Regions Flandre

Vaste fraude dans un call center flamand : une escroquerie aux lourdes conséquences

01 déc. 2021 à 07:42Temps de lecture3 min
Par Joyce Azar

La Flandre est secouée depuis lundi par un scandale qui risque d’avoir de lourdes conséquences, aussi bien pour le gouvernement flamand que pour le traçage des contaminations au nord du pays. De sérieuses indications pointent en effet la possibilité d’une vaste fraude au sein d’un call center chargé du suivi des cas contacts en Flandre.

On est aujourd’hui très nombreux a avoir déjà été contactés par l’un de ces call centers, soit parce qu’on était positif au Covid, soit parce qu’on a été en contact étroit avec une personne infectée. Cela fait maintenant depuis mai 2020 que ces centres de tracing existent dans le but de casser les chaînes de contamination. Chaque région est chargée d’organiser et de financer son système de traçage. En Flandre, cette gestion a été attribuée à un consortium de six opérateurs.


►►► À lire aussi : Hausse des cas de coronavirus et tracing débordé : les médecins demandent que les cas contacts puissent obtenir un test gratuit en ligne


D’après une enquête du quotidien Het Laatste Nieuws, l’un de ces bureaux aurait facturé plusieurs milliers d’heures de travail aux autorités flamandes, alors que ses employés faisaient en fait totalement autre chose.

Une escroquerie bien organisée

D’après les informations du Laatste Nieuws, Mifratel, une filiale de la firme Yource, a mis en place un système permettant de faire croire que ses collaborateurs travaillaient pour le contact tracing, alors qu’en fait, ils réalisaient d’autres tâches pour le compte de boîtes privées. On parle notamment d’enquêtes téléphoniques pour des chaînes de magasins, des entreprises de télécom ou des groupes médiatiques.

Alors qu’ils effectuaient ces autres tâches, la quarantaine d’employés concernés étaient parallèlement appelés à se connecter au système officiel du covid tracing, et à y afficher qu’ils étaient "en formation". Impossible donc pour eux d’appeler des contacts covid, mais leurs heures de travail étaient bel et bien rémunérées. Depuis près d’un an, les prestations du call center auraient ainsi été doublement facturées : d’une part aux autorités flamandes, et de l’autre à ses clients privés.

"Les autorités auraient pu savoir"

Beaucoup se demandent aujourd’hui comment cette éventuelle fraude a pu avoir lieu aussi longtemps, et surtout pourquoi personne n’a rien remarqué, d’autant que d’après le Laatste Nieuws, les autorités flamandes avaient toutes les cartes en main pour découvrir ces irrégularités. L’Agence flamande Soins et Santé avait en effet accès aux listes de prestation des différents bureaux d’enquête. Mais jusqu’ici, elle se serait contentée de contrôler les paramètres de qualité des enquêtes de tracing et leurs résultats finaux.


►►► À lire aussi : Où recevoir sa dose de rappel en Wallonie et à Bruxelles ? De nouveaux centres vont ouvrir leurs portes


Autre fait marquant : certains employés du centre d’appel auraient signalé des méthodes douteuses à leurs supérieurs, il y a plusieurs mois déjà.

En juillet dernier, le parti d’opposition Vooruit avait, lui aussi, prévenu le gouvernement flamand de l’existence d’un système frauduleux au sein des call centers, mais la coalition de Jan Jambon n’en avait rien fait.

Conséquences politiques et sanitaires

Toute cette affaire aura très probablement des conséquences pour les responsables politiques flamands. Ce mercredi, le ministre flamand de la Santé, Wouter Beke, va devoir s’expliquer devant le Parlement flamand, ce qui mènera à un énième débat sur les centres de traçage, vu que certains députés les avaient déjà critiqués, notamment pour leur coût et pour leur lenteur.

Le suivi des contacts covid risque, lui aussi, de subir des répercussions. Le contrat avec Mifratel a en effet été suspendu alors que ce call center effectuait près de 20% des appels en Flandre. La Région devra donc se débrouiller avec 390 enquêteurs en moins, au moment même où les centres de tracing sont submergés de travail. Actuellement, la moitié des coups de fil qui doivent être effectués ne le sont pas, et seule une personne contactée sur deux l’est dans les 24 heures qui suivent une contamination.

Suites judiciaires

La Flandre a depuis lancé un audit externe auprès des autres centres d’appels du consortium. L’Agence flamande Soins et Santé a pour sa part déposé plainte et exigé le remboursement des fausses factures, si elles sont confirmées.

Ce sera donc désormais à la justice d’établir l’existence de cette fraude organisée et de déterminer combien elle aura coûté aux contribuables flamands. Les premières estimations évoquent un montant qui s’élèverait à de plus d’un million d’euros.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous