RTBFPasser au contenu
Rechercher

Santé & Bien-être

Variole du singe : confiné, Renaud se livre sur sa maladie et la stigmatisation d’une communauté

Variole du singe : récit d'un confiné

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

En Belgique, on dénombre 546 cas confirmés de la variole du singe, selon les chiffres de Sciensano en date du 8 août. Pour la première fois, une femme a été recensée parmi les personnes atteintes du virus par l’Institut de santé publique. Alors que la campagne de vaccination a peiné à démarrer, de nombreuses personnes contaminées vivent leur confinement avec quelques questions toujours sans réponses.

L’évolution de la maladie a vraiment été une espèce de plongée dans l’inconnu

Renaud, un jeune homme âgé de 34 ans, est confiné chez lui depuis trois semaines après avoir été testé positif au virus de la variole du singe (monkeypox en anglais). Il fait partie des rares personnes contaminées à témoigner à visage découvert.

Renaud nous explique qu’il est important, pour lui, de faire part de son histoire publiquement au risque de subir des remarques homophobes : "Je considère que je n’ai rien à cacher parce qu’il y a pas mal de discours qui en font une maladie honteuse. Je trouve que cela contribue à l’invisibilisation de cette maladie. Et je ne suis pas d’accord avec ça parce qu’on sait peu de choses en fait. Où en sont les vaccins ? Est-ce qu’on peut recontracter la maladie ? etc. Je ne sais même pas combien de temps je peux être contagieux. Il y a tellement de choses qu’on ne sait pas. L’évolution de la maladie a vraiment été une espèce de plongée dans l’inconnu."

J’avais l’impression d’avoir une plaie ouverte en permanence, nuit et jour

L’Institut de la santé publique a indiqué que 28 personnes ont été hospitalisées, et qu’il n’y a eu aucune admission en soins intensifs, ni de décès. La majorité des personnes atteintes du virus ont développé des éruptions cutanées et des symptômes grippaux.

Renaud est quasiment certain qu’il a contracté la variole du singe lors d’une relation sexuelle avec son partenaire. Toujours en isolement, il nous livre ce qu’il a vécu au fil des jours : "Au tout début avant de me faire dépister, je me sentais mal. Quelques jours après, j’ai une fièvre qui m’est tombée dessus. J’ai l’impression de n’avoir jamais vécu une fièvre aussi importante. J’avais des sueurs nocturnes et je grelottais alors qu’on était en pleine vague de chaleur. Après la fièvre, j’ai eu une éruption située autour de la cuisse et du pubis. Ce sont des boutons qui cloquent et qui font très mal. Cela m’a empêché de marcher pendant quelques jours parce que le moindre frottement, de ma peau contre ma peau, faisait que j’avais l’impression d’avoir une plaie ouverte en permanence, nuit et jour. Ensuite j’ai eu une éruption de boutons sur tout le corps mais ceux-là étaient moins pénibles. J’ai eu des crises de démangeaison."

Renaud ajoute : "J’arrive vers la fin de la variole du singe, donc ça va mieux aujourd’hui. J’ai encore des symptômes que j’ai du mal à identifier. Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce soit aussi douloureux, aussi contraignant."

Origine de la variole du singe

Variante de la variole, le monkeypox est découvert en 1958 dans un laboratoire au Danemark chez des macaques importés de Singapour.

Ce virus est une zoonose, à savoir une maladie transmise d’un animal à l’homme. Contrairement à son appellation, les hôtes originels du virus sont différents types de rongeurs qu’on peut trouver en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale.

D’autres animaux infectés, comme les antilopes ou les écureuils par exemple, peuvent également transmettre le virus à l’homme par des morsures, par une mauvaise cuisson de la viande, par la manipulation de carcasses, etc.

Transmission et stigmatisation

Selon L’Organisation Mondiale de la Santé, cette maladie se transmet d’une personne à une autre par contact étroit avec une personne qui présente une éruption cutanée (contacts en face à face, de peau à peau, de bouche à bouche, de bouche à peau, relations sexuelles).

L’OMS précise entre autres que des objets infectés par une personne malade (vêtements, linge de lit ou de toilette, appareils électriques, etc.) peuvent être des vecteurs de contamination dans une moindre mesure.

Je trouve qu’il y a eu beaucoup de stigmatisations, notamment dans certains médias.

Si l’épidémie actuelle touche principalement les hommes ayant des relations homosexuelles, Renaud déplore la stigmatisation de la communauté dont il fait partie : "Je trouve qu’il y a eu beaucoup de stigmatisations, notamment dans certains médias. J’ai lu et entendu des discours qui mettaient en cause une espèce de libéralisation ou de banalisation des pratiques sexuelles comme étant la cause du virus. Honnêtement, lire ce genre de choses en 2022, alors qu’on a quand même traversé plusieurs épidémies notamment celle du VIH dans la communauté homosexuelle… Cela m’a mis en colère parce que je trouve que c’est complètement inapproprié et contre-productif."

La communauté homosexuelle vit une nouvelle forme d’isolement tandis que le monde continue à avancer

Renaud nous livre également son sentiment sur la gestion de l’épidémie : "Je trouve que la gestion du gouvernement et des autorités de la santé est aussi extrêmement stigmatisante, parce qu’on a vraiment l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose. La seule chose qu’on m’a donnée, c’est un papier qui résume ce que je dois faire ou pas, me dire de m’isoler, ou de ne pas toucher mon chat, etc. J’ai vraiment ce ressenti qu’il n’y a pas d’aide qui est dispensée. On a tous vécu des périodes d’isolement ces dernières années à cause du COVID. Mais là, j’ai l’impression que la communauté homosexuelle vit une nouvelle forme d’isolement tandis que le monde continue à avancer. Tout le soutien que j’ai reçu, c’est surtout via des associations communautaires."

La Belgique intensifie sa campagne de vaccination

Si la France est en avance en termes de campagne de vaccination, la Belgique a mis en place une stratégie pour lutter contre la variole du singe.

Dans notre pays, entre 300 et 400 vaccins ont été administrés jusqu’à présent.

Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé publique, a annoncé ce mercredi qu’une collaboration avec des centres de référence Sida permettra de maximiser la vaccination de personnes faisant partie des groupes cibles. Il leur a demandé d’envoyer une invitation personnelle à chaque patient concerné, en tenant compte des groupes prioritaires. 

Le stock étant actuellement insuffisant pour vacciner tous les groupes cibles, la Belgique a commandé récemment 30.000 doses de vaccins qui seront livrées progressivement à partir de l’automne.

C’est à la fois émouvant qu’il y ait cette solidarité et tragique qu’on soit obligé d’aller dans un pays étranger

Rappelons que de nombreux Belges se sont rendus en France afin de bénéficier de la couverture vaccinale.

Renaud nous fait part de son ressenti plus que mitigé : "Je vois qu’il y a beaucoup de gens qui vont en France pour se faire vacciner. D’une certaine manière, je trouve ça presque émouvant parce que ce sont des associations communautaires qui organisent cela. C’est à la fois émouvant qu’il y ait cette solidarité et tragique qu’on soit obligé d’aller dans un pays étranger pour se faire vacciner. Il y avait tellement de Belges récemment que les autorités françaises pensent à arrêter la vaccination des personnes étrangères. Donc il faut vraiment que la Belgique se ressaisisse sur la question parce qu’on ne sait pas combien de temps cela peut durer."

Selon l’OMS, l’Europe représente 70% des cas recensés dans le monde. L’Organisation, qui s’inquiète de stéréotypes racistes et homophobes, a émis des recommandations aux Etats pour enrayer l’épidémie qui a touché plus de 26.000 personnes dans 89 pays.

Loading...
De nombreux Belges se sont rendus en France pour se faire vacciner.
De nombreux Belges se sont rendus en France pour se faire vacciner. RTBF

Sur le même sujet

Variole du singe : au delà des lésions, les stigmates psychologiques

Santé & Bien-être

Variole du singe : l'épidémie de variole du singe semble se stabiliser, selon Sciensano

Belgique

Articles recommandés pour vous