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Belgique

Victimes indirectes du 22 mars : "Nous sommes les oubliés des attentats"

Jessie Manzanza, sœur d’un survivant de l’attentat dans le métro Maelbeek le 22 mars 2016
22 mars 2022 à 05:00 - mise à jour 24 mars 2022 à 08:13Temps de lecture3 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

Le 22 mars 2016, Jessie Manzanza étudie à la bibliothèque quand son téléphone se met à vibrer avec insistance. Son grand frère Christian était dans la rame de métro du kamikaze. La famille, les amis, les proches, tous veulent savoir si Christian va bien. Il faudra attendre jusque 14h pour avoir des nouvelles. Christian était à moins de quatre mètres du terroriste. Il est gravement brûlé au visage et aux mains. Jessie, ses sœurs, son autre frère et ses parents plongent en enfer.

Aujourd’hui, quand Jessie repense à cette journée, elle se souvient de son impression : "C’est comme si j’étais dans un film. Je voyais la situation et ma propre vie de l’extérieur". Dans les jours qui suivent, cette impression persiste. Et les troubles post-traumatiques apparaissent : "J’avais du mal à dormir et à m’alimenter. Il y avait aussi un silence pesant quand on se retrouvait tous à table. On ne savait pas comment en parler ou aborder d’autres sujets", se souvient-elle.

Longtemps après les attentats, grâce au travail de l’association Life4Brussels, Jessie Manzanza et sa famille apprennent l’existence du statut de victime indirecte.

Statut de victime indirecte : un long parcours administratif

Pour obtenir ce statut, il faut remplir de nombreux formulaires avec des questions telles que : "Où étiez-vous quand vous avez appris l’attentat ? Avez-vous visité votre proche à l’hôpital ? Comment avez-vous vécu le changement de comportement de votre proche ? Avez-vous vous-même éprouvé des souffrances, cauchemars, angoisses ? Avez-vous, vous-même, changé de comportement depuis les faits ?".

Il faut donc se replonger dans des souvenirs douloureux, il faut aussi apporter des preuves. "C’est normal", estime la jeune femme, "mais c’est très froid, il faut apporter beaucoup de détails et cela donne le sentiment qu’il faut se justifier. Il m’est arrivé de remplir certains documents en versant des larmes", glisse-t-elle.

Une fois les documents envoyés, le traitement du dossier devait durer trois semaines. Jessie et sa famille auront finalement attendu un an pour obtenir ce statut. Il permet le remboursement de frais médicaux liés à l’attentat et offre la gratuité des transports en commun. Au-delà de l’aspect matériel, il s’agit aussi et surtout d’une reconnaissance de tout ce qu’ont traversé les familles de victimes.

Nous sommes invisibles, les oubliés

Cette reconnaissance est importante pour Jessie Manzanza. Son frère a souffert de l’attentat, mais sa famille aussi. Et cela a commencé dès les premières minutes après les explosions. Si sa famille a réussi à rester soudée, c’est aussi parce qu’elle a puisé dans ses propres ressources, dans son propre réseau. Une des sœurs de Christian est infirmière. C’est elle qui s’est occupée des soins de son frère. Une autre sœur est avocate. Elle a pu guider Christian et le reste de la famille dans les différentes démarches administratives.

Pour décrire cette position de victime indirecte, Jessie utilise ces mots : "La victime indirecte, c’est celle qui n’est pas là, mais qui va subir l’après, qui va subir la colère, qui va devoir gérer sa propre détresse, mais aussi la détresse de l’autre. Pour moi, c’était la détresse de mon frère. Et ensuite, la détresse dans le regard de mes parents, de mes sœurs et de mon autre frère. On est victime même si on n’était pas là"

Christian et Jessie Manzanza
Christian et Jessie Manzanza RTBF

Et malgré cette présence, ce soutien apporté tout au long de la convalescence de son frère, Jessie se sent oubliée, pas prise en considération. "On n’existe pas", constate-t-elle. "On n’était pas sur les lieux, c’est vrai, mais on a récupéré quelqu’un qui n’est plus la même personne et on doit l’accepter. Nous aussi, on a changé et on doit avancer".

Le frère et la sœur

Aujourd’hui, de nombreuses difficultés ont été surmontées. Le frère et la sœur profitent de ce lien qui existe entre eux. Jessie Manzanza, tout sourire, nous décrit leur relation : "Je suis contente de le voir, je suis contente de pouvoir me prendre la tête avec lui. Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir dire ça. On n’imagine pas la vie sans nos êtres chers tout simplement".

La prochaine grande étape pour cette famille sera le procès qui se tiendra à partir de septembre 2022. Jessie aimerait s’y rendre tous les jours. Christian se prépare à l’effervescence que provoquera le procès, mais ne compte pas y assister quotidiennement.

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