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Working Men’s Club: "Manchester ? Je suis encore plus fier de la scène de Sheffield que je trouve encore plus cool"

15 juil. 2022 à 12:06Temps de lecture5 min
Par Aline Glaudot

On les découvrait à l’été 2020 avec un album éponyme, deux ans et quelques remixes plus tard les Britanniques de Working Men’S Club reviennent avec un second disque, "Fear Fear". Définitivement plus dansant et club que son prédécesseur, il semble tout droit sorti des entrailles de la mythique Hacendia, témoin d’une époque révolue mais qui hante encore nombreuses compositions. Attention, les références ne s’arrêtent pas là, parole du chanteur Sydney Minsky- Sargeant avec qui nous avons discuté quelques minutes.

Salut Syd ! Pour commencer, tu peux un peu te présenter en quelques mots : qu’est ce qui t’a amené dans la musique ? Avec quels groupes et influences as-tu grandi ?

J’ai commencé à faire de la musique quand j’avais à peine 4, 5 ans avec une guitare acoustique super cheap. J’essayais de reproduire des chansons pop et de chanter. J’ai toujours été entouré d’une intéressante collection de disques. Mes parents m’ont immergé dans la musique très vite, à la maison on écoutait : Antony and the Johnson, Nick Cave, dont j’étais super fan à l’époque, Sonic Youth, les Pixies, Radiohead. David Bowie a eu une grosse influence sur moi également. Mon père m’a éveillé à des trucs un peu plus "matures" comme Miles Davis. Mes parents étaient artistes tous les deux donc la musique a toujours été présente. J’ai toujours senti que je pouvais être moi-même dans le fait d’écouter de la musique ou de faire de la musique.

Elle a commencé comment l’histoire de WMC ?

C’est une histoire un peu classique, je suis allé au lycée, j’ai rencontré des gens intéressants qui évoluaient dans des groupes et on a commencé à jammer. Puis tu vois comment c'est, tu écris des premiers morceaux, ça évolue dans le temps et puis tu finis en studio.

Le nom "Working Men’s Club", c’est un clin d’œil à l’histoire économique et sociale anglaise ? 

Working Men’s Club est en effet clairement une référence à la classe ouvrière anglaise, à l’aspect historique de celle-ci, à ce système de classe qui nous est propre. C’est peut-être un peu différent aujourd’hui, je vois plus le nom comme une référence à l’aspect communautaire, une référence aux "gens normaux" qui se permettent des petits luxes, le luxe d’apprécier la musique ou d’autres choses. Le nom peut avoir beaucoup de sens différents à mes yeux, c’est un terme qui bouge un peu. Aujourd’hui, dans le monde moderne, je retiens plutôt l’aspect communautaire, les gens qui se retrouvent, l’aspect local. On vit dans un monde tellement ségrégué que ce soit en termes d’argent, de pouvoir ou autre que je pense qu’il faut protéger les espaces où les gens peuvent sortir, se retrouver, échanger. C’est peut-être un peu ces gens normaux le "working men’s club". Enfin c’est ma vision un peu naïve des choses !

Je vous ai vu en septembre dernier, à Manchester justement, juste avant HOT CHIP et New order… Quel effet ça fait de faire partie de cette grande famille ?

Hum j’imagine que je n’en fais pas entièrement partie parce que je viens de Todmorden, une ville à 20 miles de là, entre Manchester, Leeds et Shefield. C’est un endroit étrange, presque un peu séparé du Nord. Mais il y a plein de musiques vraiment géniales qui viennent de ces trois villes bien entendu et les gens continuent d’aller y voir des concerts. Mais oui c’est vraiment cool de faire partie de cette émulation même si c’est peut-être de façon temporaire. Je pense aussi que c’est sûrement la chance qui nous a menée jusqu’ici, plus que d’être dans une même zone géographique.

Définitivement, on sent chez Working Men’s Club l’envie de faire revivre l’esprit "madchester" de la fin des années 80… Tu es d’accord avec ça ?

Je vois l’affiliation en termes d’association géographique et sur certains aspects de la musique mais ce n’était pas recherché forcément, on n’a pas creusé cette piste-là. Les gens ont fait le parallèle un peu par hasard, mais pour être honnête il y a de nombreuses autres scènes qui m’ont d’avantage inspiré que la scène "madchester". Je suis par exemple plus fier encore de la scène de Sheffield et je la trouve encore plus cool. Les gens pensent souvent à Manchester comme étant l’épicentre de la musique électronique du Nord à cause de l’Hacienda, mais il se passait aussi beaucoup de trucs du côté de Blackburn avec l’Acid House ou encore à Sheffield et Leeds avec des groupes comme LFO par exemple ou The Human League. Si on parle de musique électronique anglaise, tous ces trucs sont inspirants. Et ce qui se passe dans le Sud est tout aussi inspirant pour moi donc je ne cantonnerais pas mon inspiration simplement à Manchester.

"Fear fear", c’est le titre de ce second disque… C’est assez équivoque comme message, tu peux un peu nous expliquer ?

Ça m’est venu comme ça. C’est le titre d’une chanson et j’ai aussi choisi de l’utiliser comme titre de l’album car elle semblait correspondre tout particulièrement à ce qu’on a fait dans le restant du disque. Il y a deux aspects à ce disque, deux côtés, qui seraient un peu comme le both sides of fear. C’est un thème qui se retrouve un peu tout au long du disque mais c’est un peu une coïncidence.

Cet album est définitivement plus électronique que le précédent, plus dansant… Hormis une ou deux chansons, les guitares ont presque disparues. Tu nous expliques un peu ces choix ?

Oui c’est vrai. Je crois qu’en travaillant sur cet album j’ai essayé d’être plus expérimental et de ne pas bosser comme je bossais avant. J’ai peut-être passé plus de temps sur mon ordi que sur des instruments plus classiques. Je n’ai pas utilisé la même formule pour créer pour justement éviter de reproduire les mêmes choses. Je crois que ce que j’avais envie d’exprimer s’est finalement avéré ressortir plus naturellement au travers de synthétiseurs et de samples qu’à travers les guitares cette fois-ci. Ce n’était pas un choix ou un retournement délibéré de départ de ne pas utiliser des guitares, c’est juste que les sentiments et les choses que j’avais envie de dire sortaient plus facilement d’une autre manière.

Tu as sorti un remix avec Erol Alkan récemment, comment s’est passée cette collaboration ?

Je trouve que ça s’est super bien passé ! J’adore le travail d’Erol et je sais qu’il est fan de notre travail également. C’était super cool et naturel de collaborer, on a pas mal de choses en commun et j’aime beaucoup ce qu’il a réussi à sortir du morceau.

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J’ai lu dans une interview que si tu le pouvais tu resterais tout le temps en studio et jamais en tournée, tu confirmes ?

Haha oui, c’est sûrement un peu vrai ! Je me sens vraiment chez moi dans un studio et je pourrais facilement m’y enfermer. Mais c’est quand même très cool de tourner, de sortir nos compositions du studio et d’aller les présenter au monde. J’ai peut-être un peu exagéré et raconté des bêtises sur ce coup-là… Je devais sûrement être fatigué de la tournée (rires).

Que penses-tu de la scène britannique actuelle ? Londres explose de toute part et on voit comme le même schéma se produit également à Dublin…

Je ne me vois pas forcément comme faisant partie de ce mouvement, je me sens un peu à l’écart de ça. Non pas pour la discréditer bien entendu. C’est génial de voir que l’Irlande et la scène dublinoise ont l’attention qu’elles méritent amplement. Ce mouvement va bien au-delà de l’Angleterre, je pense que Londres et le nord de l’Angleterre sont clairement des supports très forts pour cette scène mais, encore une fois sans vouloir discréditer, je ne me sens pas forcément, à titre personnel, faisant partie de ce mouvement.

"Fear Fear", juillet 2022 sur Heavenly Recordings.

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