Vuelta - Cyclisme

Vuelta : Le spectre de la 'journée sans', le danger qui guette Evenepoel et les autres favoris

Cyclisme – Remco Evenepoel, maillot rouge sur la Vuelta 2022. Dans la conquête de ce Tour d’Espagne, la 'journée sans' pourrait être le principal danger.

© Belga

01 sept. 2022 à 10:00Temps de lecture4 min
Par Jérôme Helguers avec Cédric Hamiet

Après une première partie de Vuelta où il a dominé ses adversaires mais sans porter le poids et la pression d’une éventuelle victoire finale, cette fois, il ne s'en cache plus. Remco Evenepoel l’affirme, il veut essayer de remporter ce Tour d’Espagne.

Si son avance au classement général culmine à près de trois minutes, cette dernière partie de course s’annonce malgré tout semée d’embûches. On l’a vu avec l’abandon de Julian Alaphilippe sur chute, tout peut basculer en une fraction de seconde. Quels seront les principaux dangers pour le leader de la Quick Step-Alpha Vinyl ?

Avec les abandons du champion du monde et de Pieter Serry, Remco a perdu deux éléments. L’équipe est affaiblie, c’est vrai, mais elle n’est pas la seule. Comme Evenepoel, Primoz Roglic a lui aussi perdu deux coéquipiers. Avec une tactique plus défensive et plus dans la gestion, la formation belge doit pouvoir contrôler les intérêts de son leader.

Evenepoel : "Je pense la jouer plus défensivement désormais"

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Autre danger, bien plus problématique et incontrôlable : le COVID. L’équipe de Remco Evenepoel a déjà été doublement touchée (le directeur sportif Klaas Lodewyck à quelques heures du grand départ et Pieter Serry) et les abandons du début de semaine ont amené un stress bien compréhensible dans le peloton. D’où la sortie du maillot rouge mercredi : "sans mesures contre le Covid, la Vuelta pourrait se terminer dimanche". Mais face à cette donnée sanitaire, Remco n’a que peu d’emprise. Certes, il peut mettre un masque, garder un maximum de distance, etc. Mais il restera toujours un facteur incontrôlable.

La mauvaise journée est aléatoire, vous ne la sentez pas arriver

Troisième danger, et peut-être le plus important : la fameuse 'journée sans'. Tous les cyclistes professionnels ont déjà vécu ce scénario, quand soudain, les jambes vous lâchent et que vous êtes collé à la route. Nous avons évoqué le sujet avec quelques coureurs présents dans le peloton de cette Vuelta 2022. "J’ai connu ça déjà dans ce Tour d’Espagne, je peux donc en parler assez bien. On sent assez vite que ça ne va pas, dès le début de l’étape. Il faut alors immédiatement enclencher le mode survie", explique le Français Julien Bernard de chez Trek-Segafredo.

"Il n’y a pas spécialement d’alerte ou de signe avant-coureur. Certains jours, on ne se réveille pas super bien et pourtant on a des bonnes jambes. Et puis d’autres jours, on se lève avec de bonnes sensations et finalement, sur le vélo, ça ne va pas du tout ! C’est aléatoire et c’est ça le pire, car on ne le sent pas arriver. Quand la mauvaise journée nous tombe dessus, on n’est pas spécialement préparé pour ça. Pour un coureur lambda, qui ne joue pas le classement général, ce n’est pas trop un problème car les adversaires ne tiennent pas compte de nous. Mais si c’est un prétendant, on essaie de lui rendre la vie compliquée, donc pour ces gars-là il faut essayer d’être le plus discret possible et bluffer un peu".

Aucun coureur n’est à l’abri de cette mauvaise journée

"Dans une journée comme ça, parfois, ce n’est pas un manque de force mais plutôt un blocage. C’est comme s’il y avait un plafond que l’on ne peut pas dépasser et il devient impossible de donner le maximum", ajoute le Belge Cédric Beullens, coureur chez Lotto-Soudal.

Grimpeur, sprinteur, leader ou coéquipier, la mésaventure peut arriver à tout le monde. C’est l’avis du Français de la Groupama-FDJ Bruno Armirail. "Tout coureur a déjà connu ça. On se retrouve dans une difficulté avec les sprinteurs et on se dit : qu’est-ce que je fais là ? !'. Plus une course à étapes est longue, forcément, plus vos chances de connaître une journée sans sont grandes. Tout coureur souhaite que ce soit dans une journée 'facile', sans trop de difficultés. La fringale est aussi piégeuse. On l’a vu avec Tadej Pogacar sur le col du Granon au Tour de France. Il se sentait bien et puis, sur la dernière difficulté, plus de jambes. Comme quoi ça arrive aussi aux meilleurs coureurs du monde, tout cycliste a des hauts et des bas, ça se joue alors dans la tête. Pour tenir, il faut alors se remémorer tous les sacrifices que l’on a faits pour en arriver là".

À le voir pédaler, Remco Evenepoel est en très bonne condition

Cette sensation, Remco la connaît. Cette saison, il est passé au travers à deux reprises. D’abord en mars, dans le froid, sur les routes de Tirreno-Adriatico où il avait perdu quatre minutes sur Tadej Pogacar. Mais aussi plus récemment, en juin, dans la chaleur du Tour de Suisse. Depuis, le coureur a travaillé ces aspects-là durant sa préparation au Tour d’Espagne mais on ne sait toujours pas comment son corps va pouvoir encaisser un effort sur trois semaines.

"Pour avoir fait plusieurs grands tours, je peux vous dire que la troisième semaine est quand même très compliquée", reconnaît Bruno Armirail. "La fatigue s’accumule et les moindres efforts effectués dans les deux premières semaines se paient à ce moment-là. J’espère pour lui qu’il n’aura pas dépensé trop d’énergie inutile. Mais je sais qu’il est très très fort. À Liège-Bastogne-Liège, j’étais en tête de course et il m’avait doublé dans la Roche aux Faucons, je ne pouvais rien faire, impossible de le suivre".

"C’est vrai qu’il n’a jamais passé le cap des trois semaines. Mais à le voir pédaler, je crois qu’il est quand même en très bonne condition. Je ne suis pas dans sa tête et dans ses jambes mais je vois que ça tourne bien. Pour les Belges, on peut espérer qu’il aille au bout. C’est la course qui décidera, mais il est, pour l’instant, dans de bonnes conditions", ajoute Clément Russo de chez Arkéa-Samsic.

On connait nos Classiques

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Evenepoel perd beaucoup de temps mais reste en rouge, Carapaz de nouveau vainqueur

Vuelta - Cyclisme

Gérard Bulens après la 13e étape : "C’est difficilement compréhensible que certains, en fonction de tests positifs, doivent rentrer à la maison et d’autres peuvent rester"

Vuelta - Cyclisme

Articles recommandés pour vous