RTBFPasser au contenu
Rechercher

Environnement

Vers une gestion durable du sable, ressource la plus exploitée sur Terre après l’eau : les recommandations de l'ONU

26 avr. 2022 à 08:00Temps de lecture5 min
Par Adeline Louvigny

Il nous glisse entre les doigts à la plage, dans le lit des rivières, dans les déserts : le sable est partout, omniprésent et pourtant, l’humanité en consomme plus que ce que la nature peut nous fournir. Car il est l’ingrédient principal d’un matériau qui est un des symboles de notre civilisation moderne : le béton.

L’ONU sort ce mardi un nouveau rapport, fruit d’une longue réflexion, afin de proposer des recommandations pour rendre l’exploitation de cette ressource plus durable.

Le rapport souligne un problème majeur : "malgré l’importance stratégique du sable, son extraction, son approvisionnement, son utilisation et sa gestion restent largement non réglementés dans de nombreuses régions du monde, ce qui entraîne de nombreuses conséquences environnementales et sociales, qui ont été jusqu’ici largement négligées." En d’autres termes, presque tout reste à faire pour améliorer notre utilisation de cette ressour.

Enfin reconnaître le sable à sa juste valeur, économique et écologique

La première recommandation est le socle de toute gestion durable : reconnaître cette ressource comme stratégique, à tous les niveaux de gouvernance et de société. Cela suppose de reconnaître sa valeur, à la fois en tant que matière première pour nos utilisations, mais aussi comme élément de nombreux écosystèmes. Encore aujourd’hui, les estimations de notre consommation de sable se font indirectement, via les chiffres de production de béton. Il est donc nécessaire d’avoir une vue beaucoup plus nette, et précise, des lieux d’extraction de sable, et des méthodes utilisées.

Avoir une meilleure vue de l’offre et de la demande en sable permettra ainsi de mieux gérer son exploitation. Le rapport préconise de développer des modèles afin de fournir “des informations sur des demandes anticipées dans le temps, y compris de multiples scénarios de demande, basés sur la croissance démographique, l’urbanisation, le développement des infrastructures, l’impact/adaptation au changement climatique et l’adoption de matériaux alternatifs.” Et de souligner l’importance de l’impact de la disparition du sable dans les conséquences du changement climatique : par exemple, une étude récente a montré que l’extraction de sable marin pouvait relarguer des GES piégés dans les fonds marins. Le processus de production du béton, également, est producteur de CO2 : l’industrie du ciment est une des plus grandes émettrices de ce gaz à effet de serre (7% des émissions mondiales).

ONU

Des cadres politiques et législatifs mieux définis

La deuxième recommandation va logiquement appeler à ce que tous les acteurs du secteur, mais aussi les populations impactées par l’exploitation du sable, soient entendus afin d’établir des actions et des politiques de gestion de cette ressource. En mettant particulièrement l’accent sur les conditions de travail. Le rapport encourage alors, dans sa troisième recommandation, d’opérer un changement de paradigme vers un futur “circulaire et régénérateur” : à la fois dans l’utilisation de matériau, dans la formation des ingénieurs et architectes, et dans les business models.

C’est certainement une des recommandations les plus importantes et des plus urgentes : développer des cadres politiques et législatifs intégrés, qui promeuvent des alternatives, au niveau local, régional et national. L’aspect intersectionnel est également important, “l’extraction du sable s’inscrivant dans le cadre des politiques et des législations relatives aux minéraux, à l’environnement, à l’eau, à la mer et à l’aménagement du territoire dans de nombreux pays.”

Ces cadres législatifs et politiques devront établir des dispositifs de propriété, et d’accès, à la ressource. “Pour parvenir à un approvisionnement en sable juste, durable et responsable, l’une des étapes clés est la création d’un cadre efficace de propriété et d’accès aux minéraux, s’étendant sur terre et en mer, qui permettra également de mettre en place un mécanisme commercial local." Les experts de l’ONU recommandent de s’inspirer des mécanismes de gestion de l’eau, qui présente beaucoup de similitudes avec le sable.

Savoir où est le sable, et comment on l’utilise

Le sable est omniprésent, mais tous les sables ne conviennent pas à la construction. L’identification, la localisation et la caractérisation des ressources en sable sont un prérequis à sa gestion et la mise en place de réglementations. C’est donc toute une base de données scientifique, minérale et géologique, qui doit être développée, tant au niveau régional que national. "Très peu de pays connaissent avec suffisamment de détails les quantités [de sable] exploitées, les utilisations et les questions environnementales et socio-économiques connexes. Le manque de données et d’informations, combiné à d’autres facteurs sociopolitiques tels qu’une réglementation limitée, conduit souvent à une extraction de sable illégale/informelle/non réglementée ayant des impacts environnementaux et sociaux négatifs potentiellement importants. En fournissant des données et des cartes sur les ressources en sable et l’utilisation des terres, des alternatives peuvent être envisagées et des choix peuvent être faits pour opter pour un produit de sable équitable et juste" indique le rapport.

"L'augmentation de l'utilisation du sable pose de grands défis, car les pratiques contemporaines et les impacts associés peuvent ne pas être appropriés. Une cartographie accélérée des ressources en sable est nécessaire, pour laquelle la coopération structurelle offre le plus de perspectives. Cela nécessite une plus grande normalisation de la classification des matières premières, qui tienne également compte de la dimension environnementale et socio-économique. La modélisation prédictive des scénarios d'extraction et des dépendances homme-nature devient de plus en plus importante" commente Vera Van Lancker, co-autrice du rapport et professeure à l'université de Gand.

ONU

Préserver les écosystèmes liés au sable

Les dernières recommandations s’intéressent aux manières de minimiser l’impact environnemental de l’extraction du sable. À nouveau, les connaissances sont éparses et peu précises en ce domaine, et il est vital d’établir les "meilleures pratiques", des standards nationaux, et de les partager afin de définir un cadre international cohérent. "En modifiant l’endroit et la manière dont nous extrayons, enlevons ou utilisons le sable, nous pouvons contribuer de manière significative à la préservation de notre environnement et rendre nos industries plus efficaces et durables" précise le rapport, insistant à nouveau sur l’importance d’intégrer cette démarche dans une réflexion sur la circularité de l’utilisation de cette ressource. "La transition vers une économie circulaire exige que nous soyons moins dépendants des systèmes naturels en tant que fournisseurs de matériaux. Lorsque l'extraction est jugée nécessaire, les ressources en sable doivent être obtenues d'une manière responsable qui empêche ou minimise les dommages causés aux écosystèmes et aux personnes" commente Aurora Torres, chercheuse à l'UCLouvain, ayant codirigé la recommandation de préservation des écosystèmes.

Plusieurs matériaux peuvent faire office d’alternatives dans certaines utilisations : roches concassées, des granulats et matériaux recyclés, et des sous-produits de processus industriels et extractifs. Le grand défi étant de rendre ces matériaux aussi peu coûteux que le sable…

La dernière recommandation demande de compenser les impacts négatifs sur l’environnement, via la restauration d’écosystèmes et la compensation des dégâts. Et d’enclencher une réflexion pour éviter de détruire ces écosystèmes, démarche beaucoup moins coûteuse que leur destruction puis restauration. Particulièrement, les approches de "construction avec la nature" sont fortement encouragées, le sable contribuant à la restauration des terres, des systèmes d'eau douce ou des zones côtières.

Sur le même sujet

Le sable, indispensable pour le secteur de la construction… et essentiel pour la protection des écosystèmes

Le sable, pilier de notre civilisation bétonnée, en voie de disparition

Environnement

Articles recommandés pour vous