Régions Brabant wallon

Victimes collatérales d’un mégaprojet immobilier, une poignée d’habitants d’Ottignies menacés d’expropriation

A droite, Christiane, devant la maison où elle habite depuis soixante ans. A gauche, son voisin Francis et son épouse.

© Hugues Van Peel - RTBF

A deux pas du centre d’Ottignies, l’ancien site des bétons Lemaire sera bâti dans quelques années. Propriétaire des lieux, le promoteur Matexi veut y construire plusieurs centaines de logements. Il envisage aussi une voirie d’accès pour désenclaver le futur quartier. Cette nouvelle route déboucherait sur la rue du Monument, à proximité du rond-point de l’avenue Reine Astrid.

Mais pour aménager cet accès, il faudra raser quatre maisons (et creuser un tunnel sous les voies de chemin de fer). La ville a récemment lancé une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique.

Entourée de traits blancs, la zone menacée d'expropriation. Quatre maison seraient démolies pour laisser la place à une nouvelle voirie menant au futur quartier.
Entourée de traits blancs, la zone menacée d'expropriation. Quatre maison seraient démolies pour laisser la place à une nouvelle voirie menant au futur quartier. Ville d'OLLN

Bien sûr, il n’est pas question de démolir ces maisons tout de suite. L’échéance est lointaine et d’ici là, Matexi leur proposera peut-être une compensation financière avantageuse. Mais aujourd'hui, les propriétaires de ces maisons sont très inquiets. Ils affirment qu'ils n’étaient au courant de rien, jusqu’il y a peu. Ils n’avaient jamais entendu parler de ce projet d’expropriation et ils n’ont pas été informés personnellement qu’une enquête publique allait être lancée à ce propos.

"Nous étions en vacances et c’est notre voisine qui nous a appris qu’il y avait un projet d’expropriation sur nos maisons, explique Francis, qui habite là depuis 25 ans. Mais ma maison, je n’ai pas envie de la quitter. On a tout à proximité, on est bien ici."

"Ma maison, c’est toute ma vie, confie Christiane, qui occupe la maison d’à côté depuis soixante ans. J’ai toujours vécu ici, j’ai mes souvenirs. Ma maman, ma tante et même mon grand-père vivaient déjà ici auparavant. Ca fait quelque chose de savoir du jour au lendemain qu’on va être exproprié."

Au bout du jardin de Christiane, deux voies de chemin de fer. En haut, Ottignies-Namur. En bas, Ottignies-Charleroi. Un tunnel sera creusé pour accéder au futur quartier de l'autre côté.
Au bout du jardin de Christiane, deux voies de chemin de fer. En haut, Ottignies-Namur. En bas, Ottignies-Charleroi. Un tunnel sera creusé pour accéder au futur quartier de l'autre côté. Hugues Van Peel - RTBF

Et le droit de propriété?

Pour Christiane, l’idée de devoir partir est d’autant plus difficile à supporter que sa fille habite un peu plus loin dans la rue. Leurs jardins communiquent et les petits-enfants vont et viennent.

"On parle d’une histoire familiale, d’un patrimoine, d’un héritage, dit Marouane, le beau-fils de Christiane. Et on parle aussi d’un droit fondamental qui est le droit de propriété. On est quand même en droit, ici en Belgique, d’avoir un bien qu’on aimerait conserver ou léguer à ses enfants. A l’heure actuelle, supposons qu’on veuille nous exproprier, vu l’emballement des prix du marché, il serait très difficile de retrouver quelque chose de similaire."

Maladresse de communication

Manque de transparence et de considération, voilà ce que dénoncent ces propriétaires, contraints de réagir en vitesse à l’enquête publique. Dans la rue, d’autres habitants sont également sidérés.

"Quelle préoccupation ou quel intérêt a la ville par rapport à nous, s’interroge Etienne. Sommes-nous simplement une variable d’ajustement par rapport à de grands projets immobiliers qui se font juste à côté? J’espère quand même qu’on n’en arrivera pas là, qu’on va un peu se réveiller et dire que les gens n’acceptent pas de se faire traiter de cette manière."

Interpellé par l’opposition libérale au dernier conseil communal, Benoît Jacob, échevin de l’urbanisme, a rappelé que l’enquête publique s’achevait le 29 septembre et qu’il était encore temps de donner son avis. Il a aussi regretté une maladresse de communication et annoncé qu’il rencontrerait prochainement les propriétaires concernés.

Enfin, il convient tout de même de rappeler que le projet de nouveau quartier sur le site des bétons Lemaire, et l’idée d’un accès débouchant sur la rue du Monument, s’inscrivent dans le cadre d’une réflexion entamée il y a plusieurs années par les autorités communales pour diversifier les fonctions et densifier l'habitat dans le centre d’Ottignies. La construction d’un grand nombre de logements sur cet ancien site industriel répond à la stratégie de la ville, approuvée par la Région wallonne. Il n’est donc pas question d’exproprier dans le seul but de satisfaire aux désirs d’un opérateur privé.

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