RTBFPasser au contenu

Regions

Visé va honorer Joseph Zilliox, un héros de la première guerre mondiale

Un portrait de Joseph Zilliox et la plaque apposée au port de plaisance de Visé, sur le quai du Halage
30 nov. 2016 à 18:16 - mise à jour 30 nov. 2016 à 18:166 min
Par Martial Giot

Un héros de la première guerre mondiale, quelque peu oublié par l’Histoire, sera mis à l’honneur ce dimanche après-midi à Visé, plus précisément dans le quartier de Devant-le-Pont, lieu de départ de son principal exploit, le détournement, il y a cent ans, dans la nuit du 4 au 5 décembre 1916, d’un remorqueur allemand, l’Anna, pour faire passer clandestinement 42 personnes, via la Meuse, vers les Pays-Bas. La neutralité de ce pays en faisait alors une terre promise pour les candidats volontaires cherchant à rejoindre l’armée belge par l’arrière (en transitant par les Pays-Bas, l’Angleterre et la France), pour les soldats de diverses nationalités restés derrière les lignes ou évadés ou encore, par exemple, pour les citoyens en délicatesse avec l’occupant allemand. Ce héros s’appelait Joseph Zilliox. Il était Alsacien. Même si son nom ne vous dit rien, son coup d’éclat vous en rappelle peut-être un autre intervenu un mois plus tard : celui de l’Atlas V, un autre remorqueur qui, au départ de Liège cette fois, permettra le passage aux Pays-Bas de 107 personnes, dont son capitaine, le Herstalien Jules Hentjens. Les deux événements sont en fait étroitement liés. Joseph Zilliox et Jules Hentjens se connaissaient et ils ont échafaudés leurs plans ensemble.

C’est le comité La Jeunesse du quartier de Devant-le-Pont qui, à l’occasion du centième anniversaire du détournement de l’Anna, a œuvré pour que Joseph Zilliox soit mis à l’honneur, pour que son nom ressorte des oubliettes de l’Histoire. Son nom, Visé l’a donné il y a quelques semaines à son port de plaisances. Et ce dimanche, il sera donc au centre d’une commémoration patriotique.

Un Alsacien incorporé d’office dans l’armée allemande

" Joseph Zilliox était un Alsacien. Il venait d’Offendorf, un petit village de bateliers en bord du Rhin ", explique Marc Poelmans du comité La Jeunesse du quartier de Devant-le-Pont, " Il était issu d’une famille de bateliers et était lui-même batelier. En 1914, il s’est retrouvé enrôlé d’office dans l’armée allemande. Il était marié, il habitait Paris, mais, par un malheureux concours de circonstance, au mois d’août 1914, il est chez ses parents à Offendorf et il est d’office intégré à l’armée allemande. A partir de là, il va tout faire pour sortir de cette armée qu’il déteste. Il est français de cœur. Il va se retrouver sur le front à hauteur de Verdun. Il ne va pas hésiter lors d’une attaque à se tirer une balle dans le pied. Malheureusement, une fois guéri, il est envoyé ailleurs sur le front. Au hasard des affectations, il va finir par se retrouver comme responsable du port à Renory, à Liège. En fait, il est responsable des péniches qui amènent du gravier depuis la Hollande et depuis la frontière pour les différentes constructions des Allemands, entre autres le viaduc qu’on appelle ici à Visé le " Pont des Allemands " et qui a aussi cent ans cette année. Il va tout faire pour saboter l’armée allemande, toujours sous couvert d’accident. Il va notamment précipiter un remorqueur allemand contre une pile d’un des ponts de Liège en faisant mine d’éviter un autre bateau qui avait perdu le contrôle. Cela va bloquer le remorqueur pendant des semaines. Il va faire en sorte de retarder au maximum l’utilisation des péniches et des remorqueurs sur la Meuse. "

Partir aux Pays-Bas

Mais Joseph Zilliox caresse un rêve. " Il a un objectif, c’est partir. Il va échafauder un plan consistant à amener un remorqueur à Visé. Et avec ce remorqueur franchir le barrage électrifié allemand qui se trouve à Lixhe et qui traverse la Meuse. Et arriver ainsi en Hollande. " Et il compte emmener avec lui d’autres candidats à l’exil. Son plan, Joseph Zilliox l’échafaude notamment avec un homme qu’il a connu avant la guerre et qu’il vient de retrouver à Liège : Jules Hentjens, un habitant de Herstal, capitaine du remorqueur l’Atlas V. Pour leur projet, ils choisissent un remorqueur allemand baptisé Anna. A la demande de Joseph Zilliox, le 3 décembre 1916, l’équipage conduit le bateau à Visé mais " les matelots du remorqueur Anna ont malheureusement mis le remorqueur du mauvais côté de l’écluse. ", explique Marc Poelmans, " Donc le 4, Joseph Zilliox le fait changer de côté, de façon à être positionné au quai du Halage face à l’écluse qui permet d’aller vers la Hollande. Il va soûler les matelots dans un café de Devant-le-Pont, au bout de la rue des Ecoles, le café Leben-Massin. Pendant ce temps-là, au café Cardols, 42 passagers vont se réunir pour y passer la nuit. Ces passagers étaient à la fois des civils, à la fois des gens qui voulaient rejoindre l’armée belge, beaucoup de résistants. Ils cherchaient soit à rejoindre des réseaux, soit à aller se mettre simplement en sécurité. Le remorqueur ne pouvait pas partir avant 6 heures du matin. La navigation était interdite avant cette heure-là. Donc ils ont attendu toute la nuit… En passant par les prés, les petits chemins, ils ont rejoint le remorqueur Anna au quai du Halage. "

Mais au moment de l’embarquement, des membres de l’équipage se réveillent. Joseph Zilliox et ses complices devront les menacer de leurs armes pour les obliger à mettre le remorqueur en route. " Ils vont ensuite ouvrir l’écluse. ", poursuit Marc Poelmans, " Ils sont partis à toute vapeur vers la Hollande, mais le tirant d’eau du bateau est un petit peu trop élevé par rapport au niveau de la Meuse, qui était très basse à ce moment-là, et ils vont s’échouer dans le lit de la Meuse, dans le sable, à une cinquantaine de mètres de la frontière. Ils vont continuer en barque jusque celle-ci et puis tous les passagers vont traverser Eijsden (le premier village néerlandais après la frontière) en réveillant tout le monde en chantant la Brabançonne. Le voyage n’a pas duré longtemps, en tout et pour tout 17 minutes, relativement tranquilles puisque les Allemands n’ont pas tiré sur le bateau. Je pense qu’ils ont cru que le bateau était en détresse, donc on l’a laissé plus ou moins aller en se demandant ce qui se passait. Les Allemands ne s’attendaient évidemment pas à ce que quelqu’un essaye de franchir le barrage électrifié. Il y avait un câble électrique et un câble de deux centimètres et demi au ras de l’eau qui permettait de ralentir les bateaux ou normalement de les arrêter. Il est certain qu’après l’Anna le câble a été renforcé et que ce fut un peu plus dur pour l’Atlas V, mais l’Atlas V avait un gabarit un petit peu plus élevé, donc il est passé quand même… "

Joseph Zilliox poursuit le combat

Pour Joseph Zilliox, le séjour aux Pays-Bas ne sera que temporaire. Il revient en région liégeoise pour poursuivre le combat. " Joseph Zilliox estime qu’il n’a pas fini ", poursuit Marc Poelmans, " Il aurait très bien pu rester tranquille là-bas. Mais non. Notamment avec la complicité de Jules Hentjens, il va rentrer dans un réseau de résistance. Il finira par arriver à Angleur dans une maison qui lui permet d’espionner les convois ferroviaires. Il transmet ces renseignements aux services alliés. Malheureusement, cela ne va pas durer. Un jour, les Allemands débarquent, l’arrêtent et le malmènent. Il sera enfermé à la prison Saint-Léonard. Il sera jugé pour haute trahison, pour trahison et désertion. Il sera fusillé en juillet 1917 à la caserne de la Chartreuse. En 1920, on va transférer les corps qui se trouvaient à la Chartreuse. Celui de Joseph Zilliox sera amené avec tous les honneurs dans son village d’Offendorf. Il sera décoré de la Légion d’honneur à titre posthume. La Belgique va également le décorer de l’Ordre de Léopold avec liseré or sur le ruban, ce qui indique un acte de courage exceptionnel, et il recevra également les Croix de guerre belge et française. "

Oubli et souvenirs

Marc Poelmans constate : " On a commémoré l’acte de Jules Hentjens, en oubliant tout à fait celui de Joseph Zilliox. Le nom de l’Atlas V a été donné à un pont de Liège. Il y a un monument sur ce pont. Une commémoration y est organisée chaque année. Un monument était prévu à Liège pour commémorer les deux remorqueurs, mais il n’a jamais été fait. Donc aujourd’hui, nous essayons de corriger cet oubli historique en donnant au port de plaisance de Visé le nom de Port Joseph Zilliox. "

Et chez lui, en Alsace, le souvenir de Joseph Zilliox s’est-il maintenu ? " Oui. ", répond Marc Poelmans, " Il y a une rue de son village qui porte son nom. Sur sa maison natale, une plaque a été apposée. En 2004, on y a d’ailleurs commémoré Joseph Zilliox. Ce 4 décembre, pour la commémoration organisée à Visé, des habitants d’Offendorf viendront, dont des membres de la famille de Joseph Zilliox. "

Les histoires de l’Anna et de l’Atlas V ont notamment inspiré le cinéma. " Il y a eu deux films qui ont été réalisés, un en 1920 et un en 1937 qui s’intitulait " Passeurs d’hommes ". Celui de 1920, nous le recherchons, " nous " puisque je travaille en collaboration avec le Musée de Herstal. Ce film est introuvable. Le film de 1937, lui, existe en DVD et nous allons en montrer au moins des extraits durant la cérémonie de dimanche ".

Précisons encore que toujours dans le cadre du centenaire des exploits de l’Anna et de l’Atlas V, la localité néerlandaise d’Eijsden commémorera l’arrivée de l’Atlas V. Une cérémonie est aussi prévue à Liège et une exposition se tiendra du 14 janvier au 19 février au Musée de Herstal, la commune de Jules Hentjens, le capitaine de l’Atlas V.            

                 

Articles recommandés pour vous