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Vers des soins psy mieux remboursés, qu’en est-il pour les jeunes ?

USA, New Jersey, Jersey City, Teenage boy (16-17) sitting in hallway
04 janv. 2022 à 13:064 min
Par J.B

Ce 1er janvier, la réforme des soins psychologiques est entrée en vigueur. Objectif ? Rendre plus accessible et mieux rembourser les soins psychologiques pour la population.

Concrètement un nombre limité de séances avec psychologue conventionné (une liste devrait bientôt voir le jour) devrait désormais coûter 11 euros voire 4 euros pour les personnes qui bénéficient de l’intervention majorée de l’assurance soins de santé (BIM). La réforme s’appliquera aux soins de première ligne et aux soins spécialisés pour les enfants, les adolescents et les adultes. Donc saches qu’avoir accès à psy devrait être plus simple et surtout moins cher car mieux remboursés.

La santé mentale des jeunes

Il faut dire qu’avec la pandémie de coronavirus qui rythme l’actualité depuis près de deux ans, les questions de santé mentale on en entend (enfin) beaucoup parler. Notamment pour les jeunes. Pourquoi ? Et bien parce que, si la santé mentale concerne bien toute la population, les jeunes sont particulièrement touchés, d’autant plus en cette période.

Selon une enquête réalisée par les Mutualités Libres en décembre dernier plus d’un jeune sur deux (58%, âgés de 16 à 25 ans) déclarait avoir eu des problèmes sur le plan psychologique.

Comme le rappelle Régina De Paepe, experte en soins de santé au sein des Mutualités Libres, les périodes de l’adolescence et l’arrivée au début de l’âge adulte sont des périodes de "transition", "c’est la période dans laquelle les jeunes forment leur identité, leur personnalité. Et ils ont besoin de pouvoir se comparer avec d’autres, d’avoir des liens sociaux avec des gens du même âge […] c’est une période cruciale pour eux".

Or pour nombre d’entre eux, passer le cap d’aller voir un psy ce n’est pas toujours facile. D’abord ce n’est pas le premier réflexe. Et puis, ce n’est pas facile d’accepter qu’on ne va pas fort. Cette étude montrait également que pour beaucoup de jeunes, psy rimait avec peur de la stigmatisation. "C’est un phénomène connu qui n’est pas nécessairement lié à la crise Covid. Si on a une jambe cassée on sait qu’on doit aller à l’hôpital mais si on a un problème de santé mentale, il faut d’abord le savoir, il faut l’accepter et c’est l’acceptation surtout qui pose problème pour la recherche de soins parce qu’on considère que ce n’est pas trop grave et qu’on va pouvoir trouver la solution tout seul", indique Régina De Paepe.

Parallèlement, la dernière enquête de Sciensano, dont les résultats ont été publiés en novembre dernier, montre que "les jeunes de 18-29 ans sont les plus nombreux à estimer que leur vie est peu satisfaisante (19%)" même si ces chiffres montraient une baisse par rapport à l’enquête précédente réalisée par l’Institut de santé publique. Il s’agit de la 8e enquête du genre réalisée par Sciensano et cette dernière a été réalisée du 5 au 18 octobre, alors que les mesures s’assouplissaient.

Les jeunes sont particulièrement touchés par les troubles anxieux et les troubles dépressifs indiquait également l’enquête de Sciensano.

Une réforme pour un meilleur accès

Cette réforme était donc attendue. Et les appels pour un meilleur accès aux soins psychologiques se sont multipliés. Résultat, le gouvernement a multiplié par 4 le budget destiné à la santé mentale qui passe désormais à 152 millions d’euros. "La réforme change donc cet accès aux soins et permet un remboursement aux séances beaucoup plus nombreuses qu’avant et pour tous. Pas seulement pour les troubles légers à modérés […] donc vraiment pour tous les problèmes. Pour tous les âges. Et en fournissant, pas seulement des traitements de première ligne mais aussi des traitements spécialisés dans un cadre de réseaux", explique au micro de la RTBF Nicole Mertens, vice-présidente de l’Union Professionnelle des Psychologues Cliniciens Francophones.

Désormais, l’Inami (Institut national d’assurance maladie-invalidité), devrait constituer et publier un fichier de psychologues conventionnés. Cela permettra de mieux organiser et de mieux répartir les demandes de soins psychologiques à travers le territoire et en fonction des besoins. "Maintenant quand on est en crise, on arrive à la porte de l’hôpital psychiatrique qui ne peut pas prendre en traitement tout le monde, parce qu’il y a des problèmes qui n’ont pas besoin d’une hospitalisation psychiatrique. […] Si maintenant il y a la liste des psychologues pour lesquels il y a un remboursement, ils pourront plus facilement envoyer des jeunes qui se présentent à la porte de l’hôpital vers des soins ambulatoires. […] L’offre sera plus éclairée, c’est un pas en avant", souligne Régina De Paepe.

En pratique

Concrètement, cela signifie que la séance avec un psy sera mieux remboursée. Elle reviendra à 11 euros auprès des spécialistes conventionnés. 4 euros quand on est bénéficiaires de l’intervention majorée de l’assurance soins de santé (BIM).

En pratique on distingue, les soins psychologiques de première ligne (les interventions psychologiques de courte durée) et les soins psychologiques spécialisés (qui s’adressent aux personnes qui ont besoin de soins spécialisés en raison de leur maladie mentale sous-jacente).

Avec ça combien de séances pourraient réellement être remboursées ?

* Pour les soins en première ligne : les enfants et ados jusqu’à l’âge de 23 ans ont le droit à maximum 10 séances individuelles et 8 collectives par an (comptez 8 séances pour les adultes).

* Pour les soins spécialisés : les enfants et les ados jusqu’à l’âge de 23 ans ont le droit à 10 séances individuelles par an (maximum 20) ou maximum 15 séances collectives (comptez 8 séances, maximum 20 pour les adultes).

Comme l’explique Régina De Paepe des Mutualités Libres, l’idée générale est de changer notre approche concernant la santé mentale. L’idéal serait que tous les acteurs soient impliqués. "La santé mentale doit être considérée comme la santé physique. Ça ne doit pas être divisé". Et d’ajouter, "il faut donc changer de mentalité et dans l’approche, dans les écoles, toutes les organisations qui s’occupent des jeunes, il faut être beaucoup plus alerte", plaide l’experte des Mutualités Libres.

Si tu ne te sens pas bien, la première chose que tu peux faire c’est d’en parler, à un pote, à tes parents, à des proches, à l’école. C’est plus difficile de gérer seul. Et tu peux toujours en parler à ton médecin aussi. Si tu as des questions il pourra mieux t’orienter.

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