Vuelta - Cyclisme

Vuelta de Remco Evenepoel : Focus sur De Muynck, Maertens et Van Impe, les derniers Belges vainqueurs d’un grand tour

Cyclisme : Avant Remco Evenepoel, les trois derniers coureurs belges qui ont remporté un grand tour. De gauche à droite, Lucien Van Impe (Tour de France 1976), Freddy Maertens (Vuelta 1977) et Johan De Muynck (Giro 1978).

© Belga

12 sept. 2022 à 13:00Temps de lecture5 min
Par Jérôme Helguers avec Emmanuel Debiève et Rodrigo Beenkens

En remportant la Vuelta 2022, Remco Evenepoel met fin à une disette, un sevrage, de 44 ans pour le cyclisme belge ! Et oui, plus de quarante ans se sont écoulés entre la victoire de Johan De Muynck sur le Giro 1978 et celle de Remco sur le Tour d’Espagne 2022. Entre les deux, des podiums, des victoires d’étapes, des maillots distinctifs, mais aucune victoire finale dans un grand tour.

La surprise Johan De Muynck en Italie, le sprinteur Freddy Maertens en Espagne et le grimpeur Lucien Van Impe en France, on vous propose de faire un bond en arrière pour découvrir ou redécouvrir qui sont les désormais 'ex-derniers' vainqueurs belges d’un grand tour.

Cyclisme - Archives : Les derniers vainqueurs belges d'un grand tour

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1978 : Johan De Muynck sur le Giro

Ce n’est pas le patronyme le plus ronflant de la grande histoire du cyclisme belge. Et pourtant, avant le succès de Remco Evenepoel dans la Vuelta 2022, Johan De Muynck est resté pendant 44 ans le dernier coureur belge vainqueur d’un grand tour ! "On ne se souvient pas de moi ? C’est normal. J’ai peut-être roulé dans la pire période finalement… Il y avait tellement de bons coureurs belges : Merckx, De Vlaeminck, Godefroot, Sercu… Trop de bons coureurs !", expliquait De Muynck, en 2018, à l’occasion du quarantième anniversaire de sa victoire sur le Giro.

Comment a-t-il réussi à décrocher ce maillot rose à Milan ? "Facile ! Dès la troisième étape, je prends le maillot rose. Et puis je le garde jusqu’à la fin", explique Johan De Muynck tout sourire. Le Gantois est en effet parti seul sur cette 3ème étape, il a profité d’une petite montée pour sortir tout le monde de sa roue et arriver seul. Les adversaires ne sont pas inquiets, ils pensent pouvoir facilement reprendre le maillot rose plus tard dans la course. Mais ils se trompaient puisque Johan De Muynck va s’y accrocher et le conserver jusqu’au dernier jour.

Au départ, le Belge devait être le lieutenant de Felice Gimondi, dans l’équipe italienne Bianchi-Faema. Mais quand Gimondi a senti qu’il n’était pas bien, il a donné sa bénédiction et a dit à Johan : "maintenant, on va rouler pour toi".

 

Le patron de l’équipe m’a pris mon maillot rose, mon trophée et les fleurs !

Ce Tour d’Italie reste la plus belle ligne de son palmarès, la plus grande victoire de sa carrière. Un succès qui lui a même apporté un surnom : 'La Panthère Rose', en référence à Frans de Munck, gardien de foot néerlandais des années 50 et 60 appelé 'De Zwarte Panter'. Malheureusement, Johan De Muynck n’a pas pu conserver beaucoup de souvenirs de son épopée. La faute à son patron d’équipe de l’époque qui a pris son maillot rose pour le mettre dans l’usine Bianchi. Idem pour les fleurs et le trophée. Patron qui n’a pas voulu organiser de fête après la victoire car, selon lui, c’était "normal, les coureurs sont payés pour ça !".

Quand nous l’avions rencontré, en 2018, pour les 40 ans de sa victoire, Johan De Muynck n’était pas très confiant quant à l’idée d’avoir un successeur au palmarès d’un grand tour. "On manque de talent je pense. Parce qu’on travaille bien. Il y a une bonne formation chez nous avec de bonnes équipes pour les jeunes. Les Belges vont peut-être vers les classiques pavées pour une question de "facilité". Ce sont des courses d’un jour qui demandent peut-être moins de préparation qu’un grand tour et ses 21 étapes. Je pense qu’il faudra encore attendre au moins dix ans avant de voir un Belge gagner un grand tour", déclarait-il à l’époque. Mais depuis, Remco Evenepoel est passé par là et De Muynck n’est pas le dernier à s’en réjouir.

1977 : Freddy Maertens sur la Vuelta

Avant R.EV, le dernier vainqueur de la Vuelta était un… sprinteur ! En mai 1977 (la Vuelta se disputait alors plus tôt dans la saison), Freddy Maertens gagne le Tour d’Espagne après un tour de force assez impressionnant. Le tracé de cette 32ème édition propose peu de montagne et énormément d’arrivées massives. Du tip-top pour les qualités de Freddy et il en profite ! Maertens remporte 13 des 20 étapes et affiche un incroyable taux de réussite de 65%.

À cette époque, la Vuelta n’est pas très populaire. Mal placé dans le calendrier, ce premier grand tour de la saison est délaissé par les ténors qui lui préfèrent le Giro et le Tour de France. Mais Freddy Maertens est au départ et avec le maillot arc-en-ciel de champion du monde sur les épaules et on le présente comme le successeur d’Eddy Merckx.

Dès le prologue, il s’empare du maillot orange de leader et ne le lâchera plus. Freddy Maertens enchaîne les victoires d’étapes, accumule les bonifications et ne laisse que quelques miettes à ses adversaires. Il s’accroche dans les cols et parvient à rester le patron de ce Tour d’Espagne.

Sur la 10ème étape, à Barcelone, grosse surprise ! Après cinq victoires d’étapes consécutives, Maertens est battu au sprint, sur son terrain par le Néerlandais Cees Priem. Mais aucune incidence sur le classement général et le moral du coureur belge qui reprend rapidement sa collection de victoires d’étapes. À la moitié de la course, il a déjà gagné dix fois en 12 jours !

L’étape reine se dispute entre Barcelone et Igualada, cinq cols sont au menu. Les Espagnols lancent des offensives et le leader est en difficulté. Freddy Maertens concède près de deux minutes, mais bien aidé par son équipier Michel Pollentier, il conserve la première place.

Dans la dernière étape, Maertens décroche son 13ème bouquet et le classement final. Autre époque, autre cyclisme, au surlendemain de sa victoire, Freddy enchaînait avec le Giro, où il allait remporter sept des neuf premières étapes. La suite sera plus malheureuse avec un abandon sur chute.

1976 : Lucien Van Impe sur le Tour de France

Pour terminer ce coup d’œil dans le rétro, honneur à Lucien Van Impe qui reste à ce jour le dernier vainqueur belge du Tour de France, c’était en 1976.

Le Grand Départ de cette édition est donné en Vendée et Eddy Merckx brille par son absence, une blessure sur le Giro l’empêche de s’aligner. Du coup, le grand favori est le tenant du titre, le Français Bernard Thévenet. De son côté, Lucien Van Impe avait terminé l’édition précédente à la 3ème place et avec le maillot du meilleur grimpeur.

Après une première partie de course favorable à Freddy Maertens (quatre victoires d’étapes et dix jours en jaune), Van Impe va frapper une première fois sur les pentes de l’Alpe d’Huez. Dans cette première arrivée en altitude, Joop Zoetemelk prend l’étape mais Lucien est avec et le duo crée des écarts sur les autres prétendants. À la sortie des Alpes, le 'Ouistiti des cimes' est en jaune avec 7 secondes d’avance sur Zoetemelk et plus d’1'30'' sur Raymond Poulidor.

Après une journée de repos, le peloton passe directement des Alpes aux Pyrénées. Dans un premier temps, le Français Raymond Delisle lui dérobe sa tunique jaune. Van Impe se retrouve à plus de deux minutes et ne croit plus vraiment à la victoire. Mais son directeur sportif Cyril Guimard le secoue. Dans la 14ème étape arrivant au Pla d’Adet, à Saint-Lary-Soulan, Guimard veut que Van Impe attaque. Le Belge refuse dans un premier temps. Guimard se porte alors à sa hauteur et lui dit : "Tu veux le gagner ou pas ce Tour ?". Lucien passe finalement à l’offensive et fait des dégâts. Son dernier rival Joop Zoetemelk est à plus de trois minutes, Guimard avait raison. Van Impe gagne sa seule étape sur ce Tour 1976, mais il a fait la différence. À Paris, il devance Zoetemelk et Poulidor et il reste, à ce jour, le dernier coureur belge vainqueur d’un Tour de France.

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