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Par Ouï-dire

Veronika Mabardi : "Puisque mon frère et ma soeur sont coréens, est-ce que je suis un peu coréenne aussi ?"

Veronika Mabardi : "Puisque mon frère et ma soeur sont coréens, est-ce que je suis un peu coréenne aussi ?"

Avec 'Sauvage est celui qui se sauve', Veronika Mabardi suit les traces que son frère a laissées, comme on suit une piste. Elle remonte le chemin vers la fratrie, les jeux, les solidarités de l’enfance. Les liens de l’amitié, les premiers choix et les premiers doutes, les conflits avec les parents et leurs valeurs. Un récit habité et tremblant qui évoque l’adoption et la division intime.

C’était le premier mai et la porte était ouverte sur le jardin. Comme souvent avec Veronika Mabardi, on avance par spirales, la conversation se noue, s’enroule. Elle parle de son frère, qu’elle évoque dans son dernier récit, 'Sauvage est celui qui se sauve', publié chez Esperluète.

Ce sauvage est son frère venu tout petit de Corée, mais aussi tout autre qui cherche, brise des chaînes et se brise parfois lui-même. Comment substituer au mot projet le mot désir ?

"Il y a quelque chose qui est assez incroyable dans l'adoption. Moi, j'étais une petite fille de sept ans. Je me suis dit : c'est mon frère (...). Tu arrives, je partage tout, mon papa, ma maman, mes jouets. Si je suis sa soeur, alors je suis aussi la fille de sa maman coréenne. Et je suis aussi peut-être la soeur d'une femme qui vit là-bas et qui a mon âge et qui lui ressemble physiquement, alors que moi, je ne lui ressemble pas. Elle est peut-être vivante. Est-ce que c'est ma mère aussi ?"

La question que je me posais quand j'étais petite, c'est : puisque mon frère et ma soeur sont coréens, est-ce que je suis un peu coréenne aussi ?

Veronika Mabardi reprend son livre en mains, lit comme elle parle, parle comme elle écrit. En mêlant l’anodin à la pensée, la poésie à la prose et l’oralité à l’écrit. Cela lui vient-il du théâtre qu’elle a pratiqué ? De cette écriture singulière qui permet aux genres littéraires de muter ? En tout cas, voilà un texte qui sort des rails, rend compte, évoque et convoque, chuchote et réclame, vibre et vit.


Un entretien sur le fil, brodé avec Veronika Mabardi,
qui a choisi également les musiques. 
Une 
réalisation de Pascale Tison.

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"Il y a tout un langage qui part de son visage et de l'interrogation sur son visage, et sur le masque. Je suis dans le pistage de son travail de peintre et c'est à partir de ce qu'il m'apprend comme peintre, et de cet échange de créativité qu'on a tous les deux (...). Je me suis dit : c'est à partir de là que je peux écrire, puisqu'il s'agit d'écrire. Je vais faire un livre en fait, je vais faire un livre sur un artiste.

Et à partir du moment où j'ai trouvé cette clé, sur un artiste et sur un mort, en sachant que les morts sont là, je vais aussi travailler avec un mort et pas avec la nostalgie d'un vivant, ce qui est vraiment différent. Je vais travailler avec lui, tel qu'il est maintenant. Et donc, il n'est plus adopté, il n'est plus coréen, il n'est plus mon frère. Je ne sais pas ce qu'il est. Il est mort. Mais en tant que mort, il peut être un allié dans l'écriture.(...)

Et ça, et le fait qu'il soit artiste, et que j'étais entourée des fragments d'oeuvre, de ce qui reste, des tableaux troués, et que j'ai laissé travailler les rêves aussi, ça m'a mis dans un endroit où j'étais en train de fabriquer quelque chose. Comme on dit quand on est petit : oh, je vais faire quelque chose de beau ! Et c'était ça l'impulsion, c'était ça le désir. (...) Parce que si je suis dans cette jubilation de faire quelque chose de beau, pour Shin Do, un cadeau, il va se passer des choses. (...) Je ne m'occupe pas de la terre entière, je m'occupe juste de lui. Et je m'occupe juste de lui comme il est aujourd'hui. Et je fais quelque chose qui ne le fâche pas. Parce que je pense qu'on peut fâcher les morts, et je pense qu'on le sait très bien, quand on fâche un mort. Et j'étais émue quand j'ai appris qu'en Corée, on ne fâche pas les morts non plus."

Ecoutez la première partie de l'entretien

Par Ouï-dire

Veronika Mabardi, Sauvage est celui qui se sauve - 1e partie

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Ecoutez la seconde partie

Par Ouï-dire

Veronika Mabardi, Sauvage est celui qui se sauve - 2e partie

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