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Venise veut reconquérir sa lagune

Venise veut reconquérir sa lagune
12 août 2020 à 16:003 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

"L'idée est de recréer un environnement perdu au fil du temps à cause des interventions humaines, qui ont dérouté les cours d'eau hors de la lagune", explique Rossella Boscolo Brusà, chercheuse à l'Institut supérieur pour la protection et la recherche environnementale (Ispra) et responsable du projet.

Adriano Croitoru transplante des roseaux dans la lagune de Venise, le 22 juillet 2020.
Adriano Croitoru transplante des roseaux dans la lagune de Venise, le 22 juillet 2020. Céline CORNU - AFP

Une zone marécageuse "assainie" et devenue trop saline

Ces opérations, qui visaient à assainir certaines zones marécageuses et lutter contre la malaria, ont "conduit à une eau toujours plus salée et à la réduction de la cannaie (étendue de roseaux), un habitat très précieux pour des espèces protégées ou d'intérêt commercial", souligne la chercheuse en regardant défiler, à bord d'une barque, cette végétation typique de 2-3 mètres de hauteur.

L'endroit est paisible, seulement perturbé de temps en temps par une embarcation de touristes. Avec un peu de chance, on peut y observer un vanneau huppé, un chevalier guignette ou une aigrette garzette.

"Aujourd'hui il ne reste plus que 34 hectares de cannaies alors que par le passé, au moins la moitié de la lagune (17.000 hectares) était recouverte de cannaies et de lais", explique le professeur Adriano Sfriso.

"A Venise, un quartier s'appelle Cannaregio parce que justement, elle arrivait jusque-là", ajoute-t-il.

La cannaie exige une salinité assez basse, inférieure à 15. Mais celle-ci est de 30 au cœur de la lagune, soit très proche de celle de la mer (35 en moyenne).

Carlo Marchesi et son employé Adriano Croitoru transplantent des roseaux dans la lagune de Venise le 22 juillet 2020.
Carlo Marchesi et son employé Adriano Croitoru transplantent des roseaux dans la lagune de Venise le 22 juillet 2020. Céline CORNU - AFP/Archives

Des injections d'eau douce pour faire revivre faune et flore

Baptisé "Life Lagoon Refresh", le projet vise à injecter l'eau douce du fleuve Sile pour faire baisser la salinité. Un petit "canal", opérationnel depuis mai, permet une modulation du débit de l'eau en fonction de l'avancée du projet ou d'événements comme les grandes marées. "Actuellement de 300 litres par seconde, le flux doit passer à 500 avant d'atteindre dans le futur jusqu'à un mètre cube seconde", détaille Simone Sponga, de la société d'ingénierie hydraulique Ipros.

Pour contenir l'eau douce dans la zone cible et servir de support à la cannaie, des "cordons" constitués de poteaux et coussinets biodégradables en fibre de coco ont été installés.

Si la végétation va se reconstituer naturellement, des opérations de replantage doivent accélérer le processus, afin de restaurer au total une vingtaine d'hectares de cannaie, résume le Pr Sfriso.

Régulièrement, Carlo Marchesi et son employé Adriano Croitoru extraient ainsi minutieusement de petites mottes, qu'ils vont ensuite replanter, en barque, quelques kilomètres plus loin. "Nous allons reconstruire la lagune que nos arrières-grands-pères ont connue, beaucoup plus riche en poissons et volatiles", se félicite M. Marchesi, 56 ans. Des interventions similaires ont lieu avec des plantes aquatiques grâce à la participation de pêcheurs et chasseurs.

Le pêcheur italien Andrea Salmaso dans la lagune vénitienne dans le cadre d'un projet visant notamment à augmenter les apports en eau douce, près de Venise le 22 juillet 2020.
Le pêcheur italien Andrea Salmaso dans la lagune vénitienne dans le cadre d'un projet visant notamment à augmenter les apports en eau douce, près de Venise le 22 juillet 2020. Céline CORNU - AFP

"La lagune représente la vie, notre monde"

Pendant un an et demi, des discussions, parfois tendues, ont eu lieu entre toutes les parties prenantes pour parvenir à un accord, essentiel à la réussite du projet. "Pour nous pêcheurs et chasseurs de Venise, la lagune représente la vie, notre monde. Si nous la préservons, nous pourrons en profiter le plus possible et la léguer à nos enfants", souligne Massimo Parravicini, président de la principale association locale de pêcheurs amateurs et chasseurs.

Une surveillance continue permet de mesurer les progrès (salinité, végétation et faune), notamment via une "pêche à la senne", un grand filet tendu de part en part des canaux.

Les spécialistes vérifient ainsi l'évolution des espèces de poissons, à la fois celles spécifiques de l'habitat et protégées comme la gobie-lote, mais aussi des espèces importantes pour la pêche artisanale, comme la daurade, les mulets, le flet ou le loup, explique Luca Scapin, chercheur à l'Université de Venise.

Le projet, soutenu par la région Vénétie et la Commission européenne, vise aussi à favoriser la présence d'oiseaux comme le héron pourpré.

Cette expérience doit être partagée avec des sites aux problématiques similaires comme Hyères en France, Albufera en Espagne et le delta du Nestos et Porto Lagos en Grèce.

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