Basket NBA

Vince Carter : un joueur, quatre décennies

Une légende, quatre génération

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13 mars 2020 à 06:00Temps de lecture4 min
Par Matthieu Maesschalck

Avec la suspension jusqu’à nouvel ordre de la saison NBA, Vince Carter a probablement joué le dernier match de sa longue carrière. Unique basketteur a évolué lors de quatre décennies différentes, la NBA perd là sa plus belle icône de l’ère post-Jordan.

Toronto découvre la Vinsanity

Si c’est bien le dernier match de Vince Carter, cette fin prématurée est un beau clin d’œil à son début de carrière. Également effectué lors d’une saison raccourcie, Carter joue son premier match officiel le 5 février 1999 à cause du plus long lock-out de l’histoire de la NBA.

Dans le même temps, Michael Jordan annonce sa seconde retraite. C’est la panique dans le monde du basket-ball américain. L’impression est telle que la NBA se demande quel joueur possède le charisme pour devenir le nouveau visage de la ligue. À l’époque, personne ne se doute que la réponse viendrait de Toronto.

Du haut de son mètre 98, les fans découvrent un ailier redoutable capable des dunks les plus spectaculaires. Après une première année de haute volée, Vince Carter est logiquement élu rookie de l’année devant des joueurs comme Paul Pierce ou Jason Williams. Au final, Carter n’a eu besoin que de 50 matchs pour placer Toronto sur la carte de la NBA.

La deuxième année, Vince Carter devient une horreur pour les défenses. Capable de laisser son défenseur sur place dès son premier pas, ses appuis sont dévastateurs. Dès que l’ailier décolle dans les airs, il est déjà trop tard pour la défense. Dans son vestiaire, il tient une liste des meilleurs contreurs NBA avec pour objectif de dunker sur leur tête.

Carter emmène les Raptors aux premiers play-offs de leur histoire. D’ailleurs, durant la saison, il découvre que Tracy McGrady n’est autre que son cousin éloigné. Chose qu’il ignorait alors qu’ils évoluaient ensemble dans la même équipe depuis deux ans. À Oakland, lors du All-Star Weekend, il va marquer les esprits. Son concours de dunk s’inscrit dans la légende. Grâce, maîtrise, envergure et facilité, ce 12 février 2000, Vince Carter était tout simplement magique.

La Vinsanity peut alors commencer. Jeune équipe de basket, les Toronto Raptors sont créés la même année que les Vancouver Grizzlies en 1995. Les deux premières formations canadiennes depuis les années 40. La ville de Toronto profite pleinement du "Carter Effect". Les fans remplissent le stade pour voir les dunks de Vince Carter. Ce dernier investit beaucoup d’argent dans la ville et ouvre sa propre boite de nuit qui accueille les plus grosses stars internationales. Toronto devient la ville "à la mode".

Durant les play-offs 2001, Carter (30,4 pts) croise le fer avec une autre icône de l’ère post-Jordan, Allen Iverson (33,7 pts). Sixers et Raptors s’affrontent dans une série d’anthologie qui se terminera par l’élimination de Toronto aux portes de la finale de conférence. Cette série marquera le début de la fin pour Carter qui enchaînera les blessures les deux saisons suivantes. Plus dans son basket, l’ailier est finalement transféré, aux Nets dans le New Jersey, en quête d’un deuxième souffle dans sa carrière.

Lorsque V.C. quitte Toronto, il est le meilleur marqueur de l’histoire de la franchise (9420 pts) avec la meilleure moyenne de points par match (23,4 pts).

Vieillir pour mieux grandir

À New Jersey, Vince Carter forme un trio intimidant avec Jason Kidd et Richard Jefferson. Jamais en dessous des vingt points de moyenne, Vince Carter renaît. Malheureusement, il n’atteindra jamais les finales de conférence avec ce groupe-là non plus. Mais encore une fois, il laisse une trace indélébile dans l’histoire de la franchise.

Décrit comme "Half Man Half Amazing" par ses pairs, Carter sera l’unique joueur des Nets à inscrire plus de 2000 points en une seule saison. Il deviendra le troisième meilleur marqueur de cette franchise avec un total de 8834 points en quatre ans. À la fin de son contrat, Carter réalisera un rêve de gosse : jouer dans sa Floride natale.

Orlando Magic, un rêve de gosse pour Vinsanity

La signature de Vinsanity à Orlando est accompagnée d’énormes attentes. Finaliste malheureux face aux Lakers de Kobe Bryant, V.C. doit apporter cette vingtaine de points par match qui permettra au Magic de ne pas uniquement se reposer sur Dwight Howard en attaque. Mais le corps ne suit plus… Mis à part une performance à 48 pts, Carter n’est plus que l’ombre de lui-même. Le Magic atteint tout de même les finales de conférence, la plus haute marche atteinte par Vince Carter en play-offs. Il ne restera même pas deux saisons complètes à Orlando.

Le dernier des Mohicans

À partir de là, Carter change de dimension. Il n’a plus la capacité d’être l’option numéro une en attaque, mais il trouve le moyen de se rendre utile dans chaque équipe où il passe : Suns, Mavericks, Grizzlies, Kings et Atlanta. Chaque année, le temps fait son œuvre sur le corps de l’ancienne gloire des Raptors, mais contre toute attente, l’ailier trouve toujours un moyen de repousser la date de la retraite.

Pas obsédé par la quête ultime d’une bague NBA, Vince Carter préfère entretenir la passion qu’il a pour le basket. Il intègre des équipes en reconstruction qui peuvent lui offrir un temps de jeu décent. Il garde une notoriété affectueuse dans le microcosme de la NBA. Ses montées au dunk sont des moments de nostalgie applaudies par les fans.

En débutant cette saison 2019-2020, Vince Carter bat plusieurs records de longévité. Il devient le seul joueur avec 22 saisons NBA au compteur, le seul à évoluer dans quatre décennies différentes et le dernier joueur drafté dans les années 90. Il est le plus vieux titulaire de l’histoire de la NBA à 41 ans et 11 mois, le plus vieux à passer intégrer le club de 25 000 points en carrière. Mais tous ces records, V.C. les met de côté le 26 janvier 2020, jour de son anniversaire, où il perd l’un de ses meilleurs amis, Kobe Bryant, dans un accident d’hélicoptère.

Contre les Knicks, Vince Carter a peut-être foulé pour la dernière fois un parquet NBA. "C’était bien le basket. J’ai adoré chaque moment, les bons et les mauvais. Donc si c’est terminé, tout va bien. Si ça s’est terminé aujourd’hui, je m’en souviendrai toute ma vie. Au moins, j’ai inscrit un dernier panier". Une belle manière de boucler la boucle serait que Toronto signe Carter pour un contrat d’un jour et permette à une légende de prendre sa retraite là où la plus belle page de sa carrière s’est écrite.

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