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Xi Jinping face à Joe Biden : les trois dossiers explosifs qui opposent la Chine et les Etats-Unis

Xi Jinping et Joe Bien tout sourire au début de leur rencontre à Bali.

© SAUL LOEB / AFP

Malgré la poignée de main tout sourire, les deux hommes savent qu’ils ne se feront pas de cadeau. Ce lundi, Xi Jinping et Joe Biden ont tenu à Bali leur premier tête-à-tête depuis qu’ils dirigent leurs pays. Le Chinois et l’Américain se connaissent bien : lors de leurs précédentes rencontres, ils étaient tout deux vice-présidents. Aujourd’hui ils sont à la tête des superpuissances, concurrentes économiques et rivales politiques.

Cette rencontre en prélude du sommet du G20 à Bali avait précisément pour but d'"éviter que la compétition dégénère en conflit", selon la formulation du président américain. C’est que les relations entre les deux pays se sont fortement dégradées ces dernières années, sur fond de relations commerciales de plus en plus tendues. Il n’y a d’ailleurs pas eu de déclaration commune à la sortie de la rencontre, mais des communications séparées.

"Les États-Unis et la Chine doivent gérer cette concurrence de manière responsable", a insisté Joe Biden face à son homologue chinois, "et maintenir des lignes de communication ouvertes". Il a été convenu que le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken se rendrait prochainement en Chine.

Washington définit désormais Pékin comme son seul vrai concurrent sur la scène mondiale, une puissance qui a l’intention et la capacité de modifier les équilibres actuels. Selon Joe Bien, la rencontre de Bali devait précisément permettre aux deux dirigeants de poser clairement leurs "lignes rouges" et éviter le basculement vers un conflit, direct ou indirect.

Ces "garde-fous" sont particulièrement nécessaires aujourd’hui pour éviter une escalade autour trois points chauds.

1. Taïwan

La Chine montre ces derniers mois une volonté de plus en plus déterminée de reprendre le contrôle de l’île qu’elle considère comme faisant partie de son territoire. "La question de Taïwan est au cœur même des intérêts fondamentaux de la Chine, le socle de la fondation politique des relations sino-américaines, et la première ligne rouge à ne pas franchir dans les relations sino-américaines", a déclaré Xi à Biden lors de leur entretien de plus de trois heures.

La visite rendue au mois d’août à Taïpei par la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi avait été perçue à Pékin comme une provocation. La marine chinoise a multiplié depuis lors les démonstrations de forces dans le détroit de Taïwan, des manœuvres qui ressemblent à des préparatifs pour une invasion.

Joe Biden a critiqué de son côté les actions "agressives" de la Chine "qui sapent la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan et dans la région au sens large". Mais lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre, il a précisé ne pas croire qu'"il y a une tentative imminente de la part de la Chine d’envahir Taïwan".

Jusqu’à présent, les États-Unis entretenaient une "ambiguïté stratégique" sur la possibilité d’un soutien militaire américain à Taïwan en cas d’intervention chinoise. Joe Biden y a mis fin ces derniers mois en répétant lors d’interviews que oui, les États-Unis viendraient en aide à Taïwan en cas d’attaque.

Cette assertivité américaine en Asie a pu rassurer des alliés des États-Unis dans la région qui s’inquiètent des ambitions chinoises. Joe Biden s’est engagé à garantir la liberté de navigation dans la mer de Chine méridionale.

L’implication militaire américaine au côté de l’Ukraine contre la Russie peut avoir valeur d’avertissement pour la Chine : Washington ne bluffe pas lorsqu’il promet son soutien concret à un de ses alliés.

2. L’Ukraine

La Chine est restée prudente depuis l’invasion russe en Ukraine. Pékin a toujours refusé de condamner l’offensive russe, mais émet désormais quelques réserves sur ce conflit qui s’installe dans la durée.

Joe Biden a obtenu à Bali de Xi Jinping une condamnation ouverte du chantage nucléaire mené par Moscou contre l’Ukraine et ses alliés. Selon la Maison blanche, les deux dirigeants "ont souligné leur opposition à l’utilisation ou à la menace d’utilisation d’armes nucléaires en Ukraine".

Selon Pékin, Xi Jinping a assuré à Biden que Pékin était "profondément préoccupé" par le conflit. "La Chine a toujours été du côté de la paix et continuera à encourager les pourparlers de paix" entre la Russie et l’Ukraine, a déclaré le dirigeant chinois.

Pékin a offert un débouché alternatif aux hydrocarbures russes qui n’arrivent plus en Europe. Mais Washington estime que les Chinois ne mènent pas une politique de sape contre le régime de sanctions instauré par les Occidentaux. L’absence du président russe au sommet du G20 est d’ailleurs perçue comme un signe de son relatif isolement sur la scène internationale.

3. La Corée du Nord

Le leader nord-coréen Kim Yong Un s’est lui aussi relancé ces dernières semaines dans une posture menaçante. Pyongyang semble se préparer à conduire le septième essai nucléaire de son histoire, après avoir procédé à une série inédite de tirs de missiles.

Joe Biden dit avoir demandé à son homologue chinois de signifier "clairement" à Pyongyang de ne pas mener d’essai nucléaire, faute de quoi Washington devrait prendre des mesures "défensives". Le président américain a répété " l’engagement inébranlable des États-Unis à défendre leurs alliés de la région Indo-Pacifique". Il avait rencontré dimanche les dirigeants japonais et sud-coréens qui partagent la crainte d’un essai nucléaire nord-coréen. Les États-Unis possèdent des bases militaires dans ces deux pays.

Pyongyang présente ses essais balistiques comme une réponse aux manœuvres aériennes menées dans la région par les États-Unis et la Corée du Sud. Une vision partagée par Pékin qui accuse les États-Unis d'"empoisonner l’environnement de sécurité régional".

La Chine est l’allié économique le plus important de Pyongyang depuis les années 1950. La Chine représente plus de 90% des échanges bilatéraux de la Corée du Nord, asphyxiée économiquement par des sanctions internationales et la fermeture des frontières pour se protéger du coronavirus.

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