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Winnie l'ourson : tous les personnages seraient-ils des cas psychiatriques ?

© John Keeble / Getty Images

Les univers les plus intéressants ne sont pas ceux où il y a une seule personne atypique, mais où tout le monde l’est. Et nous en connaissons tous un exemple : la bien dénommée Forêt des rêves bleus de Winnie l’Ourson.

C’est simple : tout le monde est bizarre là-bas, à tel point d’ailleurs que les personnages pourraient servir de manuel d’apprentissage de la psychiatrie – cela se fait déjà dans certaines universités anglophones. Les explications de Josef Schovanec

 

Commençons par les diagnostics les plus simples

Bourriquet est dépressif. Dans un vocabulaire plus fleuri, on dirait dysthymique. Porcinet bien sûr souffre d’anxiété généralisée. Maître Hibou, s’il est dysorthographique comme à peu près tout le monde, a des centres d’intérêt autistiques et d’ailleurs se comporte comme tel : il se lance dans de longs monologues sur des sujets étranges, déteste être interrompu et ne sait pas trop socialiser comme les autres.

Dans l’histoire, son excuse est son âge, mais aussi sa façon de parler typique de l’Angleterre du Sud , qui doit beaucoup faire rire les jeunes Américains qui regardent les dessins animés : âge et origine géographique, l’idéal pour camoufler son handicap.

Puis il y a Tigrou : il est la caricature même de la personne comme on dit dans le jargon, TDAH : trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité. Il ne tient pas en place, bouge sans cesse. Avec un petit soupçon de traits autistiques, par exemple car il ne semble pas comprendre ce qu’est l’espace privé de chacun. Ou encore il perturbe toujours les situations et activités des autres.

Le cas le plus intéressant pourrait être celui de Winnie lui-même. Avec sa maladresse, sa profonde bonté, son intérêt pour la nourriture, il me fait toujours penser à certains de mes amis trisomiques. Ou certains autistes, ceux que l’on écarte de l’école.

Mais il semblerait qu’il ait entraîné l’histoire dans les tourbillons de la politique, car son visage étrange, immobile et inexpressif, ressemble curieusement à celui du président chinois, au point que tout l’univers de Winnie soit interdit en Chine.

N’importe. Vous avez remarqué que j’ai oublié un personnage : Jean-Christophe, ou Christopher Robin en anglais, le petit garçon humain, qui détonne un peu dans un environnement peuplé d’animaux. C’est là que se cache peut-être un grave secret. Comme chacun le sait, l’univers de Winnie a été inspiré par l’univers réel du fils de l’auteur, à savoir justement Christopher, le petit garçon.

On a beaucoup écrit sur le caractère dévastateur des œuvres de son père sur la vie réelle de son fils : entre brimades à l’école et sensation de n’être qu’un gagne-pain pour son illustre père, la vie de Christopher a été triste et difficile.

A mon avis, il y a un point que personne ne semble avoir tiré au clair : et si ces malheurs n’étaient pas tellement dus à une problématique familiale qui ferait les délices des psychanalystes, mais à des handicaps ou particularités de Christopher ? Il me semble que nombre de traits que le père de Christopher a assignés à tel ou tel personnage aient avant tout été ceux de son fils. Lequel, naturellement, lorsqu’il rêve, c’est-à-dire lorsqu’il n’est pas soumis à l’exclusion et au jugement des autres, entre dans la Forêt des rêves bleus et fréquente des personnes comme lui.

L’histoire de Christopher, alias Winnie, me rappelle malheureusement autre chose encore : de tous les parents qui écrivent sur le handicap de leur enfant (dans l’autisme par exemple le genre littéraire des livres écrits par les parents d’autiste est considérable), combien ont songé aux conséquences sur la vie de leur enfant ? La notoriété d’un jour, ou même les droits d’auteur d’un jour, hélas se paient douloureusement un jour.

 

Winnie l'Ourson

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