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Valérie Glatigny sur la réforme du décret paysage : "L’excellence, ce n’est pas l’élitisme"

14 sept. 2022 à 06:53Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité de Matin Première de Thomas Gadisseux

Les étudiants du supérieur retrouvent cette semaine les bancs des auditoires. Une rentrée marquée par l’entrée en vigueur du nouveau décret Paysage, modifiant le système de crédits à valider pour passer d’une année à l’autre. Nous détaillons les changements avec Valérie Glatigny, ministre de l’enseignement supérieur.

Concrètement, un étudiant qui démarre les études supérieures devra désormais obtenir 60 crédits pour passer en deuxième année. "On souhaite passer le message aux étudiants que la réussite c’est 60 crédits, ce n’est pas 45. Parce qu’on voit que beaucoup d’étudiants anticipaient mal les conséquences d’un report de crédits d’une année à l’autre. Et finissaient avec un sac à dos de crédits non validés qui était trop lourd à porter. Ils découvraient très tardivement qu’ils n’étaient plus finançables. Et donc c’était alors la porte de l’enseignement supérieur qui se refermait."

Avec la réforme, Valérie Glatigny dit vouloir remettre des balises dans l’acquisition du savoir. "On a deux ans pour réussir ses 60 premiers crédits, puis cinq ans pour réussir son bachelier", résume la ministre.

Pour autant, un étudiant qui n’obtient pas ses 60 crédits peut anticiper des crédits de l’année d’après, mais il reste formellement inscrit en première année. "Ça n’aurait aucun sens qu’un étudiant qui a réussi pas mal de crédits ne puisse pas anticiper de crédits l’année suivante. Mais il ne faut juste pas surcharger la barque. Parce qu’on sait que quand on a des difficultés au début, elles ont tendance à s’aggraver quand on les reporte."

Des critères plus stricts

La ministre Valérie Glatigny assume remettre en place des critères plus stricts. "Parce qu’en parallèle on a aussi augmenté les aides à la réussite", explique-t-elle. "Donc le message qu’on essaie de faire passer c’est que ce n’est pas grave d’avoir une absence de prérequis ou de s’être trompé d’orientation. Mais il y a des aides à la réussite qui sont augmentées, pour qu’un étudiant qui a un problème ou une absence de prérequis puisse se tourner vers son établissement et demander de l’aide."

A noter qu’il existe également une "année joker", selon l’expression de Valérie Glatigny : en cas de réorientation, on peut avoir six années pour réussir son bachelier.

La ministre estime également que l’ancien système – avec cette réussite différée dans le temps – était particulièrement préjudiciable aux étudiants précarisés. "On sait que les étudiants boursiers avaient tendance à réussir moins bien. Et donc il y avait 18% de réussite dans les temps pour les étudiants boursiers sous le décret Bologne. Ils ne sont plus que 14% avec le décret actuel."

"Et évidemment c’est plus compliqué pour eux de financer un grand nombre d’années d’étude et donc l’allongement de la durée des études pénalise les plus fragiles."

L’excellence, ce n’est pas l’élitisme

La FEF (Fédération des étudiants francophones) a beaucoup critiqué la ministre pour cette réforme, évoquant un caractère élitiste. "Je réponds que l’excellence, ce n’est pas l’élitisme", rétorque Valérie Glatigny.

"Ce qui inspire cette réforme, c’est une progression vers l’excellence. Avec également un autre principe qui est au cœur de cette réforme : l’égalité des chances. En parallèle, nous avons augmenté les aides à la réussite, de 83 à 89 millions d’euros. Nous avons aussi travaillé sur une réforme des allocations d’étude pour élargir le champs de bénéficiaires."

La réforme des rythmes scolaires

La ministre de l’enseignement supérieur est également revenue sur la réforme des rythmes scolaires dans le fondamental et le secondaire. S’il n’est pas prévu tout de suite que l’enseignement supérieur se calque sur ce nouveau calendrier, il existerait un consensus en ce sens.

Les étudiants pourront-ils bientôt dire au revoir au blocus de Noël et enfin profiter des fêtes ? "Je suis prudente. Il semble qu’un consensus se dessine. Maintenant l’enseignement obligatoire a pris 30 ans. Donc je pense qu’il faut procéder avec ordre et surtout de façon consensuelle parce que nous avons des réalités diverses dans les universités et les hautes écoles", conclut la ministre.

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