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WRC Italie : L’image, la surprise, la déception… 6 faits marquants du Rallye de Monza

Thierry Neuville engagé sur le Rallye de Monza.

© Hyundai

22 nov. 2021 à 09:22Temps de lecture4 min
Par Antoine Hick

Haletant et disputé de bout en bout, le Rallye de Monza nous a livré une belle bataille entre Sébastien Ogier et Elfyn Evans. Et si le Français, impassible, a finalement fait coup double en remportant la manche transalpine et le championnat du monde, le Gallois n’aura pas démérité loin de là.

Comme Thierry Neuville, d’ailleurs. (Trop) vite évincé de la course à la victoire après une erreur lors de la 9e spéciale, le Belge n’a pas baissé la tête… et quasiment tout raflé sur son passage par la suite. Et même si ces trois scratchs consécutifs sont arrivés un peu tard dimanche, ils ont eu le mérite de prouver que Neuville s’est battu jusqu’au bout. Retour sur ce weekend italien en 6 faits marquants.

L’image : l’émouvante communion entre Sébastien Ogier et Julien Ingrassia

La joie de Sébastien Ogier et Julien Ingrassia après leur victoire à Monza.

Comment mieux conclure une collaboration entamée il y a près de 15 ans ? Coéquipiers de toujours, Sébastien Ogier et Julien Ingrassia disputaient leur tout dernier rallye côte à côte. L’objectif était donc clair : briller sur les routes de Monza pour fermer le chapitre WRC en beauté.

Impérial de bout en bout, quasi jamais inquiété, le binôme a fait encore mieux que ça en remportant la dernière manche de la saison. À l’arrivée de l'ultime spéciale, leur joie commune faisait plaisir à voir.


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Eux qui étaient d’ordinaire plutôt dans la retenue au moment de célébrer ont, cette fois, laissé exploser toute leur fierté. Comme si 15 ans de privations et de tension s’étaient subitement évaporés dans cette étreinte, longue, sincère et emplie de respect mutuel.

L’image : Hyundai, démunie face à la puissance des Toyota

La Hyundai de Thierry Neuville, moins puissante qu'en Catalogne.

"De toute façon, on n’avait aucune chance face aux Toyota."

Cette déclaration sort de la bouche de Thierry Neuville dès samedi soir. Alors qu’il reste encore trois spéciales à disputer, le pilote Hyundai met les mots sur ce que beaucoup d’observateurs pressentaient. Si souveraines et hégémoniques dans leur domination en Catalogne, les Hyundai ont vécu un véritable calvaire sur les routes italiennes.

Dès l’entame du rallye, on a d’ailleurs senti que cette manche allait sans doute tomber dans l’escarcelle des Toyota. L’un après l’autre, les pilotes Hyundai se sont plaint d’un manque de puissance, alors que les Toyota, elles, virevoltaient tranquillement vers l’arrivée.

Un rapport de force radicalement inversé par rapport à la Catalogne qui prouve une fois de plus qu’en rallye tout peut aller très vite. Conséquence de cette surdomination Toyota du weekend, le petit suspense qui restait dans la course au titre constructeur a vite été rangé au placard. Ce weekend, Toyota était bien la plus dominante des deux formations.

La phrase : "Si Ogier va me manquer ? Le pilote oui, le personnage non"

Thierry Neuville à l'interview à Monza.

Si certains doutaient encore du lien qui unit Sébastien Ogier et Thierry Neuville avant ce weekend, le voile a vite été levé. Dès jeudi, le Belge, interrogé par Olivier Gaspard, a sorti son sniper à punchlines au moment d’évoquer la retraite imminente de son grand rival français. "Le pilote va me manquer, le personnage non." Et s’il a réaffirmé son respect immense pour le pilote, il a aussi confirmé que les deux hommes ne partiront jamais ensemble en vacances.

Dimanche soir, rebelote. Réinterrogé sur Ogier dans la foulée du Rallye, Neuville n’y est pas allé de main morte en assortissant son hommage d’un petit tacle : "Il y a toujours eu du respect entre nous. On a eu des énormes bagarres, il va nous manquer. C’était un réel talent, un vrai professionnel, il ne lâchait rien. Après, on avait chacun notre façon de voir les choses. On n’était pas toujours d’accord.

Aujourd’hui, on a tous les deux fait une belle carrière jusqu’ici. Sa force qui fait qu’il est au-dessus du lot ? Bah, aujourd’hui, c’était la chance, clairement. Quand on voit comment il tape le bloc en béton, j’ai fait la même chose l’an passé et pour moi c’était l’abandon. Mais il faut cette réussite, il l’a toujours eue avec lui et de toute façon ce n’est jamais de sa faute. C’est probablement la meilleure manière de voir les choses" conclut-il un brin sarcastiquement. Ça a le mérite d’être clair.

La confirmation : Dani Sordo

Dani Sordo, pilote Hyundaï.

On en parle très peu mais Dani Sordo réalise une excellente fin de saison. Déjà 3e en Catalogne, le vétéran espagnol a réédité pareil exploit sur les routes italiennes. Largué par le binôme de tête Evans-Ogier très tôt dans le weekend mais passé devant Neuville après la petite erreur du Belge, Sordo s’est agrippé à cette 3e place tel un forcené.

À plusieurs reprises, Neuville, 4e et qui rêvait d’un podium, a tenté de mettre la pression mais Sordo a tenu bon. "Tant que Dani Sordo ne fera pas d’erreur, ce sera impossible d’aller le chercher" expliquait d’ailleurs Neuville après la première spéciale dimanche matin.

Confirmation dans la foulée puisque le métronome espagnol n’a fait aucune erreur. Sans faire de bruit ni de vagues, il a donc rallié l’arrivée et arraché un 2e podium consécutif. Dani Brillant.

La spéciale : ES15, là où Sébastien Ogier a failli tout perdre

Plus de peur que de mal pour Sébastien Ogier, qui a heurté un bloc de béton.

Spectaculaire à souhait, ce Rallye de Monza a regorgé de spéciales haletantes. Mais au moment de trancher, on a finalement opté pour le ES15, avant-dernière spéciale au programme.

Parce que bien avant que les ténors n’entrent en piste, son tracé piégeux et flanqué de nombreux blocs en béton avait déjà coûté cher à plusieurs pilotes, parti (très tôt) à la faute. On pense notamment là à Adrien Fourmaux ou Takamoto Katsuta.

Mais le tournant de ce Rallye de Monza s’est déroulé quelques minutes plus tard. Parti dernier, Sébastien Ogier avait visiblement à cœur de ne pas perdre trop de temps par rapport à Elfyn Evans. Peut-être trop présomptueux, le Français a heurté un bloc de béton à mi-parcours. Et si la jante a souffert, heureusement pour lui, la roue n’a pas bougé. Cela s’est donc joué à quelques centimètres. Quelques centimètres de plus et Ogier serait passé du paradis à l’enfer… alors que le titre de champion du monde lui tendait plus que jamais les bras.

La belle surprise : Le pétillant Oliver Solberg, 5e

Oliver Solberg en pleine préparation avant une spéciale à Monza.

Fils de Petter Solberg, champion du monde en 2003, Oliver n’a que 20 ans. Et pourtant, l’espace d’un weekend il s’est mis à flirter avec les plus grands. Jamais largué et toujours dans le coup, le jeune pilote a accumulé les bons chronos, en montagne comme sur le circuit de Monza.

5e à l’arrivée, il signe son meilleur classement de la saison. Une 5e place qui ne souffre d’ailleurs aucune contestation puisque le jeune Norvégien compte plus de 50 secondes d’avance sur son plus proche poursuivant, Teemu Sunninen.

Cerise sur le gâteau, Solberg, qui déborde encore de naïveté, nous a régalés à l’interview d’après-course tout au long du weekend. Parce que là où des pilotes plus chevronnés sortaient parfois banalité sur banalité, lui, dissertait et disséquait sa spéciale dans les moindres détails. Sourire aux lèvres et tout simplement heureux d’être là. Un vrai rayon de soleil.

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