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Chroniques

Vaccin obligatoire pour les soignants, la volte-face socialiste

Les coulisses du pouvoir avec Bertrand Henne

La stratégie de la volte-face du parti socialiste

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17 nov. 2021 à 07:30 - mise à jour 17 nov. 2021 à 07:323 min
Par Bertrand Henne

Le Parti Socialiste désavoue le gouvernement fédéral dont il fait partie et s’oppose à l’obligation vaccinale pour les soignants.

Affaire de famille

La mesure est portée par le ministre socialiste flamand Frank Vandenbroucke à la santé et par le vice premier socialiste francophone Pierre Yves Dermagne à l’emploi. L’obligation vaccinale pour les personnels de santé a fait l’objet d’un accord en conseil des ministres restreint lundi. Elle a fait l’objet d’intenses tractations et d’un compromis. Les socialistes francophones ne voulaient pas de licenciements. Ils ont cédé. Mais expliquent avoir obtenu que les personnels non-vaccinés qui refuse le vaccin obtiennent dans un premier temps le chômage corona et puis le chômage classique. Mais ils ont cédé sur le licenciement.

Lundi, le PS approuve le texte, et mardi, Paul Magnette y va d’une punch line via des publications RS, une vidéo style brut. On y voit Paul Magnette plein cadre, avec des sous-titres blancs. Sur Twitter la vidéo est accompagnée d’un petit texte : C’est ensemble qu’on s’en sortira, par des mesures qui valent pour tout le monde. Je suis donc contre l’hypothèse de licencier une infirmière pour la raison qu’elle ne serait pas vaccinée alors qu’il n’y a pas d’obligation pour tous.

Bref, rien n’est laissé au hasard, ce n’est pas une petite phrase lâchée à la dérobée, c’est un plan com à la veille du Codeco ou la mesure doit être discutée avec les régions. Un plan com soutenu par des sorties presses et la présence des Ministres Présidents socialistes dans les grandes radios ce matin.

Désaccord de gouvernement

C’est donc une remise en cause complète de l’accord passé au sein du gouvernement. Une volte-face, ça arrive en politique, mais une volte-face qui concerne son propre camp, c’est plus rare. Ça s’appelle un désaveu de son vice Premier ministre. C’est le cas ici. Même si Paul Magnette entrouvre une porte au compromis à la fin de sa vidéo. Le président du PS dessine une possible piste pour sortir du blocage, rendre le vaccin obligatoire pour les soignants dans un premier temps et obligatoire pour tout le monde dans un second. Ce sera compliqué, Alexander de Croo a répété hier qu’il y était défavorable.

La goutte d’eau

La poussière n’est pas encore retombée pour que l’on y voie très clair. Mais l’explication la plus évidente à l’heure ou l’on parle c’est que le PS a pris peur face aux réactions très dures des représentants du monde de la santé. Le Setca, la FGTB, parle d’acte de guerre et la CNE, la CSC, de scandale et couvre toutes les actions de grève.

Une réaction très dure qui est elle même une volte-face pour certain puisqu’Yves Hellendorf, très puissant à la CNE, disait durant l’été je le cite dans le Soir du 2 juillet : qu’il était favorable à la vaccination obligatoire des soignants, à condition que ce soit imposé par l’Etat, parce que disait-il nous avons du recul et que l’enjeu éthique est limité la vaccination obligatoire contre l’hépatite B n’a jamais fait débat, il faut donc relativiser. Dès la rentrée, il a changé de discours. Plusieurs employeurs qui étaient demandeurs, ont aussi adouci leur discours.

La question c’est donc pourquoi ces votes faces “au pluriel” ? La réponse, c’est aussi une hypothèse, c’est qu’une partie importante de la base ressent cette obligation comme une stigmatisation voire une humiliation et que ce ressenti est remonté aux responsables syndicaux et politiques, qui ont donc fait volte-face. Car le problème c’est que la décision aurait dû être prise il y a longtemps. La fenêtre d’opportunité semble fermée. Désormais, en pleine 4e vague, avec un personnel sous pression, hypersensible, une obligation pourrait être une goutte d’eau qui ferait exploser un secteur. Et après les policiers faire descendre les blouses blanches dans la rue. En attendant, le Codeco s’annonce conflictuel.

 

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