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Exposition - Musées

Vasarely, utopiste du "partage des formes" au Centre Pompidou

Victor Vasarely enfin sur les cimaises du Centre Pompidou
07 févr. 2019 à 10:113 min
Par AFP

Victor Vasarely enfin sur les cimaises du Centre Pompidou! Une rétrospective rend justice au créateur de l'Op-Art et de la peinture cinétique, dont l'"art pour tous" a accompagné les "Trente Glorieuses" avant d'être relégué à l'arrière-plan.

À travers trois cents oeuvres, objets et documents, dont certaines jamais vues en plus de cinquante ans, l'exposition "Vasarely, le partage des formes" donne à voir une création foisonnante qui s'est fondue avec une époque avide de libertés, de visions et de nouveaux espaces, jusqu'à la marquer profondément.

Victor Vasarely (1906-1997), multiplicateur de formes, de perspectives, fasciné par les particules et les ondes, est convaincu que la science est le seul "langage commun" véritable que l'humanité a, à sa disposition. Une conviction dès le départ, comme l'illustrent les premières salles de l'exposition.

Il part de la géométrie et de l'optique. L'art optico-cinétique propose, avec des processus à la rigueur scientifique et des combinaisons innombrables, des images instables. Avec elles, la peinture devient un art du temps autant que de l'espace.

"On ne peut fixer une toile de Vasarely. Ce que vous voyez un instant ne sera plus le même quelques secondes plus tard", notent les deux commissaires de l'exposition Michel Gauthier et Arnaud Pierre.

Le peintre hongrois n'a aucun problème moral avec l'illusionnisme. Il ne se prive pas de la force des illusions d'optique.

Il était trente ans plus âgé que la génération de mai 68 qui a adhéré aux étrangetés de ses visions: "Vasarely, c'était le trip sans les drogues", résume Arnaud Pierre.

-Art multipliable -

Loin de déchoir en décorant les lieux et les objets les plus communs, l'art de Vasarely y trouve une vocation sociale essentielle. Il refuse le concept de l'oeuvre autonome, hors lieu, déifiée, "d'auteur".

Si Vasarely a fait vibrer une époque, une génération, c'est qu'il a accepté une production prolifique hors du circuit artistique.

Il a ainsi appartenu à la culture populaire (et aussi entrepreneuriale, publicitaire) de l'époque (mode, design, graphisme, cinéma, télévision,...). Ses oeuvres aux couleurs vives --damiers, labyrinthes, symétries, perspectives fuyantes et sans fond--, se déploient partout: sur des montres, des verres, des foulards, des couvertures de livres ou de CD, une pochette de disque de David Bowie, des meubles, les façades de Montparnasse ou de RTL, des plateaux d'émission télé, ou même dans le fameux losange de Renault, comme en témoigne l'exposition qui se tient jusqu'au 6 mai.

Cette conception démocratique de l'art et le fait qu'il mène en cavalier seul son entreprise de manière boulimique, notamment dans le domaine architectural (par exemple avec son projet utopique de "cité polychrome du bonheur" devenu Centre architectonique d'Aix-en-Provence), explique en partie les critiques et son éclipse, selon les commissaires.

Un jour, il avait essuyé cette critique: "On vend du Vasarely au mètre dans les grands magasins". Ce à quoi il avait répondu : "Je ne suis pas pour la propriété privée des créations. Que mon oeuvre soit reproduite sur des kilomètres de torchon m'est égal ! Il faut créer un art multipliable".

"Il faut traduire en langage commun nos conquêtes", avait-il déclaré. "A une civilisation mondiale doit correspondre un langage plastique mondial, simple, beau et acceptable par tous", assurait-il encore.

Le "pape de l'Op-Art" avait mis au point un sorte d'esperanto utopique des formes, un "alphabet plastique universel" constitué d'un lexique de six formes géométriques simples incrustées dans des carrés de couleur.

Cette volonté que l'art soit reproduit et partagé comme un langage, devait susciter un raidissement sur le marché de l'art, notamment aux Etats-Unis, car elle enfreignait les règles de la signature unique: "Ce refus de Vasarely de respecter le statut de l'auteur a constitué une désacralisation et a pu heurter un certain clergé de l'art dans les années 60. Il s'est fracassé à une certaine réalité du marché, qui prônait l'objet unique, figuratif", observent les deux commissaires.

Une éclipse à laquelle devrait mettre fin cette grande exposition.

Une archive INA

Victor Vasarely 1906 1997 Réflexions

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