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Wikileaks privé de dons: une situation illégale mais persistante

Julian Assange, contraint de ne pas sortir de son refuge, et Wikileaks empêché de recevoir des dons pour fonctionner: vers une paralysie de l'organisation?

© RODRIGO BUENDIA - Belga/AFP

Après que Wikileaks ait diffusé des dizaines de milliers de câbles de la diplomatie américaine, des vidéos, d'autres documents, en octobre et novembre 2010, le groupe et son site Internet font l'objet d'agressions multiples. Celles-ci proviennent en grande partie des États-Unis: appel au meurtre de Julien Assange sur des chaînes de télévision, attaques informatiques massives, retrait d'hébergement par Amazon, intimidations aux États-Unis et à leurs frontières, de tous ceux qui collaborent avec Wikileaks…

Interrogé par Marc Molitor, Kristinn Hrafnsson, porte-parole du groupe, affirme que les plans contre Wikileaks sont en préparation depuis deux ans. "Le harcèlement de notre organisation, est permanent", dit-il.

Des plans d'attaque privés et publics

"Deux documents qu'on a trouvés, sont très significatifs", explique Kristinn Hrafnsson. "Le premier des Services de renseignements de l'armée, c'est un plan pour mettre à terre Wikileaks. L'autre document est un plan de société de sécurité informatique et juridique privé, pour le compte de la Bank of America. Il montre comment attaquer Wikileaks en discréditant les gens, les journalistes et notre personnel. Ces deux plans publics et privés, sont très semblables".

L’attaque financière qui cible le groupe a lieu entre le 6 et le 7 décembre 2010. Visa et Mastercard décident de suspendre tous les flux financiers vers Wikileaks. Une décision arbitraire sans aucune décision de Justice et illégale, estime le porte-parole. "Mastercard a admis avoir été en contact avec deux politiques importants : le Sénateur Lieberman et le Représentant Peter King. Ils avaient fait pression sur Amazon pour nous éjecter, et sur le Trésor américain pour combattre Wikileaks sur une liste noire. Le Trésor a répondu qu'il n'y avait aucune raison pour le faire."

L'Europe tarde à réagir

Visa et Mastercard détiennent 90% du marché européen des cartes de crédit. Beaucoup de donateurs de Wikileaks ne peuvent plus lui faire parvenir d'argent. Le dommage se chiffre en dizaines de millions de dollars et en départ de nombreux collaborateurs : "C'est une attaque directe contre les médias et la liberté d'expression", s’exclame Kristinn Hrafnsson.

Le Conseil de l'Europe condamne ces rétorsions illégales, ainsi que le Rapporteur de l'ONU pour la liberté d'expression. Le Parlement européen vient également de leur emboîter le pas : "Tout le monde comprend que la situation actuelle est totalement inacceptable pour les consommateurs, les sociétés et les associations européennes qui peuvent ainsi, sans justifications, être privés de moyens et démolis par des sociétés situées aux États-Unis", ajoute Kristinn Hrafnsson.

Saisie d'une plainte, la Commission Européenne semble cependant traîner. Elle a mis quinze mois pour rendre un premier avis. Elle ne semble par ailleurs pas s'émouvoir de la situation.

Pour Wikileaks, dont l'avis est partagé par de nombreux observateurs, cette situation est pourtant très grave et pourrait être un très dangereux précédent.

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