoint. Il est cinq heures du matin.

 

Yann Moix : Désolé pour ce retard. J'avais quinze citations à placer dans l'émission, et j'ai tenté d'expliquer ma théorie sur la naissance de l'univers en reliant Nietzsche à Nabilla. Ça a débordé un peu.

Pas de problèmes. Nous voulions surtout parler avec vous de la suite de " Podium ". Vous avez déclaré dans le journal Le Soir que le scénario serait original. Qu'entendiez-vous par là ?

La question, c'est surtout : qu'est-ce que l'originalité, sinon un original de nos origines, qui tendrait à prouver que la copie n'est rien moins qu'un artefact des reliquats d'une création somme toute inhérente à nos personnalités ? Je simplifie, évidemment.

Euh...

Je vous sens dans le doute. Le doute est selon moi une certitude, qui peut créer le doute dans cette certitude. Alors que la certitude ne peut douter du doute, sous peine de rendre ce doute incertain.

Ah...

(Une femme nous rejoint)

Excusez-moi, j'ai un peu de retard. L'interview a déjà commencé ?

Oui. Mais qui êtes-vous ?

Dominique Tremblay-Collard. Je suis traductrice Moix-Français.

Pardon ?

Je suis payée par France 2 pour traduire les propos de Yann Moix en français. Il vous a parlé de quoi, là ?

D'originalité, puis de doute.

Ok, c'est bon, je ne traduis pas, ça ne voulait rien dire. Il fait ça pour s'échauffer. Vous pouvez continuer.

Vous avez donc annoncé une suite à Podium. Et toujours dans cette interview dans Le Soir, vous avez déclaré que Michel Polnareff jouerait dedans. Sauf que son agent a démenti l'information. Qu'en est-il exactement ?

Yann Moix : J'entends bien votre question et je vais y répondre en toute franchise.

Dominique Tremblay-Collard : Et merde...

YM : Comme vous le savez, Jean-Paul Rouve jouait le sosie de Michel Polnareff dans le premier Podium. Et comme l'a si bien dit Georges Braque : " Je fuis mon semblable. Dans tout semblable, il y a un sosie. " Je voulais donc passer du semblable au vrai semblable, pour que ce vraisemblable devienne un vrai semblable semblable.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'il a fait un effet d'annonce en déclarant que Polnareff jouerait dans son film, en se disant que ça le pousserait peut-être à accepter le rôle. Sauf que rien n'a été négocié. Et du coup, il a l'air d'un con. Je résume, hein !

YM : Mais Michel sera dans l'image. Pas dans l'image précisément. Mais à côté de l'image. Dans ce que la caméra ne filme pas. Michel est l’indicible. Benoît Poelvoorde est aussi l'indicible. Comme Jean-Paul Rouve. C'est la force des grands comédiens. C'est ce qui m'attire chez eux. L'indicible ne se filme pas. Il se ressent. On ne peut pas dire l'indicible, puisqu'il est par essence indicible. C'est comme ça que je vais filmer Michel Polnareff. En le non-filmant.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'il avait fait le même coup sur son film précédent, "Cineman". Il avait annoncé Poelvoorde et Rouve, et on s'est retrouvés à l'arrivée avec Franck Dubosc et PEF. Donc, là, en gros, il a annoncé Polnareff, et tu te retrouveras avec Pascal Obispo.

Cela dit, la grande surprise, c'est que vous annoncez justement que Benoît Poelvoorde reprendra son rôle de Bernard Frédéric, alors qu'on vous imaginait fâchés suite à ce fameux Cineman.

YM : Benoît est dans la vie. Et il donne son avis. L'avis est la vie. Je sais son rapport à la lecture d'un scénario. Benoît est le scénario. Le scénario s'écrit sur les pages de Benoît. Et qu'est-ce qu'un scénario sinon l'assemblage des mots qui donnent vie à l'avis ?

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'il a lu une interview où Poelvoorde raconte qu'il a tourné dans " Le Tout Nouveau Testament " sans avoir lu le scénario, et qu'il a accepté parce que c'était réalisé par Jaco Van Dormael. Il espère qu'il fera pareil sur "Podium 2" et qu'il ne lira pas le scénario. Sinon, Moix sera dans la m...

Mais est-ce que vous pensez qu'il acceptera le film sur base de votre nom ? Autrement dit, quels sont vos rapports actuellement ?

YM : Mes liens avec Benoît sont ceux qui unissent l'homme à l'homme. Être humain, c'est être un humain. Il peut y avoir des discordes, mais les discordes sont selon moi des cordes qui nous nouent et nous dénouent, comme un film qui se tend et se distend dans le distant.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'il a envoyé le scénario sous le nom de Jako Dan Vormael. Avec un peu de chance, Poelvoorde n'y verra que du feu.

Ce n'est pas un peu malhonnête de votre part ?

YM : Comme l'a dit Arthur Schopenhauer, " Nous sommes quasi obligés d'être malhonnête lors de controverse, ou tout du moins légèrement tentés de l'être. De cette façon, la faiblesse de notre intelligence et la perversité de notre volonté se soutiennent mutuellement ". Alors, finalement, la malhonnêteté n'est rien moins que l'honnêteté du mal quand le bien se veut le malhonnête de l'honnête.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'un mec qui a demandé à son ami Bernard-Henri Lévy de lui écrire une critique élogieuse de "Cineman" ne peut pas être foncièrement malhonnête.

A relire sur le site du Point

 

C'est vrai qu'on oublie un peu cette histoire. Vous avez demandé à BHL d'écrire des louanges sur votre film, qui se faisait dézinguer par la critique et les spectateurs, et qui, soyons francs, était une catastrophe sans nom.

YM : Je ne peux que citer Jean Rostand quand il dit " La louange affermit notre orgueil, cependant que notre orgueil nous certifie la sincérité de la louange ". Je ne cherche pas les louanges. Les louanges sont les langes de l'adulte. On loue les anges comme d'autres louent des maisons de vacances. Les louanges sont des maisons de vacances : des résidences secondaires qui sont principales, alors que le principal réside dans le secondaire. C'est évident, non ?

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Qu'on devrait plutôt avoir pitié de lui. En être réduit à demander à Bernard-Henri Levy de faire une bonne critique qui donnerait envie aux gens d'aller voir un film, c'est un peu comme penser à Franck Dubosc pour remplacer Benoît Poelvoorde.

Et ça n'a pas gêné Bernard-Henri Levy de le faire ? C'est quand même très douteux moralement, vous ne trouvez pas ?

YM : Parlons de morale. Qu'est-ce que la morale, finalement ? Je vais vous le dire. La morale est le paroxysme de l'être. Et ce paroxysme devient paradigme, quand la morale tend au sublime. Il faut donc sublimer le paradigme du paroxysme, pour que cette morale devienne l'exégèse de l'immarcescible caligineux. Mais là, on touche bien sûr à l'hapax de la nitescence.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Que BHL a réalisé " Le jour et la nuit " et qu'il vient de poser en photo aux côtés de combattants au Kurdistan. Donc, franchement, en lui demandant d'écrire du bien de " Cineman ", il savait qu'il s'adressait à un gars qui, comme lui, est un expert en matière de mauvaise mise en scène.

Le mot est peut-être un peu fort, mais je vous pose quand même la question. Est-ce que vous n'êtes pas un imposteur, Yann Moix ?

YM : L'imposture n'est que posture. Mais est-ce que la posture peut être une imposture ? Je pense que oui. Vous êtes dans une posture. Je suis dans une posture. Et nos postures créent une imposture. Et c'est cette imposture qui fait que la posture peut devenir postérieure à l'impostérieur, un mot que j'ai inventé et qui veut bien dire ce qu'il veut bien dire.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Que venant d'un gars qui passe son temps à publier des fausses interviews comme vous êtes en train de le faire en ce moment, il prend ça comme un compliment.

Merci Yann Moix

YM : Le remerciement est le ciment de celui qui ment. L'amant ment à l'amante qu'il aimante, comme l'amiante ment au bâtiment. Tout se bâtit et tout se ment, faisons-en notre serment. Car il nous sert autant qu'il ment.

Qu'est-ce qu'il a dit ?

DTC : Dégage.

 

Christophe Bourdon

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