Vaccin contre le Covid-19 : se préparer à le rendre obligatoire si trop peu de Belges se font vacciner ?

Vaccin contre le Covid-19 : se préparer à le rendre obligatoire si trop peu de Belges se font vacciner ?

© JACK GUEZ - AFP

21 déc. 2020 à 13:32 - mise à jour 21 déc. 2020 à 13:32Temps de lecture4 min
Par Marianne Klaric

Si l’AEM, Agence Européenne des Médicaments, approuve le vaccin Pfizer/bioNTech – elle se réunit aujourd’hui – la campagne de vaccination contre le Covid-19 devrait commencer en Belgique dans quelques jours, le 27 décembre plus exactement.

On le sait, les premiers vaccinés seront les soignants et les résidents des maisons de repos. Les vaccins se feront uniquement sur une base volontaire. Oui mais.

Un vaccin sur base volontaire, mais…

Parce qu’il y a un « mais », soulevé par le Comité Consultatif de Bioéthique de Belgique dans son avis du 11 décembre 2020, relatif au vaccin anti Covid-19. Dans cet avis, le Comité de Bioéthique recommande de se préparer au cas où la campagne de vaccination connaîtrait un frein, en clair au cas où un nombre insuffisant de personnes se ferait vacciner. Dès lors, disent les experts du Comité de Bioéthique, il faut anticiper un débat sur la vaccination obligatoire.
Actuellement, le gouvernement n’a pas l’intention de rendre le vaccin contre le Covid-19 obligatoire – Frank Vandenbroucke, le ministre de la Santé vient de le rappeler – et pour le Comité de Bioéthique, cela se comprend : " Cette liberté individuelle repose sur les principes de respect de l’autonomie individuelle et de l’intégrité physique de la personne. Elle se justifie d’autant plus que des inconnues demeurent quant à l’efficacité et aux effets indésirables du vaccin à grande échelle ". Difficile en effet d’imposer aux gens de subir des risques potentiels et encore méconnus.

Pour atteindre l’immunité de groupe, pas d’autre choix que le vaccin

Reste que la vaccination est le seul moyen éthiquement acceptable d’atteindre l’immunité de groupe. Laisser faire circuler le virus dans l’espoir d’obtenir 50 à 70% d’immunité ? Inacceptable. " Ce scénario impliquerait la mort de plusieurs milliers de personnes dans les mois à venir, précise le Comité de Bioéthique, au mépris des valeurs fondamentales qu'est le respect dont a droit chaque individu, quels que soient, son état de santé et sa position sociale ".

Le seul moyen de générer de façon active une protection immunitaire est donc le vaccin. Mais pour être efficace, il faut qu’une grande partie de la population soit vaccinée. Au moins 60%. Le vaccin sera gratuit, mais on le sait, beaucoup de Belges s’en méfient. Et il est vrai que c’est une nouvelle technologie, pour un nouveau virus, que les candidats vaccins ont été développés en un temps très court et qu’on ne dispose que d’un recul limité sur ses effets et son efficacité à long terme.

Si trop de citoyens s’abstiennent, la campagne de vaccination ne fonctionnera pas

Mais la question de l’obligation vaccinale pourrait se poser à moyen terme. Si trop de citoyens s’abstiennent, la campagne de vaccination sera inefficace. " L’immunité collective est un bien commun. La solidarité impose un devoir de protection à l’égard des plus fragiles, écrivent les experts du Comité de Bioéthique, et dans ce cas, l’obligation vaccinale sera éthiquement acceptable, compte tenu du danger que représente la Covid-19 pour certains groupes de population ".

Nous ne plaidons pas pour l’obligation, explique Florence Caeymaex, chercheuse au FNRS, professeure de philosophie éthique à l’ULiège et Présidente du Comité Consultatif de Bioéthique, mais il fait y réfléchir à l’avance. Nous ne savons pas comment la campagne de vaccination va se développer. Il peut y avoir des creux, une perte de confiance du public et dans ce cas, l’épidémie reprendra de la vigueur ". Effectivement, si la stratégie de vaccination patine, le gouvernement pourrait vouloir imposer des poches obligatoires, dans certaines franges de la population ou certains secteurs, " mais ce sera trop tard, ajoute Florence Caeymaex, il faut que la réflexion soit abordée maintenant ".

En Belgique, un seul vaccin est obligatoire, depuis 1967, c'est celui contre la polio. Mais d'autres vaccins sont rendus obligatoires dans certains cas. Ainsi les petits, avant d'entrer à la crèche doivent être vaccinés contre la diphtérie, la coqueluche, les infections à Haemophilus influenza de type b, la rougeole, la rubéole, les oreillons. 

"Pour rendre obligatoire le vaccin contre le Covid-19, explique Gilles Genicot, avocat à la Cour de cassation et spécialiste du droit médical et bioéthique, il faut un arrêté royal, comme pour la polio. Mais pour prendre cette disposition, il faut que la santé publique soit menacée. Le droit du patient est garanti par la Convention européenne des droits de l'homme et par la Constitution". 

Et si les compagnies aériennes imposaient le vaccin par exemple pour embarquer les passagers ? " Cela poserait la question de la validité juridique de cette mesure. Sur quel texte légal cette disposition reposerait-elle ? C’est très complexe et cela mérite d’être étudié en détail, explique Gilles Genicot.

A ce stade, qu’on se rassure, il n’est pas question de rendre obligatoire le vaccin contre le Covid-19. Ce serait même contreproductif, si l’on en croit le rapport du Comité de Bioéthique. Mais il reste quand même cette question : que fera-t-on si les " hésitants vaccinaux " sont trop nombreux ? Si l’on veut retrouver un semblant de vie normale, le seul espoir raisonnable reste le vaccin.

 

 

 

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Coronavirus : faut-il rendre le vaccin obligatoire ?

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