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Voyage au Pays de Charleroi avec le compositeur Adolphe Biarent

Au début du XXe siècle, la ville de Charleroi accueille en ses murs certains des plus grands artistes belges, de renommée internationale. La raison tient en un homme : Adolphe Biarent.

Adolphe Biarent est carolo de naissance et cœur, né à Frasnes-lez-Gosselies en 1871, il fera ses classes avec les grands les pédagogues que connaissent notre pays en étudiant aux conservatoires de Bruxelles et de Gand. Immanquablement talentueux, à l’âge de 20 ans, il obtient le Saint-Graal de la reconnaissance musicale, le Prix de Rome de composition. Si ce prix lui permet de voyager, Biarent semble ne se tourner vers l’extérieur qu’à travers la musique et notamment ses contes d’Orient qui traverse plusieurs contrées du Maghreb au Japon. Mais les racines de Biarent sont profondément ancrées dans le sol de sa région natale. Aussi naturellement, rentre-t-il au pays.

Dès lors, sa volonté, son aura et son énergie seront au service de la musique du Pays Noir. Il devient professeur à l’Académie de Charleroi — le futur conservatoire — qu’il dirigera plus tard. Mais surtout il insuffle aux concerts de l’Académie une volonté incroyable qui ne la fera reculer devant rien. C’est ainsi qu’en 1910, le violoniste Eugène Ysaÿe se présente sur les planches carolorégiennes dans l’interprétation du concerto en sol de Max Bruch et dans la création du Sonnet de Biarent. Pour l’occasion, Biarent réserve aussi au public la première audition de sa suite d’orchestre les Contes d’orient. C’est un événement majeur qui attire tous les mélomanes de la région, d’autant plus que les places aux tribunes sont gratuites. La salle est comble, certaines personnes, arrivées trop tard sans doute, sont refusées. Le succès est complet pour le violoniste comme pour le compositeur. Paul Gérard dans la Gazette de Charleroi, conclut son article de la sorte :

Flaubert en littérature était martyr du verbe ! Barient est le chercheur des timbres et des sonorités adéquats ! C’est un brillant coloriste, aussi prendra-t-il très vite une haute place, dans la littérature musicale moderne.

L’année suivante, en 1911, Biarent réitère l’exploit en invitant cette fois le pianiste louvaniste Arthur de Greef, ami d’Edvard Grieg. Cette fois il consacre le concert à ses œuvres, avec des mélodies pour voix et orchestre, la marche triomphale dédiée à la ville de Charleroi et la création de sa Rapsodie Wallonne pour piano et orchestre qui a tous les dehors d’un concerto. La rapsodie, comme nombre de celles du siècle passé, est basée sur des mélodies populaire ou folklorique et ici, plus particulièrement wallonne. La Quinzaine au Mambourg, chanson carolorégienne y est d’ailleurs exposée. Dans les faits, ce point est commun aux œuvres présentés ce soir-là.

Paul Gérard écrit alors : "N’est-ce pas la glorification du sol natal, n’est-ce pas élever les chants locaux de notre Wallonie et leur caractère intime à une expression générale et humaine ? […]" Une réserve tout de même, le caractère sombre de certaines pièces qui lui rappellent parfois la peinture de Constantin Meunier. À ces commentaires un lecteur anonyme répond : "Le Pays de Charleroi ne prête-t-il pas aux souffrances ? […] Et si votre correspondant désire que les œuvres de M. Biarent restent et appartient au terroir ne doivent-elles pas être lugubres ? […] Je souhaite de tout cœur que [son] vœu se réalise et que nous gardons jalousement notre Prix de Rome ; toutefois, souhaitons pour cette réalisation, espérons […] un peu moins de "lugubres"".

Sur ce dernier point, notre lecteur se verra déçu, les dernières œuvres de Biarent étant certainement plus sombres en comparaison, mais sur le premier, il ne pouvait être plus proche de la réalité. En 1915, c’est à Charleroi que Barient décède et c’est à Charleroi que son nom restera, s’étiolant dans les mémoires… du moins jusqu’aux lueurs du XXIe siècle…

 

Pour aller plus loin :

Stockhem, Michel. Notes musicologiques pour "Adolphe Biarent : Contes d’Orient", Diane Andersen, Orchestre Philharmonique de Liège & Pierre Bartholomée. CD. Cyprès / Musique en Wallonie (CYP360I). 1998.

Stockhem, Michel. Notes musicologiques pour "Adolphe Biarent : Quintette avec piano / Sonate pour piano et violoncelle", Mark Dobrinsky, Diane Andersen & Quatuor Danel. CD. Cyprès (CYP4611). 2002.

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