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Violences, météo glaciale, manque d'eau: Human Right Watch dénonce de graves violations des droits humains par la Pologne et la Biélorussie

24 nov. 2021 à 05:35Temps de lecture2 min
Par Belga

Les tensions à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne entraînent de graves violations des droits humains à l'égard des migrants et des demandeurs d'asile par les deux gouvernements, pointe Human Rights Watch dans un rapport publié mercredi.

Le rapport de 26 pages, intitulé "'Die Here or Go to Poland': Belarus' and Poland's Shared Responsibility for Border Abuses" ("Mourir ici ou aller en Pologne: responsabilité partagée du Bélarus et de la Pologne pour les abus à la frontière", ndlr), documente de graves abus des deux côtés. Il est basé sur des entretiens approfondis, menés sur place en octobre 2021, avec 19 personnes (hommes seuls, femmes seules ou familles avec enfants).

Souffrances aiguës

Parmi les faits dénoncés, des migrants disent notamment avoir été repoussés, parfois violemment, par les gardes-frontières polonais vers la Biélorussie malgré des demandes d'asile. Des familles disent aussi avoir été séparées. Du côté biélorusse, les récits de violence, de traitements inhumains et dégradants et de coercition par les gardes biélorusses sont également dénoncés.

"Alors que le Bélarus a fabriqué cette situation sans tenir compte des conséquences humaines, la Pologne partage la responsabilité des souffrances aiguës qui surviennent dans la zone frontalière", souligne Lydia Gall, chargée de recherche pour l'Europe et l'Asie centrale au sein de Human Rights Watch.


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Le régime d'Alexandre Loukachenko, qui dirige d'une main de fer le Bélarus depuis 1994, est accusé d'avoir attiré depuis l'été plusieurs milliers de migrants dans son pays avant de les acheminer aux frontières orientales de l'Union européenne, dans le but de se venger de sanctions occidentales.

Ces dernières semaines, la Pologne a ainsi fait face, à sa frontière avec le Biélorussie, à un important afflux de personnes originaires principalement de pays du Proche-Orient.

Alors que la Biélorussie leur avait promis un passage facile en Europe, les candidats à l'exil se sont retrouvés bloqués à la frontière dans des conditions difficiles.

Obligations en matière de droits humains

"Des hommes, des femmes et des enfants ont été transbahutés à la frontière, par temps glacial pendant des jours ou des semaines, ayant désespérément besoin d'une aide humanitaire bloquée des deux côtés", indique Lydia Gall.

Les personnes avec lesquelles l'organisation Human Rights Watch s'est entretenue ont livré des témoignages poignants, faisant état de traversées de forêts, de marais et marécages et de rivières par des températures glaciales, sans nourriture ni eau. Certains ont expliqué avoir dû boire de l'eau des marais ou recueillir l'eau de pluie dans les feuilles pour boire. Au moins 13 personnes sont décédées en raison des conditions inhumaines, dont un petit Syrien d'un an.

Les autorités biélorusses et polonaises ont l'obligation de prévenir d'autres décès en garantissant un accès humanitaire régulier aux personnes bloquées dans la zone frontalière, estime Human Rights Watch. Les deux pays devraient également cesser immédiatement les refoulements et autoriser des observateurs indépendants, y compris des journalistes et des défenseurs des droits humains, à accéder aux zones frontalières actuellement restreintes.

"La Biélorussie a peut-être orchestré la crise, mais cela n'absout pas la Pologne et les institutions européennes de leurs obligations en matière de droits humains", rappelle par ailleurs Human Rights Watch.

 

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