Violences conjugales : "Une hausse assez considérable des demandes d'intervention"

Image illustrant une situation de violence intrafamiliale
05 août 2021 à 05:30 - mise à jour 05 août 2021 à 06:26Temps de lecture3 min
Par A. Lechien

Le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne avait annoncé en novembre 2020 que la violence faite aux femmes serait une priorité. Pour savoir quelle était la situation sur le terrain, nous avons interrogé Josiane Corruzzi, directrice de l’ASBL Solidarité Femmes, à La Louvière. Son association constate "actuellement une hausse assez considérable des demandes d’intervention" en matière de violence faites aux femmes. "Les appels à la ligne téléphonique Ecoute violence conjugale 0800/30.300 ont augmenté de manière énorme et beaucoup de maisons qui hébergent des femmes victimes de violences sont complètes. Il y a aussi beaucoup de demandes de suivi psychothérapeutique en ambulatoire".

Géométrie variable

En ce qui concerne la façon dont les plaignantes sont reçues lorsqu’elles veulent signaler des faits dont elles sont victimes, "dans tous les commissariats ou tous les parquets, il y a une personne chargée de coordonner la politique criminelle en matière de violence conjugale et intrafamiliale, comme le prévoit une circulaire de 2006. Mais la mise en application de cette politique criminelle est vraiment à géométrie variable : cela va dépendre si les gens sont sensibilisés ou pas à la question. Il y a des commissariats où cela se passe bien, mais parfois on est mal reçu. Il y a parquets où cela se passe bien, certains magistrats vont poursuivre ou d’autres qui ne traitent pas les problèmes de manière sérieuse. Cela va dépendre des endroits ou du moment où l’on dépose plainte, et de la personne qui va traiter le dossier. Nous voudrions que cela s’harmonise. Concernant la formation des agents, il faudrait déjà que toutes les académies de police forment correctement tous les policiers qui vont entrer en fonction, actuellement ce n’est pas une obligation, alors que ça l’est devenu pour les magistrats. En septembre 2021, tous les magistrats qui entrent en fonction doivent être formés aux violences sexuelles faites aux femmes et aux violences intrafamiliales".


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Partenariat

Josiane Corruzzi estime très important que tous les services qui travaillent autour de la question des violences conjugales travaillent en partenariat, cela concerne "les secteurs sociaux, la santé et la justice. Ce sont des situations complexes et difficiles qui touchent toute la famille. Et la question de la dangerosité doit être à la base de ce partenariat parce que les violences exercées au sein du couple peuvent amener quelqu’un à tuer quelqu’un d’autre. Souvent c’est quand les victimes cherchent à échapper à leur bourreau qu’elles se font assassiner, surtout quand elle cherche à échapper à la personne violente. Le partenariat est indispensable pour s’échanger des informations et trouver des moyens pour agir ensemble afin de protéger les victimes". De tels partenariats sont en train d’être créés à Namur, Liège et La Louvière. En Flandre il existe des "Familiy Justice Centers".

Evaluation du risque

Une circulaire récente du Collège des procureurs généraux propose une grille d’analyse de la dangerosité d’une situation : "Nous la trouvons assez pertinente. Cela permettra de mettre en alerte, mais cela ne sera utile que si l’on travaille dans un partenariat social-justice-police. Si une maison d’accueil héberge une dame qui est en danger, elle a besoin de la protection de la police, de la justice. Souvent dans les dossiers classés sans suite il y a une minimisation de la situation. Or la violence conjugale est une violence récurrente qui prend racine dans la domination et le pouvoir sur l’autre, et qui est multiforme. C’est une nécessité fondamentale de travailler en partenariat. Il s’agit de situations de violences graves à haut niveau de risque, parce que c’est cela qui amène aux meurtres et aux assassinats. C’est important d’institutionnaliser des pratiques et de les généraliser pour que tout le monde agisse partout de la même façon".

►►► Le numéro gratuit pour les victimes de violences conjugales est le 0800 30.030.

Violences conjugales: JT 19/01/2021

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