RTBFPasser au contenu

Jam

Warpaint : L.A women are back avec "Radiate Like This" (interview)

Warpaint : L.A women are back avec "Radiate Like This" (interview)
06 mai 2022 à 08:336 min
Par Aline Glaudot

Ce vendredi 6 mai signe le doux retour après six ans d’absence de l’une des formations les plus cruciales et indispensables de la scène rock indé américaine, les Californiennes de Warpaint. Un album un poil moins audacieux et plus classique que le précédent mais définitivement plus réfléchi, pointu et travaillé. "Radiate Like This" conte l’amour (toujours), ses contradictions, ses victoires mais aussi l’excellence, nos efforts la frôler et l’importance de toujours faire de son mieux. Un album qui souligne en toile de fond la belle aventure humaine de Jenny, Theresa, Emily & Stella qui ont passé le cap, il n’y a pas si longtemps, de leurs vingt ans de formation.

Rencontre avec Jenny Lee Lindberg, bassiste et chanteuse.

Loading...

Hi Jenny ! Dans quel état d’esprit tu te sens à la veille de la sortie de votre quatrième album ?

Oh c’est une bonne question ! C’est un mix de beaucoup d’émotions, la plupart positives mais tout a été si calme ces dernières années. J’ai l’impression de vivre dans une toute autre vie, je suis comme une personne différente. Toutes ces émotions sont positives en tout cas et je suis très excitée. J’ai bougé à L.A en mars où on a commencé à répéter pour la tournée. La notion du temps s’accélère et tout devient concret, ce n’est plus simplement qu’une idée dans ma tête. Tout va devenir différent par rapport à la vie que j’ai menée ces dernières années, je suis sûr que beaucoup de personnes pensent la même chose.

On n’a plus rien sorti depuis 2016 mais on a travaillé énormément pour ce disque. Nous avons pris du temps pour le faire, ou plutôt, nous avons pris notre temps.

La pandémie nous a autorisé à prendre ce temps. Je suis un peu nerveuse du coup et j’espère que tout se passera bien. C’est vraiment un mix d’émotions, on est loin de la sortie du précédent album où l’on était baignée dans une toute autre atmosphère… Je me sens comme un peu "rouillée" (rires).

Vos vies personnelles, vos carrières solos respectives… Finalement vous avez été pas mal occupées ces dernières années, en quoi c’était important de vous reformer ?

Généralement ça se passe comme ça : on sort un disque, on part en tournée. Ici nous sommes parties en tournée pendant presque trois ans. Je pense qu’on a tourné un peu plus longtemps que ce que les autres groupes font généralement. C’est notre principale source de revenus donc on aime être sur la route. Puis on rentre chacune chez nous, on prend une pause et on se remet à écrire le prochain disque. C’est comme ça qu’on fonctionne depuis 2010, 2011. Dans nos têtes ça a toujours été planifié qu’on ressorte un album ensemble. C’est juste que personne n’avait anticipé cette pandémie catastrophique.

Ça a toujours été le plan de faire un autre disque, ça a juste pris un peu plus de temps.

Je me souviens que beaucoup de personnes m’ont demandées si on s’était séparée après la pandémie, faut dire que moi aussi j’ai sorti pas mal de projets perso sur le côté donc beaucoup pensaient qu’on s’était séparées.

Vous revenez ce vendredi 6 mai avec un quatrième album baptisé "Radiate like this". Ça semble plutôt positif comme message, à quoi fait-il référence ?

C’est un peu l’accomplissement de tous les titres de l’album. Je pense que notre musique, nos morceaux, nos paroles ont toujours été sujets à différentes interprétations. La caractéristique commune à cet album, ce qu’on a eu envie de faire ressortir comme message c’est : "trouvez le moyen de vous ouvrir à d’autres énergies, trouvez le chemin vers des énergies plus légères qui sont en vous." Certaines de nos chansons sont vraiment des réflexions autour de nous-mêmes. C’est Emily qui est venue un jour avec ce titre, c’est aussi des paroles de "melting", un morceau qui parle d’alchimie et d’amour. C’est pris de ce track mais ça peut s’appliquer à tous l’album, il fait vraiment écho au reste.

Je pense aussi que c’est ouvert à interprétation, tu peux te l’approprier comme tu veux. C’est légèrement ambigu, un peu comme de la poésie.

© Tous droits réservés

J’ai lu que l’album aurait pu sortir plus tôt mais c’était sans compter la pandémie. Vous avez du coup enregistré cet album d’une façon totalement différente, tu m’expliques comment ?

Initialement nous sommes allées dans le studio avec notre producteur, Sam Pats Devy puis nous avons pris une petite pause et nous sommes reparties à L.A enregistrer dans un autre studio appelé "Islands 64". Je dirais que nous avons eu au moins un mois de studio. Mais ensuite il s’est passé deux choses : la pandémie et Emily qui a donné naissance à son bébé. En fait je pense que son bébé est né le jour où le confinement a commencé. C’était de loin le mois le plus intense et le plus effrayant.

Avec cette pandémie et son lot d’inconnues, on n’avait pas vraiment de plan. Le monde était à l’arrêt et aucun indice sur comment tout cela allait se finir, ça nous a éloignés. Je suis partie dans l’Utah, Emily ailleurs, Stella en Australie, Theresa à L.A, notre producteur à Londres. On a pris la décision de s’enregistrer à distance et pas mal de nos sessions se sont faites via zoom. On a bossé avec ce programme "Audiomovers", où tout le monde pouvait entendre ce que chacun faisait et où l’on pouvait partager nos écrans. On s’enregistrait de chez nous.

Les basses et les batteries étaient déjà préenregistrées donc ce qui s’est fait à distance ce sont les guitares, les voix, les backings vocaux, les harmonies et toutes les lignes de guitares supplémentaires.

La plupart des parties d’Emily ont été faites à distance.

Est-ce un processus qui a renforcé votre dynamique de groupe ou est-ce qu’il a complètement changé vos relations ?

Le fait d’être toujours sur les routes ensemble, à jouer les sons qu’on aime et qu’on connaît, à recevoir l’énergie du public, implique un mindset différent. Enregistrer est un processus plus cérébral, là où beaucoup des morceaux sont souvent écrits sur le moment. Enregistrer touche à plus de vulnérabilités et nous avons le devoir de nous faire confiance. C’est totalement différent lorsque nous sommes sur la route. Je dirai que la dynamique a un peu changé mais en mieux : nous sommes devenues un peu plus soft et nos sessions plus ludiques et inspirantes. Donc oui, je dirais que nos relations se sont adoucies. On s’est endurcie sur la route.

Vous aimez aborder dans vos albums l’amour sous toutes ses formes mais si tu devais pointer d’autres thématiques, quelles seraient-elles ?

Je dirai que ça parle de s’efforcer d’atteindre l’excellence, de faire de son mieux à chaque situation de la vie, de son mieux en amour, au travail, avec soi-même, avec sa famille, dans son art. A être la meilleure version de soi-même… Ça peut sembler cul cul (rires). Je pense que ça signifie : possédez votre propre vérité, possédez vos propres contradictions, vos particularités, votre authenticité.

Loading...

En janvier dernier vous faisiez votre come back avec "champion", le premier single. Pourquoi avoir choisi ce track ?

Je pense que c’est le morceau le plus positif de l’album en comparaison avec les autres morceaux. Le message dans "champion" est très simple et il me met de bonne humeur, le label trouvait aussi que c’était un good move de sortir ce titre en premier.

Musicalement parlant, quelles sont les différences entre cet album-ci et le précédent ?

Je pense que cet album sonne définitivement plus mature car nous avons pris du temps, les choses sont moins intentionnelles. Je dirai qu’il y a plus de morceaux classiques sur cet album, qu’il est plus classique dans l’ensemble.

Votre premier album est sorti il y a plus de 10 ans et vous vous connaissez depuis près de 20 ans maintenant… Quel regard portes-tu sur toutes ces années ?

Je pense que si je devais qualifier notre carrière, je dirai que c’est une carrière sauvage, une trajectoire sauvage. On a énormément voyagé, on était tout le temps sur la route, à travers différents états, différents pays, différents continents. C’était grandiose d’être sur la route sans cesse, les choses changeaient constamment autour de nous.

J’ai réalisé que j’aimais ce changement constant, les choses semblaient toujours nouvelles et fraîches, on regardait les choses avec une perspective totalement nouvelle quand on se retrouvait dans des villes différentes. Nous avons rencontré tant de gens, entendus tellement de musiques différentes, partagés l’affiche avec tellement de groupes qu’on aime. A certain moment, c’était carrément comme si nous rêves devenaient réalité. Avec du recul, je trouve les dix dernières années de ma vie totalement incroyables en comparaison à ma vie de maintenant. J’ai l’impression d’avoir vécu dans un rêve. Toutes ces expériences ont vraiment nourri nos âmes.

Warpaint, en concert à l’Ancienne Belgique, le 26 mai prochain.

Sur le même sujet

07 juin 2022 à 17:42
5 min
11 mai 2022 à 19:19
6 min

Articles recommandés pour vous